19 Déc 2012

Anglos & séparatistes

Crédit: Daniel Desmarais

Par C. Perreault-Lessard & V. Darveau

Chercher des anglophones souverainistes, de sexe féminin par-dessus le marché, c’est comme chercher Charlie dans un album d’Où est Charlie ? C’est tough.

Après avoir reviré la ville de Montréal à l’envers au grand complet, on en a réuni quatre pour un souper de filles, et en français s'il vous plaît.

Ce texte est extrait du Spécial ANGLOS
disponible sur notre boutique en ligne

La première candidate recrutée est aussi la première qui est arrivée à notre rendez-vous au resto Burgundy Lion, situé dans l’ouest de la ville : Lorraine North, une jeune étudiante en herboristerie âgée de 24 ans. Lorraine habite au métro Vendôme, elle est née en Israël et a grandi dans le West Island. Au lendemain des dernières élections provinciales, elle a publié un cri du cœur sur Facebook à l’attention de ses « dear anglos friends », un texte qu’on a ensuite décidé de reprendre sur notre blogue. Et elle ne mâchait pas ses mots. En gros, elle s’insurgeait contre la haine véhiculée par certains anglos à l’égard des francos, tout en leur rappelant bien qu’ils étaient dans une province francophone et que c’était leur responsabilité d’apprendre le français. Le lendemain de sa publication, des dizaines de journalistes nous écrivaient pour l’interviewer. Sans parler des 5000 personnes qui likaient son texte sur notre site.

La première chose qui nous a frappées quand elle a fait son entrée, c’est le carré rouge qu’elle avait d'épinglé sur le manteau. C'était surprenant, d'abord parce que la grève était terminée depuis plusieurs semaines déjà, ensuite parce qu'on avait toujours eu l’impression que les anglos n’avaient pas trop embarqué dans le mouvement étudiant. Pourtant, Lorraine était loin d’être la seule.

À son arrivée, Patricia Boushel arborait aussi fièrement le symbole du printemps érable. Faut dire que la belle aux lunettes et aux cheveux tirant sur le roux s’est beaucoup impliquée durant la grève avec son blogue Quebecprotest.com, sur lequel elle traduisait les textes parus en français durant la grève étudiante, au grand bonheur de ses dear anglos friends. Étant donné que toute la ville m’avait donné son nom après notre appel à tous («Urbania cherche désespérément anglos souverainistes») et qu'elle est une semi-vedette (elle a aussi été productrice à Pop Montréal pendant six ans et a le numéro de cell d’Arcade Fire), on n'a pas hésité deux secondes avant de l’inviter, même si elle ne se définit pas comme une souverainiste pure et dure.

Mélanie Hotchkiss, la troisième et non la moindre, s’est fait outer comme souverainiste par un ami sur Facebook. Quand elle est entrée dans le resto, c'était clair : elle fittait parfaitement avec les autres filles : elle est étudiante en politique à Concordia, elle est très engagée et, bien sûr, à cause du fameux carré rouge.

Patricia Bossy est arrivée la dernière. Dans la cinquantaine, c’est une souverainiste de la première heure qui a connu la belle époque de René Lévesque. Quoi de mieux pour faire lever la discussion et briser notre joyeux trio de jeunes militantes ?

L’ENTRÉE

Au beau milieu du resto aux allures de vieux pub anglais, avec des photos de la reine accrochées partout sur les murs, se trouvaient donc les quatre anglos souverainistes qu'on avait réunies de peine et de misère. Après tous ces efforts, ça faisait vraiment plaisir à voir.

On commande les entrées : de la crème de tomate, des accras de morue et un scotch egg bien anglais.

Pour ouvrir la discussion, testons leur niveau de « souverainitude » en leur demandant pour qui elles avaient voté lors des dernières élections. Parti québécois ? Québec solidaire ? Option nationale ?

Les quatre ont répondu Québec solidaire.

Urbania : En tant que souverainiste, ça vous tentait pas de voter pour le Parti québécois ?

Mélanie
 :  Même si je trouve que certains candidats sont intéressants, je ne crois pas que le PQ nous représente vraiment en ce moment et je ne comprends pas sa pertinence non plus.  Je pense qu’il y a beaucoup d’anglophones qui se disent en regardant leurs politiques : « Oh my God, they’re racist!» D’un autre côté, je suis un peu mal à l’aise avec la rhétorique péquiste du «Us vs Them». Je ne vois pas comment ce qu’ils proposent est respectueux du choix individuel… Mettre le français à l’avant-plan, je trouve ça un peu too much.

Patricia Boushel : Pour moi, le PQ n’est même pas une option. Leur politique n’est pas en lien avec mes valeurs et témoigne d’un grand manque de respect envers les libertés individuelles. Ce que je trouve intéressant avec Québec solidaire, c’est que pour eux, la souveraineté autochtone doit se faire avant la souveraineté du Québec.

