C'est la faute de la télé

C'est la faute de la télé
23 Jan 2014

Par Pascal Henrard  |  Publié dans : blogue

Si le Québec est en train de déchirer sa chemise à propos du voile avec autant d’excès et de passion, c'est peut-être aussi à cause de ce que nous montre ou ne nous montre pas la télé, ce reflet (artificiel) de notre société.

Dans les fictions en série tout comme dans les divertissements plus ou moins réalistes, le petit écran québécois met inlassablement en scène du bon blanc de souche 100% approuvé par le conseil municipal de Hérouxville. Les rares immigrants qu'on voit sont des caricatures de minorités visibles: les barbus sont en djellaba, les chauffeurs de taxi sont haïtiens, les ados bronzés sont à la tête de gangs de rue, les femmes voilées jusqu’aux yeux sont soumises, les vilains mafieux ont l’accent italien,...

Qui manque d’imagination? Les scénaristes? Les producteurs? Les diffuseurs?

Où sont les ingénieurs marocains, les professeures roumaines, les journalistes algériens, les informaticiens égyptiens, les infographistes péruviens, les pharmaciens maliens, les architectes belges, les stratèges haïtiennes, les artistes congolais, les charcutiers guatémaltèques, les coordonnatrices rwandaises*?

Depuis que je suis au Québec - si vous ne le saviez pas, je suis une minorité audible - le Québec a beaucoup changé. Mais pas ce que projettent son cinéma et sa télé.

La diversité colorée qui anime Montréal n’a (presque) pas d’écho dans la couverture pure laine de nos médias tricotés serrés. On voit plus de néos-Québécois qui font les manchettes à LCN que dans les téléromans, les jeux télévisés, les films et les téléréalités. Ça ne vous choque pas? Lisez les génériques, faites le compte des figures basanées, recensez les Mamadou versus les Tremblay…

Ça m’a frappé en voyant l’adaptation anglaise de 19-2. La même histoire, mais pourtant un casting beaucoup plus coloré (Réal Bossé est noir) que la version originale tricotée au Québec. Et que dire des personnages principaux des Jeunes Loups, des comédiens de Série Noire, des docs de Trauma, du casting de Mémoire Vive,… Rien que du blanc de blanc, bien de souche.

Au bout du compte, il y a plus d’homosexuels que d’immigrants à l’écran de nos séries.

Quand on sait que la majorité des gens s’informe au petit écran, quand on constate que même les Québécois qui voyagent emportent avec eux leur pot de beurre de peanut et leurs préjugés, il n’est pas étonnant de voir le débat de fond sur la laïcité de l’état s’enfarger dans les voiles. À force de se complaire dans le «pure laine», on cultive la frilosité.

Le Québec sera inclusif le jour où sa télé reflètera sa réalité. Pas quand on le forcera à l’être.

*Que des exemples tirés de la réalité qui m’entoure.

Pour suivre mes délires d’étranger sur Twitter avant que je retourne dans mon pays (comme on me le suggère de plus en plus souvent), c’est ici : @pascalhenrard
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  • Des initiatives existent et le plus bel exemple est celui qui aura lieu aujourd'hui au Théâtre de Quat'Sous : les Auditions de la Diversité, organisées par l'organisme Diversité artistique Montréal (DAM). https://fbcdn-sphotos-d-a.akamaihd.net/hphotos-ak-ash4/t1/1511073_10151818631546881_1479429953_n.jpg

    3 Fév 2014 | Fanny Guérin

  • sonia Ghaya

    deux choses à dire :

    1) Merci de dire tout haut ce que je dis tout bas depuis des années.

    2) Ce que j'avais à dire jadis avant la Charte, avant tout ce branle-bas de combat politique: http://www.fiezma.com/2012/04/01/fi-ezma-existentielle-iii-jai-mal-a-ma-tv/

    25 Jan 2014 | sonia Ghaya | Montréal

  • Faudrait quand même pas oublier que 19-2 ET série noire on des personnages principaux blancs de souche québécoise... qui sont jouer par leurs auteurs... Si real bosse veut travailler sur sa série dans un rôle principal il va le mettre blanc c'est évident... Et puis cest juste une série mais 30 vies propose beaucoup d ethnies différentes et pas toujours stéréotypés!

    23 Jan 2014 | caroline

  • Encore une fois un article qui fait l'amalgame entre immigration et religion (voir ici laïcité)

    L'idée fallacieuse que tout les immigrants souhaitent voir la religion s'afficher au sein de l'état montre à quel point on homogénéise des peuples entiers.

    Que fait-on des arabes agnostiques, des juifs athées, des indiens apathéistes, etc.?!

    Toutes lois est une contrainte aux droits individuels et ce n'est pas parce que la Charte des droits protège les libertés religieuses qu'on devrait la respecter aveuglément. Ça, ça vaut pour toute les origines (Québecois inclus).

    Pour terminer, je suis bien d'accord avec vous; la télévision n'est clairement pas représentative de notre société actuelle et cela est décevant

    23 Jan 2014 | Pm

  • Etienne Goulet

    Ironiquement, c’est peut-être un des effets pervers du multiculturalisme. Et oui, c’est peut-être aussi un peu la faute de la télé…

    Chaque fois qu’on nous présente à la télé (hors fiction) ou dans les médias en général quelqu’un qui n’est visiblement pas un « bon blanc de souche » comme vous dites, on ne manque jamais de nous rappeler son origine et on parle de SA communauté. On finit forcément par associer quiconque n’est pas à l’évidence un « pur laine » comme faisant partie d’un petite communauté qui a sa propre histoire et sa propre culture. Ça devient un réflexe.

