4 Mai 2010

Descente aux enfers facebookiennes

Par Mefisto Fêlé et Alfred Balcon

un récit tranchant à en perdre la tête...

Jack est nouveau dans le quartier. Et c’est un samedi soir qu’il décide de se familiariser avec les environs en passant la veillée au bar gothique La Guillotine.Le genre d'endroit où Paul Piché, la Coors Light et Marjo et ses hommes sont sur la liste noire… Voici les grandes lignes de sa nuit d’enfer signée Facebook, le livre des visages… En passant, avez-vous vérifié votre profil dernièrement?

22 :00 — Premier tour de piste


Jack n’a ni le style ni la personnalité pour côtoyer la faune nocturne de ce club…
Mais comme il n’a peur de rien et est en manque de peau big time, il réussit facilement à obtenir le feu vert des deux bouncers qui ont l’air davantage de sosies de Frankenstein que de personnel de sécurité responsable et mature. Mais avant de faire son entrée dans un des endroits les plus weird de sa courte carrière de clubber underground, on lui demande de gober deux petites pilules noires. « C'est le prix d'entrée », lance un des deux monstres. Gloup! Mission accomplie, sans liquide. Début du cauchemar…
Décor impressionnant. Une guillotine se dresse au milieu de la piste de danse (sang en sus – probablement de la saloperie de grenadine encore, de quoi rendre les filles folles de sucrose). L’endroit est déguisé en noir à l’exception des longues traces rougeâtres sur les murs qui rappellent les éclaboussures des massacres à l'aide du célèbre instrument de supplice. Holy shit! À côté de ça, le trepalium est une partie de jambes en l'air…

23 :00 —Kristina, l’ange des ténèbres


Après une heure à la cabane à sucre convertie en boudoir de Charles Manson, l'alcool commence à jouer les DJ sur ses neurones. Non, la boisson n'est pas coupée par de l'eau à La Guillotine. De quoi lui fournir le momentum idéal pour socialiser au hasard. Le hic est que la faune féminine dans cet endroit est aussi virile qu'un troupeau de bisons.
Vivent l'alcool et le chimique pour faire passer tout ça!
La seule pépite du coin s'extirpe alors d'un brouillard noir et blanc, blanche de peau et noire des cheveux. Kristina vient s'asseoir près de lui au bar. Chatting en cours: Quoi dans la vie? Lol. Points en commun. Fille facile même si allure de vidange. Odeur fruitée mordante ne fitant pas avec style. Atomes crochus. Trop beau pour être vrai cet archange déchu engagé comme joueur autonome par le Big "D" et son costume de cuir rouge.
Soudain, la main de Kristina le force à se lever pour aller consommer. Il aperçoit pour la première fois les quinze back benchers qui les toisaient depuis le début de leur dialogue. Cagoules, air bête, bière au poing, bidule électronique non-identifié (BÉNI) dans l'autre. Tous habillés pareil. Biz.  

Minuit tapant —Descente amorcée…

L'envie est trop forte. Le venin a fait son chemin à vitesse grand V dans ses veines pétries d'alcool. Il imagine la centrale hydroélectrique qui mouille en elle. Il ressent le barrage d'envie qui l'empêche de retourner avec elle chez lui, au plumard. Trop loin, pas le temps, absurde. Les toilettes, pardi ! Un peu de « raffinement » ne lui fera pas de tort… Les cagoules les voient entrer, ne bronchent pas et continuent de jaser, à biduler.
Saleté. Partout. Dégoût. Alcool chasse tout. Défonce la porte de la cabine, arrache camisole noire, baisse jupe noire, dans le presque noir. Tâte. Son pantalon se fait éventrer par devant, alors que la césarienne s'agrippe à sa chienne pour aboyer d'étouffement. Kristina est foutrement belle à travers les effluves de vomissures. Pénétration. Par derrière. Mieux. Fort. Hurlements. Pas subtil. Ça entre, ça sort.
De la toilette comme de Kristina. La centrale s'affole et produit trop de mégawatts.
Jack va exploser… Pas besoin de lui demander, elle se penche et attend… avant de recevoir. Avale la moitié sauvée. Lèche.
Jack sent sa tronche le choker. Il s'accroche à Kristina, qui se lève simultanément.
Il tourbillonne, perd pied et se frappe le front contre la cuvette. B-L-A-C-K-O-U-T total. 

02 :00 — L’éveil


Noir. Vague souvenir du regard de Kristina qui jouit comme un veau pris dans une clôture de barbelé. Le brouillard se dissipe tranquillement. Jack ouvre les yeux. Pris de panique, il veut se relever et sortir mais son corps imbibé d'alcool pas coupé ne suit pas. Son cul est collé au plancher souillé par d’immondes liquides corporels, autant les siens que ceux de sa fuck-friend de l’au-delà qui semble s’être évaporée, probablement pour aller sucer un autre mortel… Haut-le-cœur. Ses doigts empestent la charogne : passage obligé d’une exploration pré-coïtale imprévue.
 

