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La course aux référendums: De 1995 à aujourd’hui

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Il y a des journées dans la vie des bonnes gens qui, sans avoir un impact immédiat, finissent par prendre un tout autre sens avec le temps. Le 30 octobre 1995 était l’une d’elle. Sans le savoir, ce qui allait se tramer ce jour-là au Québec allait influencer, d’une certaine façon, la suite de mon parcours. Revenons-y.

J’avais 11 ans le 30 octobre 1995. J’entamais ce qui allait être ma dernière année du primaire avec l’insouciance de ceux qui croient la jeunesse éternelle. Sur les radios commerciales, Coolio faisait un tabac avec son Gangsta’s Paradise alors que par chez nous, Dédé implorait le Bon yeu de lui donner une job.

Dehors, le temps frisquet nous rappelait que l’hiver était à nos portes. Ç’a toujours été comme ça dans mon Abitibi natale. L’hiver arrive toujours un peu plus vite qu’ailleurs. « On n’y échappera pas encore c’t’année » disait d’ailleurs le père d’un ami! À ce jour, on n’y a jamais échappé, bien que les hivers m’apparaissent de plus en plus courts en vieillissant.

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Bref, rien ne laissait alors présager que ce lundi d’octobre serait différent des autres. Pour moi à tout le moins. Pour une majorité de Québécois, cette journée symbolisait au contraire beaucoup plus que le début d’une autre semaine de travail.

Car pour une deuxième fois en quinze ans, les Québécois étaient appelés à se prononcer sur la souveraineté du Québec. Évidemment, mes souvenirs de cette journée sont flous. Je me rappelle davantage qu’en ce lundi d’octobre nous avions congé d’école, chose qui, habituellement, était réservé aux froids matins de janvier. Et encore là, je mentirais si je vous disais que je me souviens de ce que j’ai fait de cette journée de congé.

La politique était alors bien loin dans mes priorités de jeune garçon à l’aube de connaître les joies ingrates de l’adolescence, de ses boutons et de cette incessante quête identitaire. Ma libido de prépubère allait également bientôt faire son apparition si ce n’était pas déjà fait. Entre mon obsession grandissante pour les filles de ma classe et le début d’une nouvelle saison de hockey, il y avait peu de place pour la politique. Pour être franc, il n’y en avait aucune.

J’ignorais alors ce qu’était un référendum. J’ignorais tout autant ce qu’était la souveraineté. J’en saisissais toutefois l’importance puisqu’on en parlait à la maison. Les discussions politiques étaient plutôt rares autour de la tablée familiale. Elles le resteront d’ailleurs jusqu’à mon départ du foyer à 19 ans. Mais en ce mois d’octobre 95, la politique accaparait la presque totalité des discussions dans la maison. Même l’exécrable début de saison du Canadien n’arrivait pas à déloger la politique du sacro-saint souper familial.

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Pour tout dire, à 11 ans, ces discussions m’apparaissaient plutôt futiles. Je n’avais jusque-là jamais remis en question mon identité nationale. Bien au contraire. À l’hiver 1994, je m’étais époumoné à encourager les athlètes canadiens aux Jeux olympiques de Lillehammer. Je connaissais l’hymne national canadien par cœur (chose que je n’ai malheureusement jamais réussi à me sortir de la tête) et Félix Leclerc n’était que le nom d’un théâtre à Val-d’Or.

Non, vraiment, la politique n’était pas dans mes priorités du moment. Elle le deviendra beaucoup plus tard au cégep. Mais ça, c’est une autre histoire.

Mais revenons à cette soirée du 30 octobre 1995. Les premiers résultats ont commencèrent à rentrer assez tôt dans la soirée, tous de régions favorables à la souveraineté du Québec. Rapidement le camp du OUI s’était forgé une confortable avance. Cette avance fit d’ailleurs dire à mes parents, au moment d’aller me coucher, que je me lèverais demain dans un nouveau pays… On connaît la suite. À 22h20, alors que mes ronflements rythmaient mon sommeil, Bernard Derome rendit le verdict : « Radio-Canada prévoit, si la tendance se maintient, que l’option du NON remportera ce référendum »…

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Près de 20 années ont passé depuis la défaite référendaire de 1995. Je dis défaite, mais pour 51% des Québécois, ce fut une victoire. Enfin, pas vraiment une victoire, mais un statu quo. Car pour ce peuple qui se complaît dans un certain confort et une totale indifférence, le mot « indépendance », ça fait peur. Surtout lorsque c’est dit avec un poing brandi dans les airs.

Alors qu’en est-il aujourd’hui de l’idée d’indépendance? Car il faut se le dire, l’avenir politique du Québec ne semble plus susciter l’enthousiasme dans les chaumières.

