26 Mai 2010

Les impokables

Crédit: Christian Blais

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Quand on leur parle de Facebook, leur visage se crispe, leurs mains deviennent moites et leur paupière droite se met à trembler. Alors que la planète entière vit à l’heure du géant bleu, que les amitiés, les sorties et même les relations amoureuses se vivent numériquement, les antifacebook résistent quoi qu’il arrive et se moquent de passer pour des illuminés. Mais que se passe-t-il dans la tête de ces irréductibles Gaulois?

Il aime se défouler à Guitar Hero dans son salon avec des amis. Ses fans du sexe opposé le préfèrent pas rasé. Son anniversaire est le 20 octobre. Ça lui arrive de porter des perruques ridicules et il aurait déjà joué au trou-de-cul chez Hartley’s quand il avait 14 ans, à l’époque où il était punk. Bienvenue sur la page Facebook du fan club de Nicolas Tittley, animateur et journaliste à Musique Plus. Qui n’a jamais ouvert de compte ou créé de profil de sa vie. «Je n’en ai pas et je ne vais jamais en avoir, dit-il. Des amis ont ouvert cette page pour me forcer à avoir un statut. Je ne sais même pas à quoi ressemble ce fan club ou même s’il est encore actif...» C’est qu’aux yeux de l’encyclopédique chroniqueur musical, Facebook est un ramassis de narcissiques professionnels. «Ce site impose des codes. Il faut étaler sa vie et mettre constamment son profil à jour. Indiquer qu’on est dépressif au lever et complètement euphorique à midi, dit celui qui revendique le droit à être totalement débranché. Ces infos ne sont pas pertinentes et j’ai encore moins envie de les commenter en demandant comment s’est passée la transition entre le statut 1 et 2!»
Même si tous ses amis sont sur Facebook, Nicolas résiste, sous prétexte qu’il veut continuer à vivre pleinement certains instants. «Avant Facebook, par exemple, les concerts de musique étaient des moments de communion uniques entre le public et le groupe qui jouait sur scène, constate l’animateur. Maintenant, les gens assistent au show par le filtre de leur réseau. Leur expérience doit être validée par Facebook pour exister. Ils ne vivent plus le moment, mais une représentation du moment. C’est absurde.»

Fuck off
Comme Nicolas Tittley, la comédienne Jessica Barker ne veut rien savoir du réseau social et a décidé de taper fort contre Facebook. Dans son appart du Mile-End, entourée de sacs en plastique rempli de t-shirts estampillés Fuck Facebook, elle répand le message telle la bonne nouvelle. Il y a près de deux ans, sur un coup de tête, elle a démarré son entreprise avec une copine, Laurence Berkani. Les deux filles ont acheté du tissu, imaginé le logo et fait fabriquer leurs chandails.
Depuis, plus de 3000 t-shirts ont été vendus et les courriels positifs continuent d’affluer, comme celui de cette fille qui a perdu son chum à cause de Facebook et qui est heureuse de porter le t-shirt depuis. «Les gens sont contents, indique l’ex-vedette des Intrépides. On nous fait croire que notre vie sociale s’arrête si on n’en fait pas partie… mais c’est faux.» Jessica cite d’ailleurs l’exemple d’une amie qui pendait sa crémaillère et qui avait invité ses 500 amis Facebook. «Ça devait être le gros party avec énormément de monde, raconte-t-elle. Mon amie était très impatiente, mais finalement personne n’est venu. C’est ce qui arrive avec Facebook, on banalise les événements, car il y a trop de sollicitation.»
Malgré sa position antifacebook actuelle, Jessica est passée du côté bleu de la force. Son expérience aura duré deux semaines. «Ça a vraiment été n’importe quoi, reconnaît-elle. Le jour où j’ai créé mon profil, une cinquantaine de personnes que je ne connaissais pas m’ont demandé d’être leur amie.» Aussitôt après avoir ouvert son compte, elle l’a refermé, faute d’avoir envie de suivre la vie quotidienne des autres. Et maintenant quand ses amis s’étonnent de ne pas la trouver sur Facebook, elle s’empresse de répondre: «Ben non… JE NE SUIS PAS SUR FACEBOOK!»

Un outil de plogue
Même si elle se sent un peu seule et qu’elle craint de retomber à nouveau sous la pression, Jessica tient le coup, pendant que d’autres résistants tombent au combat. Comme Hans Heinrich, un musicien montréalais qui a longtemps tenu tête à Facebook avant de craquer, il y a quelques semaines. «La plupart des raisons pour lesquelles je ne voulais pas être sur ce réseau sont les mêmes qui font que j’y suis maintenant», explique-t-il.
Depuis des années, Hans a tout fait pour éviter d’apparaître sur Internet, car il ne voulait pas exister virtuellement. Il n’a donc jamais eu de profil et a interdit toute publication de photo ou de texte faisant référence à son nom. Il privilégie la vie réelle et estime que Facebook est totalement superficiel. «Tout le monde veut être une star et montrer que sa vie est mieux que celle des autres: qu’il possède plus d’amis, qu’il a les plus beaux enfants et qu’il va dans les meilleurs partys», affirme le musicien de 28 ans.
Ce sont ses projets professionnels qui l’ont poussé à revoir sa position. «Avec mon groupe, nous avons le projet de sortir un disque cet automne. Je vais me servir de Facebook comme outil de promotion. C’est un foutu bon moyen d’aller chercher un énorme bassin de gens», concède Hans qui a passé beaucoup de temps sur son profil depuis qu’il l’a ouvert. En moins de quatre jours, il avait déjà 150 amis. Il assure que son usage de Facebook restera professionnel - même si cela facilite les contacts avec les filles - et qu’il n’étalera pas sa vie sur son mur: «Je n’ai pas envie qu’on sache comment je me sens ou si je suis en couple ou pas, dit-il. J’ai mis quelques photos, mais rien de compromettant. Je ne veux pas me retrouver avec une image de mon ex que je n’arrive plus à enlever.»

La suite à lire dans le nouveau Urbania Spécial Médias Sociaux, déjà en kiosque.


Autres extraits du numéro spécial Médias Sociaux : Grandeur et décadence de l'empire Myspace, La brebis noire, Nouveau salon mortuaire, Portrait non autorisé, Qu'est-il arrivé avec Genviève Dionne ?

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