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Originaire des Hautes-Laurentides, ayant vécu l’essentiel de ma vie adulte à Montréal, je suis arrivée à Ottawa il y a un an et demi… pour travailler. La grande majorité des gens qui arrivent dans la région le font pour des raisons professionnelles. Mais j’avais aussi envie de découvrir autre chose, de sortir du giron montréalais. Aujourd’hui, je regarde mon nouveau chez moi avec cette perspective particulière des nouveaux arrivants : un œil dehors, un œil dedans.
On associe tellement l’ennui avec Ottawa qu’on pourrait croire qu’il est mortel. Une dizaine de musées ; des galeries d’art à chaque coin de rue au centre-ville ; un Centre national des arts avec une programmation variée en théâtre, en danse comme en musique, en anglais comme en français; la Nouvelle Scène qui offre du théâtre de création en français; 7,8 kilomètres de patinoire et 220 kilomètres de pistes cyclables ; le Festival Danse Canada biannuel ; un Fringe dont on n’a pas à rougir; le Festival franco-ontarien qui lance l’été; l’un des plus grand Festival de blues au Canada… Qu’est-ce que je disais déjà ?
Pour ce qui est des bars, c’est moins vrai que le veut la légende (2 heures). Pour le reste, bienvenue dans un drôle d’univers. Si la plupart des centres commerciaux sont ouverts jusqu’à neuf heures tous les soirs de la semaine, le marché et ses petits commerces ferment à six heures tout le temps : ne comptez pas sur un répit le jeudi ou le vendredi pour faire vos courses tranquillement en rentrant du travail. À côté de ça, vous avez des épiceries et des gyms ouverts 24 heures et des musées qui, eux, sont fermés tous les soirs (jeudis exceptés). On militerait pour une meilleure distribution des heures…
Ottawa, paradis des sens uniques ! Si vous manquez votre rue, vous avez de bonne chance de vous retrouver à Kanata ou à Gatineau plus vite que vous ne l’imaginiez. Ottawa, enfer du stationnement ! Les panneaux sont plus simples qu’à Montréal, mais il est impossible de se poser où que ce soit pour plus de deux ou trois heures. Interdit aussi de stationner dans la rue la nuit s’il est tombé plus de sept centimètres de neige. Qu’est-ce que tu fais avec ta voiture ? L’histoire ne le dit pas. Vous croiserez même des interdictions de tourner à droite entre 8 PM et 6 AM. Pourquoi ? Pour détourner la circulation des lieux résidentiels. Mais aussi, m’a-t-on raconté, pour décourager le racolage. Ne vous demandez pas pourquoi personne n’a écrit « Si j’avais un char, je partirais pour Ottawa… »
Bien sûr, ce n’est pas le déménagement, c’est la Fête du Canada. Voilà une expérience à vivre (ne serait-ce que pour sa force anthropologique) peu importe vos allégeances politiques. Une partie de la ville aux piétons, les parcs pris d’assaut, de la musique pour tous les goûts… Et plus de symboles canadiens que vous en aurez jamais vus. Sauf, peut-être, si vous allez pique-niquer dans la section « Fierté olympique » chez La Baie.
Ottawa fait mentir l’idée que les grandes villes coûtent toujours plus cher. Les masses de fonctionnaires additionnées aux touristes font qu’en général, tout coûte plus cher qu’à Montréal. Sauf l’alcool et l’essence. Dommage que conduire saoul ne soit pas un loisir acceptable…
Juste derrière le Musée des Beaux-Arts, face à la rivière des Outaouais, la statue de Samuel de Champlain tient son astrolabe à l’envers. Sachant qu’un astrolabe vous permet de vous situer géographiquement, glissez ici la blague qui vous convient sur la situation politique canadienne. À votre prochain passage, vous pourrez aller vous faire photographier avec l’instrument fautif et chercher une filiation avec nos problèmes identitaires.
Le blogue de Catherine Voyer-Léger : http://cvoyerleger.com
Sur Twitter : @cvoyerleger
Ottawa a la réputation, comme toute ville de fonctionnaires, d’être aseptisée. Pourtant, pour le meilleur ou le pire, Ottawa est une mosaïque sociale assez complexe où, juste à côté d’édifices fédéraux vous trouverez des refuges et une dense population itinérante ; où juste à côté d’ambassades aux drapeaux exotiques vous croiserez des édifices mal entretenus et occupés depuis mille ans par de trop jeunes étudiants ; où juste à côté de pelouses trop lustrées vous trouverez les restes de soirées qui ont mal tourné.
Nous n’avons pas de Red Light ni de coffee shop comme à Amsterdam. Mais nous avons des tulipes tout le mois de mai. Pourquoi des tulipes ? Parce que durant la 2e Guerre mondiale, la famille royale néerlandaise a trouvé asile au Canada et a remercié le pays, entre autres, avec des bulbes de fleur. Pour assurer la citoyenneté nééerlandaise à la princesse Margriet Francesca née en 1943, le Canada a même cédé temporairement au Pays-Bas une chambre de l’Hôpital Civic d’Ottawa. Ça mérite bien un bouquet de fleurs. Un méchant gros bouquet!
Elles sont pavées, elles sont tranquilles, elles semblent hors du monde. Ici et là, dans le Marché By, entre deux édifices, vous verrez des portails de fer forgé qui pourraient vous intimider. Mais non, allez-y : sculptures, art public, fontaines. Des bancs sont là, souvent ombragés. Fournissez votre livre et vous vous sentirez à des milles et des milles de la frénésie touristique qui promeut les Queues de castor et les biscuits-en-feuille-d’érable-comme-celui-qu’a-mangé-Obama (!).
On reproche souvent à Ottawa de n’être bilingue que dans les apparences. Peu importe les règlements et les politiques, dites-vous surtout que le tiers de la population est francophone et qu’une autre partie parle ou comprend le français. Dire « Bonjour !» en rentrant dans un commerce, ce n’est pas agressif, c’est afficher ses couleurs pour s’assurer d’une reconnaissance mutuelle. Deux francophones qui se parlent en anglais sans savoir qui est l’autre, c’est encore trop fréquent. Faites votre part quand vous passez dans le coin en n’assumant pas l’anglophonie de tout un chacun.