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Communément appelés carnies, les employés des kiosques de jeux d’adresse reçoivent des directives très précises de la part de leur boss pour crosser allégrement les clients en quête de toutous. Un ancien employé de La Ronde, repenti, lève le voile sur ces techniques frauduleuses.
Est-ce qu’il est vrai que vous utilisez des trucs pour faire dépenser les clients le plus possible?
Oui, il existe certaines astuces. Par exemple, quand un joueur paie pour un lancer à 4 $ avec un 20 $, on garde l’argent dans notre tablier. Lorsqu’il nous dit qu’il ne veut plus jouer, on répond : « Voyons, il te reste encore 16 $! » Dans ce temps-là, la personne rejoue. Et si elle insiste pour partir, on lui remet le change en 2 $. Quand un client a autant de monnaie dans ses poches, il a de fortes chances de revenir jouer pour « s’alléger ».
C’est tout?!
Une autre ruse, quand il est sur le point de s’en aller, c’est de lui dire : « Pars pas, je vais te donner LE truc! ». La plupart du temps, il se laisse tenter. Cette technique est particulièrement efficace pour le jeu où on doit cacher un rond rouge, à l’aide de cinq plaques de métal…
C’est pas faisable!
C’est vrai que c’est difficile. Quand je travaillais à ce jeu-là, je proposais une démonstration aux clients. Comme j’avais l’habitude de le faire, je réussissais les yeux fermés, en tournant les plaques entre mes doigts. Pour eux, ça semblait si facile : ils tentaient le coup!
Selon toi, quel est le jeu le plus « croche » de La Ronde?
Le Gunball. Il m’était possible d’orienter la balle au bout du fusil afin qu’elle parte dans tous les sens plutôt que vers les cibles à atteindre. Un autre jeu « impossible » est celui des grenouilles et des nénuphars. Certaines grenouilles étant plus lourdes ou plus molles, une réussite ne relève que du miracle!
Faites-vous exprès de déconcentrer un joueur?
Absolument. Alors qu’un client se concentre, il ne suffit que d’inviter d’autres passants en criant! C’est toujours un échec… pour le joueur en place! Si c’est un homme, on peut aussi piquer sa virilité. Par exemple, si sa blonde veut un Tweetie, on lui dit : « Tu l’auras pas. » Habituellement, le gars devient enragé et perd sa concentration. Après plusieurs échecs consécutifs, il nous supplie de lui vendre ledit toutou… Comme c’est défendu, il doit parfois dépenser 50 à 75 $ avant de mettre la main dessus!
C’est pas fin, ça…
J’avoue que, en quittant mon kiosque, peu de clients doivent s’être dit : « Ce gars-là est vraiment correct! » Mais c’est rien si on compare ça aux jeux des fêtes foraines… ils sont bien plus croches! Et, en passant, dans les jeux d’adresse, y a pas seulement les clients qui se font avoir par les employés : les employés aussi se font avoir par les clients. Certains joueurs sont des « pros » et viennent chaque semaine gagner des toutous, qu’ils revendent ensuite dans les marchés aux puces. On les connait, mais on ne peut rien contre eux.