Ce projet politique dont on a prophétisé la mort à plus d’une reprise dans le passé serait désormais, aux dires de plusieurs, sur le respirateur artificiel. Pire, aux soins palliatifs, dans l’attente d’une mort lente mais inévitable. Un peu à l’image des partis qui portent l’option. Les dégelées du Bloc en 2011 et du PQ un peu plus tôt cette année seraient le reflet de cette longue et douloureuse agonie.

Vrai que les jeunes, historiquement la base militante du projet, ne semblent plus trop intéressés par la souveraineté. C’est entre autres ce qui se dégage d’un sondage de la firme CROP effectué auprès de 500 jeunes de 18 à 24 ans en mai dernier nous indiquant que 69% de ceux-ci voteraient NON à un éventuel référendum sur l’indépendance.

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Depuis, tous y vont de leur interprétation et de leur analyse sur la question.

Justin Trudeau affirmait ce printemps que les jeunes ne veulent plus rien savoir de la souveraineté parce qu’ils sont préoccupés par de grands enjeux comme les changements climatiques, la pauvreté, le respect des droits humains et les inégalités sociales. Autant de choses qui, on l’aura deviné, sont inconciliables avec le destin collectif de la société québécoise.

Pour sa part, le Parti conservateur du Canada se félicitait plus tôt cet été, sur sa page Facebook, du déclin de l’option souverainiste qui serait principalement dû au leadership de son chef Stephen Harper et à sa propension à « honorer les principes de Cartier ». Pas Jacques. Georges-Étienne, ancien premier ministre du Canada dont on se cal*sse royalement!

Toujours est-il qu’à ce moment de notre histoire où nous débattons de la fin ou non du projet souverainiste, dans plusieurs régions d’Europe, il en est tout autre. En effet, plusieurs états et régions européennes manifestent avec de plus en plus de véhémence leur identité nationale, certains allant même jusqu’à revendiquer leur indépendance. On connaît le combat que mènent actuellement les Écossais et les Catalans qui, tour à tour, se prononceront cet automne sur l’indépendance de leur territoire. À cela s’ajoutent les Flamands et les Basques espagnols qui vivent eux aussi un regain de leur mouvement identitaire.

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Pendant longtemps, ces régions ont vu le Québec comme un modèle d’émancipation collective et démocratique. Or, après deux échecs référendaires, loin d’être un exemple, le Québec est désormais perçu comme étant un contre-modèle, la voie à ne pas suivre. Le refus de David Salmond, premier ministre et leader du mouvement indépendantiste écossais, de se faire prendre en photo avec Pauline Marois en janvier 2013 en dit long sur le malaise de s’afficher avec la chef d’un parti qui a perdu ses deux référendums.

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Ceci étant dit, la carte du monde a grandement évolué depuis un peu plus d’un siècle. De 46 États souverains en 1900, nous en sommes aujourd’hui à près de 200 (193 pays membres des Nations Unies). Les derniers en liste, le Timor oriental en 2002, le Monténégro en 2006, le Kosovo en 2008 (indépendant mais non reconnu encore par la communauté internationale) et le Soudan du Sud en 2011.

Dans les prochaines semaines, deux nouveaux États pourraient ajouter leur voix au concert des nations. L’Écosse votera pour son indépendance le 18 septembre, suivie de la Catalogne le 9 novembre. Évidemment, pour les Québécois, ces deux référendums présentent un caractère singulier. C’est en effet beaucoup plus facile pour nous de s’identifier à l’Écosse ou à la Catalogne qu’au Timor oriental ou au Kosovo. Les comparaisons entre les trois États sont d’ailleurs nombreuses. Nous aurons l’occasion d’y revenir!

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Car au cours des prochaines semaines, je serai sur place pour vivre et commenter coup sur coup les référendums en Écosse et en Catalogne. Pour l’occasion, je tiendrai un blogue sur Urbania pour vous faire part de mes impressions et de mes réflexions sur les deux situations. Loin d’être des topos politico historiques autour de ces deux États (d’autres le font déjà mieux que moi!), mes billets s’attarderont davantage à décrire le climat et l’ambiance à l’aube (et au lendemain) de ces deux référendums, le tout ponctué de rencontres avec des locaux. En d’autres mots, je vais vous montrer et vous parler de sujets dont les médias traditionnels ne traiteront pas.

Je me rendrai également dans d’autres régions européennes qui sont animés d’un mouvement indépendantiste, aussi marginal soit-il, pour échanger avec les populations locales sur leur perception de l’indépendance et surtout, pour prendre un coup avec eux! Premier arrêt, la Padanie en Italie du Nord.

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En terminant, je tiens à remercier Voyage Globallia qui m’a gracieusement offert une commandite pour rendre ce voyage possible!

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Crédit photo: Kyoshi Masamune