Psychanalyse en direct d’une amoureuse compulsive

Psychanalyse en direct d’une amoureuse compulsive
27 Août 2009

Par Mélissa Verreault  |  Publié dans : mélissa verreault

Cette semaine et la semaine prochaine, 851 481 petits Québécois retournent en classe. Pour l’occasion, leurs parents leur ont acheté une nouvelle paire de jeans avec un élastique à la taille à l’Aubainerie, des souliers à velcro chez Yellow, des tas de duo-tang roses-mauves-verts-bleus, un bâton de colle neuf qui sent bon la colle neuve et un thermos pour garder leur raviolis Chef Boyardee bien au chaud : le bonheur.

En ce qui me concerne, pour la première fois en 20 ans, je ne participerai pas à ce grand événement qu’est le retour en classe. Les cours ne reprennent pas pour moi. À partir de maintenant, le mois de septembre n’est plus le «début de l’année», mais un mois parmi tant d’autres, le neuvième, pas le premier; celui où l’été finit, où on n’a pas le choix de mettre une petite laine pour sortir le soir et où on commence à réfléchir à ce qu’on va demander pour Noël puisque notre grand-mère débute son magasinage du Temps des Fêtes pas mal à l’avance. 

J’aimerais pouvoir connaître encore l’excitation automnale, avoir hâte de savoir qui sera mon nouveau professeur et potiner avec mes amies dans la cours d’école tout en jouant au ballon-poing. Je vendrais mon diplôme de maîtrise sur ebay pour pouvoir retourner en enfance quelques instants et faire ma rebelle en écrivant des lettres à mes copines pendant la leçon de mathématiques; plier mes missives illégales en trente-deux et écrire dessus Top secret, en pensant que ça sera suffisant pour empêcher les malfrats mal intentionnés de plonger leur curiosité dans ma correspondance; rentrer à la maison en répondant «bof» à ma mère quand elle me demandera si j’ai passé une belle journée et faire semblant d’être blasée uniquement pour la forme, parce qu’au fond, je ne peux pas l’avouer devant les autres, ils me jugeraient, mais j’adore l’école. 

Me rappeler ces souvenirs du primaire et du secondaire, c’est aussi penser à mes premières amourettes, à mes sentiments pour Simon, en maternelle et en première, à mon gros kick pour Francis B.-D. en deuxième et en troisième, à mon béguin passionné pour David F. en cinquième et en sixième (Ben oui, il manque la quatrième : j’ai sauté une année, c’est dit. Tant qu’à être dans les grosses révélations choc cette semaine, lançons-nous!). Enfin, j’ai toujours été éprise de quelqu’un, mon cœur de fillette ne prenait pas de pause. La rentrée des classes signifiait généralement pour moi le début d’une nouvelle idylle ou la renaissance de vieux fantasmes. 

J’ai investi vraiment beaucoup d’énergie (et de papier à lettre qui sent bon) à écrire des poèmes qui riment pour des pré-ados à la moustache molle qui s’en foutaient de mes déclarations romantiques. Déjà, mes attentes par rapport aux relations monsieur-madame étaient beaucoup trop élevées. Bref, la rentrée, ça me rappelle que je suis une amoureuse compulsive. 

Comme il n’y a rien de mieux pour annuler les effets néfastes d’une compulsion que de céder à une autre compulsion, je vais aller faire une razzia de feuilles lignées, de cartables 1 pouce à couverture souple et de crayons-feutres-fluos-qui-partent-au-lavage chez Jean Coutu, histoire de vivre un peu dans le déni et de faire comme si septembre allait être, pour moi aussi, le début de quelque chose de nouveau.
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