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Touche pipi

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Les cuvettes universitaires sont les témoins privilégiés de nombreux one WC stand. Ici, ça pue… le sexe. Surtout quand les cloisons perforées permettent au libidineux en quête d’aventure de connaître leur voisin plus en «profondeur».
Je suis dans les toilettes pour hommes de l’Université de Montréal, au rez-de-chaussée, juste à côté des bureaux du journal étudiant. Assis sur le trône, les culottes baissées, je remarque un trou dans le mur de gauche. Un regard furtif me permet de constater que mon voisin se donne une petite douceur, en solo. Après cinq minutes, je vois sa main apparaître par l’espace entre le mur et le sol. Il tâte le terrain, espérant tâter autre chose, évidemment. Devant l’absence de réaction de ma part, il me présente son pénis par le trou, attend une minute, puis se rhabille et quitte. Un autre homme arrive dans la cabine adjacente. Il passe aussitôt sa main sous le mur et me présente son sexe. Bilan : deux pénis inconnus en moins dedix minutes. Ça fesse.
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Phénomène insolite, le sexe anonyme dans les toilettes publiques attire de nombreux amateurs. Si le graffiti est un bon moyen pour prévoir un rendez-vous coquin, c’est d’abord par l’entremise de squirt.org (un site spécialisé dans les rencontres homosexuelles) que les têtes-à-têtes sont fixés.
Règles d’or
Une fois l’endroit trouvé, les rencontres se déroulent selon un rituel bien précis. «Tu t’installes sur le bol et tu regardes par le trou dans le mur entre les deux toilettes, raconte David, 26 ans, habitué des rencontres libertines dans les toilettes de l’Université de Montréal. Si tu vois le gars se masturber, c’est qu’il veut une aventure. T’as juste à lui faire signe en agitant une main sous le mur pour attirer son attention. Si personne n’est là, tu t’assois et tu attends que quelqu’un arrive».
Peu importe la toilette, la méthode reste la même. «Si ton voisin répond, c’est parce qu’il veut se faire du fun lui aussi, ajoute David. Celui qui se fait flusher, par contre, ne doit pas insister. «Dans ce cas-là, tu peux aussi t’essayer aux urinoirs en rendant ta queue la plus visible possible pour attirer l’attention du gars à côté de toi.»
C’est ce qu’à expérimenté Sacha, étudiant à l’UQAM, alors qu’il se soulageait la vessie à l’urinoir près de l’Agora. «Un gars est venu s’installer à coté de moi pour pisser, dit-il. Il faisait tout pour voir ma queue. Ça m’a excité et je me suis mis à me crosser. Il continuait à me regarder, puis il a mis sa main sur mon membre et s’est mis à me branler un peu. Il m’a tourné vers lui, s’est agenouillé et m’a sucé»,se remémore-t-il. Un autre gars est entré et s’est joint à eux. Puis un autre… si bien que Sacha a presque perdu le décompte. «Je ne me rappelle plus trop combien on était à la fin, mais je sais que j’étais le centre de l’attention.»
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Mais que pousse donc ces petits coquins à se commettre entre les murs de ces lieux-cultes du savoir? Ce n’est pas tant l’odeur (aphrodisiaque) laissée par les futurs bacheliers au petit-coin, que le buffet de jeune chair fraîche que ces étudiants représentent. David s’explique: «On peut s’amuser avec des beaux mecs, tout en ayant une bonne dose d’adrénaline. Être dans un endroit public, ça ajoute au plaisir, parce qu’on sait qu’on risque de se faire prendre».

Gai, pas gai, j’y vais
Contrairement à la croyance populaire, il n’y a pas que les homosexuels qui ont du sexe dans les toilettes universitaires. Même s’il se dit «absolument hétéro», Sacha s’est déjà laissé griser par un petit cocktale: «J’étais en manque de sexe, explique-t-il. J’avais eu des expériences avec des gais dans le passé et je me suis laissé tenter.» Ce jour-là, lorsqu’il a fait son entrée dans la toilette du pavillon des Sciences de la Gestion, le jeune homme ignorait qu’il s’agissait d’un «repère pour avoir du cul». Pourtant, sa pause-pipi s’est rapidement transformée en pause touche-pipi : «Dans l’ouverture, j’ai vu un pied qui venait de la toilette d’à coté, puis des mains. J’ai attendu qu’il n’y ait plus personne d’autre dans les toilettes, je suis sorti et j’ai cogné à la porte d’à coté. Quand je suis entré, le gars, un jeune, était assis, ben bandé. Il s’est mis à me sucer», raconte-t-il.
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Selon le sexologue clinicien Marc-André Juneau, les hommes qui sont dans une ambiguïté sexuelle peuvent être portés expérimenter le sexe anonyme dans les toilettes, que ce soit par manque de partenaire, refus de s’investir ou peur de s’assumer. La présence d’un glory hole peut d’ailleurs aider : «L’idée du panneau qui assure une séparation physique avec son partenaire est une manière de se déresponsabiliser », soulève-t-il.