02 :15 — Cauchemar facebookien


Ça vibre dans son pantalon. Non, ce n’est pas son membre platine qui en redemande (ce dernier, dont l’extrémité est encore recouverte du rouge à lèvres ébène poisseux de la morte-vivante, est allé se creuser un trou), c’est plutôt son BlackBerry qui ronronne…
Ce doit être encore Nikki qui vient de poster une autre joke plate sur le babillard de son Facebook! Il sort donc l’appareil de sa poche, mais à sa grande stupeur, son Black a été remplacé par un BÉNI. Jack le tient entre ses mains comme un disciple reçoit l’eucharistie lors d’une messe noire… Fascination (pas Twilight). Après l’usuel login, Jack est frappé par une entrée en matière plutôt hardcore :

-    Vous avez une demande d'ajout d'amis de Kristina
-    Vous avez une demande d’ajout d’amis de Nosferatu
-    Vous avez une demande d'ajout d'amis de La Bête


Court-circuit mental. Les capsules lui jouent-elles un tour? Jack revoit en accéléré les visages noirs… Et la liste est toute aussi hallucinante qu’interminable…Fuck!
Profil hacké. Mais où sont passés Nikki, Fred, Justin ainsi que les nombreuses dizaines d’«amis» qui forment son soi-disant cercle virtuel de connaissances? Mais il préférerait de loin lire les idioties quotidiennes de cette bande d’insipides que d’être prisonnier de ce plateau de tournage à la Rob Zombie…
Sueurs. Panique. Fiévreux, Jack capote raide. Éteindre l’appareil? Voilà la seule idée qui fait du sens dans sa tête délirante depuis son arrivée. Éteindre et allumer, et tout reviendra à la normale? Nan. Un autre élément s’ajoute à sa brûlante descente aux enfers : une invitation… Fausse joie. Pauvre Jackie!
Dès que ses yeux débutent la lecture, il comprend que sa vie vient de basculer vers les bas-fonds du point de non-retour… Le nirvana de la déchéance déjà bien entamée dans son cas… La Guillotine vous invite à assister à un sacrifice humain cette nuit @ 02 :30…Holy fuck, c’est dans cinq minutes!
Et cette photo accompagnant l'invitation… «Merde, je peux pas sortir de la toilette comme ça !»

2 :30 — Guillotine en direct!


Jack se relève et sort du pissoir. Là, c’est Bind, Torture, Kill de Suicide Commando qui est crachée par les haut-parleurs. Bon timing! Mais par-dessus l'agressant beat, Jack semble percevoir un cri de femme. À l’agonie. Jack, affolé, s’approche de la porte qui mène dans l’antre de la bête… Les monstres sont possédés, dansent comme des damnés. Le rythme est lourd et le sacrifice, imminent. Les jumeaux Frankenstein transportent de force une créature vers la machine tranchante… dégoulinante de fausse grenadine finalement.
Elle hurle et se démène. Efforts vains.
 

Kristina! La musique arrête abruptement et une voix cauchemardesque s’empare des ondes : «Cher amis, merci d’être venus en si grand nombre à cet événement unique.
Ce soir, notre amie Kristina a péché. Elle a voulu s’accoupler avec un OUTSIDER et elle devra ainsi payer le prix de cette bévue à notre code d’éthique. Approchez, approchez, le spectacle va bientôt commencer…»


La pécheresse est installée et les cagoules aux yeux vitreux s’approchent de la machine à supplices… Ils ont les meilleures places en ville. Ringside, motherfuckers! Kristina crie comme une démone, son visage rouge écarlate. SHLACK! La lame entame sa descente à une vitesse ahurissante, sur Carmina Burana de Carl Orff. Dans quelques centimètres, sa tête volera dans les airs sous les applaudissements macabres d’une foule sectaire et cannibale affamée de sang et de sensations fortes…

02 :45 — Last call!

BANG! Fin du bad trip…Jack sursaute en entendant le bruit. Pas de la tête qui tombe… Ça cogne à la porte des toilettes…- C’est le temps de crisser ton camp, on ferme dans quinze! Last call! Pis les shooters Flying Heads sont encore deux pour un!, de dire une voix de brute. Le DJ joue Without Emotions de Combichrist pour finir la virée en beauté! La tronche en compote, Jack se relève et remonte son pantalon encore baissé, souvenir de sa fellation made in hell. Cuvette pleine de sang. Plancher couvert de sperme séché. Il est temps de partir…

Il ramasse son BlackBerry par terre. Vous avez cinq nouveaux messages indique la petite machine. Hésitation. Flashbacks sanglants. Au diable Facebook et Twitter…
Envie de pisser. Au moment de tirer la chasse d’eau, il en profite pour faire d’une pierre deux coups : flusher les réseaux sociaux @ jamais… Avant de s’enfuir, il observe son appareil intelligent tourbillonner au fond de l’eau... Coriace le bidule. Ça lui aura pris trois flushs…

Derniers commentairesRSS
  • C'est succ(ub)ulent. Cher Monsieur Balcon, pourriez-vous me communiquer le numéro de la Bête ? On a des choses à se dire.

    6 Mai 2010 | Monhunkle

  • Bande de freaks. La colère de Dieu sera terrible.

    Très beau style, bravo.

    6 Mai 2010 | Olivier

  • Plutôt chouette! Il faut vraiment être sonné pour avoir peur dans un bar goth...

    Aussi, l'histoire me fait penser à Aliss de Patrick Sénecal ; Nouveau dans le quartier, faune ô combien spéciale, pilules, ambiance glauque crée par la musique et sexe.

    5 Mai 2010 | Zlt

  • La nouvelle du rêveur réveillé, c'est facile. Une chose ne fait pas du sens, elle a du sens.

    Sinon bravo pour la forme et le fond!

    4 Mai 2010 | Christian

  • Mathieu Létourneau

    Assez malsain comme histoire, j'aime ça.

    4 Mai 2010 | Mathieu Létourneau | Montreal

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