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Simon et Anne sont mariés depuis plus de 45 ans. Après toutes ces années, Simon est toujours aussi porté sur la chose, modernité aidant… Anne, un peu moins avec le temps et surtout avec son corps qui la fait souffrir de plus en plus.

Après une baise explosive déclenchée par de petits obus bleus, Anne est plutôt silencieuse…Simon a-t-il essayé des choses qui lui sont pourtant interdites par son toubib ou si ses démons hurlent trop fort pour qu’il entende les supplications polies de sa douce moitié?

Des mouches tournent autour des morceaux de viande morte abandonnés sur la table de cuisine du couple septuagénaire résidant sur l’Avenue du Souvenir dans la ville de Purla. Tableau familier.

Des mouches tournent autour du corps de 16 ans trop bronzé gisant à ses pieds. Respiration sourde, yeux exorbités, seins pointant leur malaxeur, sexe ravagé. Le soldat remonte son pantalon, remercie bêtement sa chienne d’un regard fuyant et pousse la porte de bambou laissant filtrer les lames du soleil. Elle s’évanouit. Lui, s’en va tirer du Viet.

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Le repas n’était pas encore dégluti qu’un changement d’agenda les a soudainement propulsé vers la chambre à coucher.

Une longue traînée de vêtements guide vers l’emplacement de l’acte fraîchement terminé. Devant le lit, Simon contemple Anne. Silencieuse, elle est couchée sur le côté. Blessée? Honteuse? Fâchée? Qui sait? Simon revoit leur dernière galopade et ne comprend toujours pas ce qu’il aurait pu faire d’incorrect. La chambre est d’une froideur glaciale malgré l’aube dorée. Oui, il aime les choses crues et brusques, mais Anne devrait le savoir depuis le temps qu’ils partagent leur bain… Rien de nouveau sous le soleil. Qu’elle boude donc toute seule alors…

Le soldat a envie de retourner sur ses pas pour lui demander “pourquoi ce regard d’animal battu”? Mais il se sent encerclé dans cette jungle qui n’est pas la sienne, où il erre comme Thésée dans le labyrinthe. Si seulement il pouvait y retourner pour l’étrangler avec son fil d’Ariane et ressortir de ces limbes dans lesquels «ils» l’ont fourré…

DEUX JOURS PLUS TARD…

Simon tourne en rond dans le logement beaucoup trop petit du couple.?La vaisselle est lavée et serrée depuis belle lurette et il y a Anne qui ne se lève toujours pas. Simon s’impatiente et tape du pied. Quelle feignasse! Devrait-il s’excuser auprès d’elle? Lui filer des taloches? S’il faisait les premiers pas, c’est en quelque sorte comme s’il reconnaissait ses torts alors qu’il n’a absolument rien à se reprocher.

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Il se revoit encore en train de la prendre par derrière et sert les poings de bonheur. Anne, le dos cambré, le crâne renfoncé dans la tête de lit et les jambes tremblantes sous l’effet de mitraille des puissants coups de bassin de Simon. Au bord de l’orgasme, il ne souvient plus très bien si elle a pleuré de plaisir ou de douleur.

Son sexe gris foncé n’a pas une forme qu’il aime. Il se force presque à la posséder. Quel affront de sa part! Quelle insulte lui fait-elle, lui qui se démène comme un diable dans la rosée fumante des combats de la veille… Pourquoi est-elle si mal constituée, pourquoi imagine-t-il sans peine son squelette sous sa peau trop mince? Il a l’impression de pilonner un cadavre en décomposition… Saleté de peuple de merde, microbes mal nourris… Le soldat se félicite presque d’être venu raser cette abomination de la surface du Globe.

Seul avec une dérangeante érection au beau milieu du salon, Simon a besoin de changer d’air. Oublions Anne, elle n’a montré aucun signe de vie depuis trop longtemps déjà…?«Feignasse, tu ne mérites même pas de me voir nu…» Pour se changer les idées et surtout faire taire son membre au garde-à-vous, il quitte le logement. De toute façon, on s’ennuie à mourir ici! En fermant la porte derrière, il est frappé par l’ambiance fade qui règne entre les quatre murs de son chez-soi. Dehors, la vie renaît…

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Le soldat pousse la porte de bambou qui grince comme les gonds de l’adolescente… La jungle l’avale.