Attention petit gars
Toute bonne mère qui se respecte insèrerait ici la question suivante : Et-les-maladies-sexuellement-transmissibles-dans-tout-ça-vous-protegez-vous-au-moins-sont-tu-safe-ces-p’tits-gars-là? «Pas besoin de se protéger! T’es tellement sur le stress de pas te faire prendre que t’as pas le temps de mettre une capote!» répond Simon, un étudiant à l’UQAM qui bien y avoir des aventures sexuelles.
En plus des maladies, les amateurs de ce genre de rencontres dans des lieux publics s’exposent pourtant à des sanctions s’ils se font prendre à jouer au docteur en public : des accusations d’exhibitionnisme et de grossière indécence peuvent leur être imposées. Interrogé au sujet des rencontres à la toilette l’Université de Montréal, le directeur-adjoint au bureau de la Sûreté de l’établissement, Joël Morin a déclaré qu’il croyait ce phénomène mort de sa belle mort: «Il y a déjà eu des opérations policières pour enrayer ce phénomène ici, mais cela remonte à une dizaine d’années. Depuis, plus rien. Aucune plainte n’a même été enregistrée à ce sujet depuis des lunes.»
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«Mort de sa belle mort?! La masturbation rendrait-elle effectivement sourd et aveugle? Car, à voir le nombre hallucinant de personnes qui recherchent du sexe dans des toilettes universitaires sur le site squirt.org, le phénomène est bien loin d’être révolu. Mettons que les mains en-dessous des toiletttes n’ont pas fini de se faire aller… pour avoir autre chose que du papier pour s’essuyer.»
Les 4 hot spots universitaires
1- Université de Montréal : Le cabinet de prédilection est localisé au 3200 rue Jean-Brillant, où les adeptes ont dégainé leurs feutres indélébiles pour barbouiller les murs d’invitations obscènes de toute sorte. L’endroit était fermé pour cause de rénovation, mais les âmes en peine se réjouiront de ce commentaire lu sur squirt.org: «Les toilettes toutes neuves sont ouvertes! Très belles et encore plus discrètes! Les murs nous cachent et donc elles sont excellentes!»
2- Université du Québec à Montréal : La toilette aux rencontres se trouve au premier étage du Pavillon des Sciences de la Gestion. Une porte y a été condamnée, mais les graffitis à l’intérieur des toilettes témoignent qu’il s’y déroule encore des choses pas très catholiques. «À l’UQAM, on peut avoir du sexe presque n’importe où et n’importe quand. Le soir, dans les étages de n’importe quel pavillon, c’est très calme. N’importe qui peut y aller!» déclare Simon, qui ne s’est jamais fait surprendre les culottes baissées.
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3- Université Concordia : Dans le bâtiment de 12 étages de l’université, qui a pignon sur la rue de Maisonneuve, il faut visiter les toilettes des huitième, dixième et douzième étages. L’éclairage glauque y révèle, encore une fois, des messages plus qu’explicites sur les murs. Selon squirt.org, pour atteindre le 7ième ciel, il faut se rendre au 8e étage et une fois la séduction faite, monter au 12e!
4- Université McGill : Au troisième étage du pavillon situé au 3480 rue McTavish se trouve une salle de bain avec trois cabines isolées, dont les murs sont un véritable babillard de petites annonces, preuve irréfutable de l’activité sexuelle qui s’y déroule. «Les toilettes ont maintenant une chasse d’eau automatique lorsqu’on se lève, ce qui est un brin ennuyeux, prévient un utilisateur sur squirt.org, alors qu’un autre s’indigne des musulmans qui vont s’y laver les pieds avant la prière le vendredi midi. Ça rend les choses impossibles!»