Patricia Bossy : Moi, j’ai commencé à voter pour le Parti québécois en 1973. Je venais tout juste d’avoir 18 ans lors de la première élection de René Lévesque. J’aimais sa façon de faire de la politique. Ce qu’il nous proposait, c’était vraiment un projet de société. Le Parti québécois était aussi le premier parti social-démocrate et son premier cabinet était composé de professeurs, d’intellectuels, de poètes… Ça faisait tellement différent de la politique d’antan, où il n’y avait que des avocats et des hommes d’affaires. C’était vraiment excitant ! Même si j’ai voté QS lors des deux dernières élections, je suis vraiment fière que le PQ ait été élu. Depuis, ils ont rempli leurs promesses. Ils ont peut-être été maladroits dans la façon de le faire, oui, mais ils ont au moins eu le courage de leurs convictions.

Lorraine : Moi aussi, je suis contente que le PQ ait gagné, même si je pense que la souveraineté ne doit pas être la première chose au programme pour un parti. La priorité, ça devrait d’abord être les droits humains.

Souveraineté autochtone, droits humains, too much de mettre le français à l’avant-plan…
Disons qu’on est loin de l’image du souverainiste qui a la fleur de lys tatouée sur le cœur et qui lève son drapeau haut et fier durant un discours de Pauline au Métropolis. Avions-nous affaire à une nouvelle « race »?

Quand avez-vous su que vous étiez souverainistes?


Lorraine : Je suis née en Israël et j’ai grandi dans l’ouest de l’île de Montréal. Quand j’étais jeune, je n’étais pas séparatiste. Entre autres parce que je n’ai jamais aimé le concept de « frontière » ou de « division ». C’est vraiment avec l’arrivée de Stephen Harper au pouvoir que ma position a commencé à changer. Son entire disregard à l’égard des principes démocratiques m’a poussé à considérer la souveraineté, à part de tout le discours sur l’identité et la langue. C’est pour cette raison que je me suis ralliée à la cause. Et aussi parce que je pense que le Québec peut être un exemple pour le reste du monde. En tant qu’Israélienne, c’est certain que la cause de la Palestine m’a fait beaucoup réfléchir à celle du Québec, même si c’est loin d’être la même chose ! En étant pour les droits palestiniens, je me disais : «Qui suis-je en tant qu’anglophone dans ce pays qui ne m’appartient pas ?» C’est pas parce que je ne suis pas à l’aise dans un pays que je dois voter non. Même si le NPD était élu au fédéral, je resterais quand même souverainiste à cause de ces raisons-là.

Patricia Bossy : Ses positions sur l’environnement et la politique internationale me choquent tellement que je suis prête à faire l’indépendance du Québec juste pour avoir un pays dont les valeurs ressembleraient aux miennes ! Mais bon, ça fait bien plus longtemps que ça que je suis souverainiste. Pour moi, la souveraineté, ce n’est pas seulement politique, c’est culturel. J’ai vécu à Ottawa et en Californie, j’ai aussi beaucoup voyagé à travers le Canada anglais, et chaque fois que je reviens au Québec, je réalise à quel point les valeurs et la culture sont différentes.

Patricia Bouschel : Moi, disons que je suis une souverainiste soft ou molle. Si demain il y avait un autre référendum, je ne voterais pas nécessairement oui avant qu’on se soit entendu sur ce qu’on veut et ce qu’on est comme nation québécoise.  Mais, de façon générale, je dirais que c’est surtout depuis le printemps érable que je m’identifie en tant que souverainiste... Veut veut pas, le mouvement étudiant, c’est un mouvement de souveraineté. Beaucoup d’anglophones unilingues sont sortis dans la rue, et c’est l’ouverture et le degré de civisme qu’il y avait dans la rue qui ont contribué à renforcer mon côté souverainiste.

Mélanie
: Ça me surprend d’être venue ici ce soir, parce que je ne me suis pas encore autodéclarée comme « souverainiste ». Faut dire que je n’ai jamais eu de sentiment d’appartenance envers le Canada. Quand j’ai immigré à l’âge de 12 ans, ce n’est pas le Canada qui m’a accueillie, mais bien le Québec.

Lisez la suite dans le Spécial ANGLOS, en kiosque dès maintenant

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Derniers commentairesRSS
  • Au Québec, on a pas de problème à partager une culture commune, peu importe la couleur de la peau, des yeux, des cheveux ou du coco selon la mode capillaire. En d'autres mots, une société d'accueil.

    C'est le désir de s'épanouir comme peuple, le consensus du français comme langue commune (pas unique, j'aime trop les langues!), un certain univers culturel... bref le fait que nous soyons un peuple qui nous unit.

    L'identité c'est culturel, pas génétique. Et la culture, ça se partage, avec plaisir.

    13 Avr 2013 | Parpalhon

  • Vous n'êtes pas seules! Il y a plusieurs anglo-souverainistes, même allo-souverainistes!

    Je suis: néo-québécoise, d'origine grecque, anglophone du West Island, génération 101, francophile, souverainiste!

    Surprenant pour certains?

    9 Jan 2013 | Emma

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