    Or l’objectif recherché en fiction est l’identification du plus grand nombre aux personnages principaux. C’est bien évidemment beaucoup plus facile avec des personnages « génériques » auquels la majorité peut facilement s’identifier.

    En fait, la télé québécoise représente peut-être assez bien la société. Une société multiculturaliste (c’est un constat, pas un souhait) où les gens sont d’abord associés à leur communauté ethnique et à une culture spécifique.

    D’ailleurs, je pense que le phénomène est différent aux États-Unis. Le « melting pot » américain fait qu’un acteur noir passera d’abord… pour un américain. Les gens peuvent faire plus facilement abstraction de ses origines.

    23 Jan 2014 | Etienne Goulet | Montréal

  • @Pascal Henrard

    Monsieur, j'aimerais continué en vous disant merci de me répondre! Je vois que mon message de remise à l'ordre a su vous piquer au vif.

    Le problème, c'est que vous faites déjà partie du monde artistique et culturel du Québec. Il est normal que vous ayez une vision clair de "votre communauté". Je travaille sur la construction à Montréal et laissez moi vous dire que quand des gars arrivent à la job pis qu'ils ont eût des problèmes à dealer avec des arabes pis des chinois, ça me met hors de moi. On es-tu chez nous ici ou on l'est pas?

    Désolé, mais je le répète, les amateurs de téléromans québécois sont des attardés, essayant de calfeutrer leur ennui et leur stress quotidien devant un écran. Car ce qui se passe derrière l'écran est beaucoup plus intéressant que leur vie: un gai en peine d'amour, une belle-soeur qui couche avec deux cousins et un nowhere qui a des problèmes de jeu, l'autre qui fait de l'inceste, un ado swagger avec du brand de vlà 10 ans...Ça manque d'action, de fiction! Ça manque de Breaking Bad...dans le fond, ça manque de fonds au Québec, pis c'est pas moi qui va payer des taxes pour des comédiens de bas étages. Je travaille à la sueur de mon front pour avoir un train de vie raisonnable, tout le monde devrait faire pareil.

    23 Jan 2014 | Jean-Marie

  • Pascal Henrard

    Jean-Marie, cher payeur de taxes, vous parlez d'un "cas isolé de la culture"... TVA, Radio-Canada, les deux plus gros télédiffuseurs... Les Jeunes Loups, 1 505 000 téléspectateurs 19-2, en moyenne 600 000, Série Noir, près d'un demi million... On ne peut pas vraiment parler de "cas isolés". Désolé.

    Par ailleurs, on s'entend pas "pour dire que ceux qui regardent et suivent les téléromans québécois sont des attardés."

    23 Jan 2014 | Pascal Henrard | Montréal/Bruxelles

  • Bon, une autre publication typique d'Urbania. À la base, on prend un cas isolé de la culture pour en faire une généralisation. On s'entend pour dire que ceux qui regardent et suivent les téléromans québécois sont des attardés. Un cas isolé d'attardés et de gais à l'écran ne devrait pas représenter la vision du Québec au niveau de la laïcité. On va se dire les vraies choses...moi, un barbu à moitié fêlé qui médite sur son tapis dans le métro, je ne suis pas capable. Les immigrants quittent leur pays à la base pour profiter de nous comme une putain à 4 pattes. Pour arrêter de faire les putains et les chochottes préférant blâmer la télé plutôt que nous mêmes, il faut une charte. Parce que moi, avoir un Québec multicolore, je trouve ça inconcevable. Je paye assez de taxes pis d'impôts pour des blancs qui veulent pas travailler, j'en payerai pas plus pour du monde que j'en n'ai rien à faire.

    23 Jan 2014 | Jean-Marie

  • Faute à la télé ou à l’auditoire? À mon sens, les deux partis sont coupables de la situation. Les producteurs utilisent les stéréotypes afin de plaire à un auditoire qui veut se reconnaître dans les personnages des séries qu’ils écoutent, qui ont une réalité qu’ils comprennent. Le but du producteur est de faire des côtes d’écoutes et donc ils présentent au public ce qu’ils croient qui fera carton auprès de l’auditoire. Blâmer ces gens est trop simple dans le contexte qu’ils vivent (faire des côtes d’écoutes ou leur série sera annulée) et limite beaucoup trop la responsabilité de l’auditoire. Lorsque l’auditoire réclamera plus de diversité, les producteurs devrons s’ajuster. Mais avec ce que l’on veut du débat actuel, ce jour est loin d’être arrivé…

    C’est un peu le même débat que sur nos politiciens, nous réclamons des politiciens qui pensent aux intérêts du Québec, mais nous votons pour ceux qui nous donnent des nananes (et donc nos intérêts). Le jour où l’électorat votera pour le bien-être de la société, les politiciens changerons… Ce qui est le même débat que pour la diversité à la télé… Le changement doit venir du peuple québécois et à ce niveau, j’ai peu d’espoir…

    23 Jan 2014 | Simon

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