19 Sept 2012

José Bové, l’homme qui gardait des brebis

Crédit: Vincent Tourigny

Par Judith Lussier

Depuis trente ans, il se bat comme un seul Français contre les OGM, les hormones de croissance et la militarisation du territoire agricole, armé simplement de sa pipe et de sa moustache.

Ce texte est extrait du #35 spécial À la ferme | En kiosque dès le 28 septembre

Comme c’est la personne la plus big qu’on ait interviewée chez Urbania, on en a profité pour lui poser toutes les questions qu’on a toujours voulu poser à un activiste écologique éleveur de brebis.

Votre père était membre de l’Académie des sciences, vous avez grandi à Berkeley et vous avez frayé avec l’idée d’enseigner la philo. Qu’est-ce qui a attiré l’intellectuel que vous êtes à l’agriculture?
Intellectuel, c’est beaucoup dire. J’ai arrêté mes études après le baccalauréat et j’ai travaillé dans les fermes dès l’âge de 18 ans. C’est vrai que mes parents n’étaient pas agriculteurs. Ils travaillaient les deux dans la recherche en agronomie. C’est un choix personnel d’avoir repris le flambeau de mes grands-parents, qui eux étaient paysans. Après, c’est vrai que j’ai continué à réfléchir et à lire en parallèle.

Est-ce que c’était un choix de vie politique?

Pour moi, les deux sont liés. Être paysan, c’était un choix de vie, un choix de métier, et un lieu qui me permettait d’allier ce que je voulais faire dans ma vie personnelle et professionnelle. Surtout, ça me permettait de continuer mon engagement contre la militarisation du territoire, puisque je me suis installé sur le Larzac [NDLR : une région du sud de la France] pour lutter contre l’extension du camp militaire. J’ai été objecteur de conscience, j’ai refusé de faire le service armé et je me suis opposé à l’armement nucléaire. Être paysan me permettait de continuer à vivre comme je le voulais tout en poursuivant le combat des idées.

On sait que le métier d’agriculteur est très prenant. Comment faisiez-vous pour participer à autant d’actions citoyennes lorsque vous aviez votre élevage? Qui s’occupait des brebis en votre absence?
Notre exploitation était organisée justement de façon à dégager du temps pour mener une vie sociale, syndicale et familiale. On a toujours travaillé à plusieurs sur la ferme, et l’été, des amis venaient en vacances et me remplaçaient pour me laisser partir en vacances. Je pouvais partir tranquillement en sachant que mes animaux auraient à manger et à boire. On s’est organisés comme ça entre nous, mais ça pourrait s’orchestrer à l’échelle collective, en développant un système de remplacement. Comme ça, les agriculteurs pourraient prendre congé comme n’importe qui, grâce à la mise à disposition de jeunes salariés volontaires, qui pourraient travailler comme ça pendant deux ou trois mois pour faire des remplacements.

C’est quelque chose qui pourrait s’inscrire socialement et je suis sûr que plusieurs volontaires seraient intéressés à travailler à la ferme pendant leurs études universitaires, et voire découvrir le métier de paysan. Chez nous, par contre, il y a un réel problème de renouvellement des générations. En Europe, que 6% des agriculteurs ont moins de 40 ans. Si rien n’est fait d’ici quelques années, énormément d’agriculteurs iront à la retraite et il n’y aura pas de relève.

C’est un problème qui nous touche aussi. Qu’est-ce qu’on peut faire?

Pour que la relève reprenne le flambeau, elle doit pouvoir s’installer de manière correcte, avec un revenu adéquat, et là, on a un énorme problème parce que les revenus sont très bas. Pendant 20 ans, la logique économique libérale a voulu qu’on laisse le marché seul fixer les prix. En agriculture, ça a été complètement antiproductif. Ça a fait baisser les prix et c’est une catastrophe. Ça a éliminé évidemment des paysans qui ne pouvaient plus vivre de leur travail.

Lisez la suite dans #35 spécial À la ferme | En kiosque dès le 28 septembre

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