Et là, entre deux bouchées de toasts au beurre de pean’, on tombe sur un «RIP Nelly Arcan». On sursaute un peu. On relit une deuxième fois et on se dit : «Fuck. Nelly Arcan est morte?»
On n’y croit pas.
Alors, on parcourt tout notre News Feed. Les yeux encore croutés, on lit un autre «RIP Nelly». Puis un «Elle était si jeune». Et un «Est fort attristée». Puis un «Je pense à toi Nelly» et un «Tu vas nous manquer». Une rimbambelle de messages d’adieu tous plus vides les uns que les autres, de la part de gens qui n’ont probablement jamais eu de contacts avec elle. De la part de personnes qui n’ont sûrement jamais lu une crisse de ligne de ses livres.
Devant l’abondance de commentaires, le doute disparaît. Si tout le monde l’écrit dans son statut Facebook, c’est ce que c’est vrai : Nelly Arcan est bel et bien morte. Pas besoin d’aller sur cyberpresse pour confirmer la nouvelle. Pas besoin d’ouvrir RDI pour avoir plus de détails.
Sans même avoir pris le temps de réfléchir, de digérer la nouvelle ou de réaliser ce qui arrive, on se dit qu’il faut updater son statut pour participer à ce deuil collectif. On serait ingrat de ne pas le faire, non?
Pendant cinq minutes, on cherche le commentaire le plus punché. Comme si c’était une compétition, un concours d’originalité. Après s’être cassé la tête, on écrit un insipide «Putain, la vie!». On se trouve bon.
Deux minutes plus tard, trois personnes ont déjà écrit un «Like».
On se trouve encore plus bon.
On ferme l’ordi et on file au bureau, avec le sentiment du devoir accompli.
Pas une larme. Pas d’émotions.
Le lendemain. On se réveille moins puckée. On déjeune. Avant même d’ouvrir la télévision ou la radio, avant même d’aller lire Lagacé, on va voir notre profil Facebook. Une tasse de café dans une main, la souris d’ordi dans l’autre, on parcourt notre News Feed pour savoir ce qui a bien pu se passer durant la nuit, pour voir les photos de partys qu’on a manqués, pour se rappeler que, oui, c’était hier la fête de notre frère.
Et là, entre deux bouchées de toasts au beurre de pean’, on tombe sur un «RIP Pierre Falardeau». On sursaute un peu. On relit une deuxième fois et on se dit : «Fuck. Pierre Falardeau est mort?»
Pas une larme. Pas d’émotions. Que du bon vieux web 2.0.
Paf! Dans le mille! Bravo!
Mais que proposons-nous de mieux?
J'ai pas eu de "peine" de voir Pierre Falardeau ou Nelly Arcand quitter notre monde...
J'ai été attristé, j'ai trouvé ça dommage... Mais je ne pensais pas que je devais avoir de la vraie peine à ce point...
Peut-être que le 2.0 m'a vraiment atteint... Mais si je l'avais appris dans le journal, si c'était Lagacé, justement, qui m'avait appris que Swayze est mort, ça aurait changé quoi? Facebook ou pas, 2.0 ou pas, la mort, ça craint!
12 Oct 2009 | Laurent Perez | Montréal
like
2 Oct 2009 | audrey fortier | acton vale
J'ai un peu de difficulté avec ce blasé-branché. Ça se peut, de l'émotion, de la vraie, toute simple, peut-être naïve s'il faut absolument la qualifier, mais... je sais pas, on peut sentir une peine et vivre un deuil sans tomber en larmes et sans que l'absence de larmes soit une preuve de cynisme indifférent. Va pour le Newsfeed comme d'autres vont à leur scotch. J'ai de la peine pour la perte de ces deux êtres sensibles qui enrichissaient notre paysage, et c'est tout. Et puis, est-ce vraiment de vivre l'émotion plus intensément que de se faire parler du pauvre Michael Jackson pendant 2 mois?
Comment juger la présence ou l'absence d'émotions de la part des gens qui écrivent ces messages de deuil... leur a-t-on demandé s'ils avaient pleuré? Moi j'ai écrit RIP Falardeau pis j'ai pleuré crisse!
Et puis pendant que j'y suis, arrêtez donc de dire que le virtuel n'est pas la "vraie vie"! C'est le comportement de la personne devant l'écran qui est déterminante ici. Quand je chat avec quelqu'un, je suis concentré sur cette personne et j'agis comme si elle était devant moi. Je ne prends pas 3 minutes pour répondre, je ne quitte pas sans l'avoir saluée, etc. Respect de l'humain qui est derrière l'écran = vrai rapport humain. Non respect de l'autre internaute = faux rapport humain. Si vous croyez que la vie virtuelle n'est pas la « vraie vie », c'est peut-être que votre « vraie vie » est virtuelle...
29 Sept 2009 | Maxime LeFlaguais | Montréal
Si triste mais si vrai... Excellent article.
28 Sept 2009 | Genevieve Piquette | Montréal
Je ne mettrai pas un «like» là-dessus, ça serait absurde, mais j'ai quand même envie de te dire que t'as parfaitement raison et que ton billet tombe à point.
28 Sept 2009 | Mélissa Verreault | Montréal
Très bon texte. Je n'aime pas cette nouvelle version de la rectitude politique qui sévit sur Facebook, Twitter et cie.
28 Sept 2009 | Jean-Philippe Grenier | Montréal
@ Violaine : Anyway, tu as toujours les plus cool statuts Facebook de la terre. Sérieux.
28 Sept 2009 | Catherine Perreault-Lessard
« Pas une larme. Pas d’émotions. Que du bon vieux web 2.0. »
Ouain...
Tiens, il y a un parallèle intéressant avec la "mise en garde" du Dalaï-Lama sur les technonolies :
«Je pense que la technologie peut présenter certains avantages pour les gens intelligents, mais qu'elle ne peut pas susciter la compassion.»
http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/national/200909/27/01-906012-le-dalai-lama-met-en-garde-contre-la-technologie.php
28 Sept 2009 | Nathalie Perreault | Québec
C'est tellement ça que j'ai vécu vendredi matin. J'ai lu au moins 15 crisses de lignes de Putain et j'ai détesté. Je n'ai pas l'habitude d'être hypocrite dans mes statuts Facebook, mais encore moins d'être inélégante. Faque tant pis pour l'originalité, j'ai écrit ":-(".
Maudit 2.0 à marde.
28 Sept 2009 | Violaine Ducharme | Montréal
Exactement le même feeling (lendemain de veille inclusivement).
28 Sept 2009 | Annie Lachance | Montréal
Heureux de voir que je ne suis pas le seul à trouver tout cela complètement débile. D'ailleurs, je ne peux m'empêcher de t'encourager à lire ce petit essai sur le même sujet: http://mecano.ca/blog/fr/2009/07/vide-20/
28 Sept 2009 | Pierre-Étienne Poulin | Montréal
Merci d'avoir dit ce qu'on osait pas dire.
28 Sept 2009 | Anne B-Godbout | Montréal
:) bien dit ca
27 Sept 2009 | Didier Lortie | Montréal