Frustré, inquiet, confus et visiblement toujours excité – Simon doit trouver une manière de calmer sa libido. Pas question de se tripoter dans une ruelle… Oublions le café du quartier aussi. Direction: La Chatte Rouge, bar de danseuses du coin. Anne ne connaît pas, mais Simon y est un client régulier. Espérons que Vénus sera là…

Si seulement elle avait pu jouir sur son lit boueux…

Arrivée au bar. Paiement du frais d’entrée. Salutations diverses. Comme à l’habitude, Vénus, une belle grande rousse aux seins exceptionnels, au corps divin et au sexe enivrant, s’approche de Simon comme un fauve. Elle se passe un doigt dans la chatte et s’assure de lui fourrer son majeur imprégné de son nectar sous le nez pour l’attirer vers son repère. Un peu comme on attire un requin en saignant…

La table où Vénus travaille est la seule qui possède une nappe qui touche à terre. Même scénario qu’à l’habitude, Simon sirote une bière d’une main et masturbe Vénus avec l’autre. Les autres clients demeurent muets, mais seul un fou serait incapable de décoder cette petite mise en scène qui empeste le tripotage à plein nez… L’évidence même, comme dirait l’autre. Vénus laisse donc le vieux lui passer un doigt dont l’hygiène est douteuse. Elle fronce les sourcils et se cache les conduits nasaux, mais avec le pourboire qu’il lui laisse à la fin de leur petite séance charnelle, elle a intérêt à se taire et à le laisser faire.

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Le soldat n’aurait jamais laissé un ennemi lui tirer dessus. Immortel. Blindé. Cuirassé. S’il avait voulu frire tous ces jaunes trop maigres pour leur faire plaisir, il n’aurait pas hésité une seconde.

De son côté, la déesse du bar a détaché la fermeture éclair de son client et s’affaire à manipuler l’engin gonflé à bloc de monsieur. Ni vu ni connu. Plus ses mouvements de poignet augmentent de cadence, plus Simon boit sa bière rapidement. Agitation. Grognements. Explosion inévitable. Prévisible comme pas un, Simon cale sa consommation au moment d’éjaculer sous la table, en essuyant son membre repu avec le bord de la nappe avant de quitter.

Le soldat en tenue de camouflage a conscience de tout. Même s’il foule les terres hostiles de l’inconscience.

Sur le chemin du retour, Simon, toujours désireux de se faire pardonner, décide d’arrêter à la boulangerie du quartier pour acheter son pardon: une tarte à la citrouille. La meilleure au monde et la préférée de son épouse.

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Au moment de monter dans l’ascenseur de son bloc appartement, il croise Henri, son voisin de palier chargé comme un mulet. Simon retient la porte pour laisser le temps à ce dernier d’embarquer avec lui.

Le soldat a toujours eu le sens de l’entraide, même en situation désespérée.

– Bonjour!, dit le voisin. Quoi de neuf?
– Rien de spécial. Je suis allé acheter une tarte à la citrouille pour Anne.
– Comment va-t-elle? demande Henri. Vous la saluerez pour moi, ajoute-t-il.
– Elle est très tranquille ces jours-ci, répond Simon, un peu fatiguée. Je ne manquerai pas de la saluer pour vous.

Avant d’arriver au dixième étage, Henri poursuit…

– Écoute, dit le voisin. J’ai remarqué qu’il y avait une drôle d’odeur sur l’étage ce matin et je me demandais si tu avais remarqué quoi que ce soit d’anormal de ton côté? Je sais que la voisine aime bien cuisiner indien, mais merde…

Le soldat ne sentait plus le napalm quelques jours après être débarqué en territoire hostile. Inutile. Tant que les palmiers se consument…

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– Non, je n’ai rien remarqué qui sorte de l’ordinaire. Si je découvre quoi que ce soit, je te le ferai savoir.
– D’accord. J’espère qu’Anne va aimer sa surprise. J’en meurs d’envie aussi, de dire Henri avant de laisser Simon rejoindre sa douce.

Simon entre dans son appartement et referme la porte derrière lui. En passant devant la chambre à coucher du couple, il s’arrête et observe tendrement Anne. Aveuglé par l’amour qu’il a pour elle, il n’avait même pas bronché en respirant l’horrible odeur qui émanait du corps verdâtre depuis… il ne se souvenait plus.

Ah, comme il aurait aimé y retourner pour lui demander “pourquoi ce regard?!” Pourquoi ne lui rendait-elle pas ses caresses?