Les pitounes du Grand Prix : un choix politique

Les pitounes du Grand Prix : un choix politique
7 Juin 2013

Par Aurélie Lanctôt  |  Publié dans : blogue

Dans les pages de La Presse hier, on nous rappelait qu’au-delà des bolides rutilants et ronflants, le retour du Grand Prix de Montréal annonce également une intensification ponctuelle des activités en lien avec l’industrie du tourisme sexuel, dans la métropole. À vomir et pleurer.

Montréal, donc, serait la Mecque du tourisme sexuel en Amérique du Nord; n’en déplaise aux adeptes de F1 qui pourront en profiter copieusement ce week-end, si le cœur et le sexe leur en dit. 

Dans son diptyque d’articles percutants (ici et ), la journaliste Isabelle Hachey met en lumière un [des] côté[s] sordide[s] des « festivités » de la F1 qui s’amorcent tout juste, en s’attardant au lien entre le Grand Prix et l’exploitation sexuelle de nombreuses jeunes femmes. 

Bien. Ce n’est pas nouveau, tout ça. Chaque année, d’ailleurs, des militantEs féministes ou anticapitalistes sont aux rendez-vous pour dénoncer l’odieux qui se cache derrière le glam, les moteurs et les pitounes du Grand Prix. Et évidemment, on s’empresse toujours de les chasser. Faudrait pas troubler les badauds contents qui assistent à leur grand’ messe annuelle de testostérone et de bling-bling-vroum. Z’ont payé, après tout…

Mais les témoignages de ces intervenants en Centre jeunesse, qui assistent chaque année aux fugues-éclairs de nombreuses jeunes femmes incitées par leur proxénète à s’adonner à un « marathon de travail » pendant le Grand Prix, donnent froid dans le dos. Pour que les salons de massages ne manquent pas de « main-d’œuvre » et que les escortes soient « adaptées à la demande »,  les filles, on les rosse, on les menace, on les réduit à l’esclavage. De la chair humaine dont on ne fait pas grand cas, après tout. 

Toujours dans le dossier d’Isabelle Hachey, un détail qui blesse. Subtil, mais terriblement coupant. À un moment, expliquant l’engouement pour l’industrie du sexe lors du Grand prix, Pascale Philibert, qui dirige le (remarquable) projet Mobilis depuis cinq ans, souligne «[qu’]il y a une effervescence, un contexte, avec toutes ces filles aguichantes autour des voitures». Ainsi, donc, on comprend que la présence d’une horde de biches en robe tube en spandex « inspirerait » les clients potentiels à se ruer sur les services sexuels clandestins offerts aux alentours. 

Tu m’étonnes! C’est à en faire des coliques. Et à mon sens, il s’agit-là d’une démonstration patente du fait qu’utiliser des femmes hypersexualisées et objetisées comme « faire valoir » pour n’importe quelle babiole, dans l’espace public, n’est pas inoffensif. Pas inoffensif parce qu’on cautionne du même coup cette idée selon laquelle le corps d’une femme, tout comme son exploitation sexuelle, sont des biens de consommation comme les autres. 

Or, ce fétiche de la pitoune qui déambule autour d’un char, on ne saurait « le prendre avec un grain de sel ». Ni d’ailleurs se rassurer quant à l’impunité du procédé, en plaidant « qu’on l’sait ben, que c’est pas la réalité », et que les femmes ne sont pas des objets. 

Parce que visiblement, la distinction entre l’image de la femme objet et son prolongement dans le réel n’est pas si marquée. Précisément si on se fie à la popularité des services offerts par les réseaux clandestins de prostitution, où les clients semblent aisément s’aveugler à la manière dont on traite les femmes. Comme du bétail, j’entends. Tant qu’ils peuvent allègrement jouir, qu’importe au fond.

Mais on continue à les montrer, les pitounes. Enweille. 

Pourtant, promouvoir l’idéal type de la femme objet, en prenant « le contexte » ou « le concept » comme excuse, c’est participer éhontément à la violence symbolique qu’on inflige aux femmes. Parce qu’en présentant la femme comme simple objet sexué, même si c’est « juste pour un après-midi », on la dépossède momentanément d’une part de son humanité. C’est d’une brutalité absolument répugnante, que la société de consommation sanctionne, tout sourire.

Et le plus désastreux, c’est que cette désarticulation, ce tronquage de l’être, même si ponctuel, laisse une marque indélébile dans l’imaginaire. Une marque qui indique qu’il est normal d’assujettir à loisir les femmes à des préceptes cupides et barbares; en les mettant par exemple sur un pied d’égalité avec des gros chars qui crachent du cash par leur tuyau d’échappement.

C’est à force de ce genre d’« aplatissements» qu’on maintient ouverte la porte à toutes les infamies, à toutes les dérives morales dans le traitement qu'on réserve aux femmes. De la violence ordinaire qu’on leur inflige pour leur apparence ou leur mœurs à l’aliénation de leurs droits, en passant par ce réflexe terrifiant qui consiste à enseigner à ne pas « se faire violer » plutôt qu’à « ne pas violer »… 

Ainsi, rappelons que le contexte n’est jamais une excuse valable pour réduire un être à ses attributs sexuels, et que quiconque est prêt à participer ou même à admettre passivement ce genre de procédé pose un acte politique lourd de conséquence. 

Une pitoune en spandex autour d’un gros char quétaine, oui, c’est un peu grave. Ayons le courage d'agir en conséquence.

***

Et moi, sur twitter, c'est @aurelolancti

Derniers commentairesRSS
  • "Je trouve le lien de causalité un peu douteux, et se rapproche de l'argument auquel je suis allergique du « habille-toi pas en mini-jupe fille, parce que ça allume les hommes et qu'ils ne pourront se contrôler en te voyant et ils te violeront comme des chiens»."

    Pas mal d'accord avec cette idée précédemment évoquée de David Mérette. C'est ne pas s'attaquer au vrai problème que de critiquer l'apparence des femmes autour des voitures. Le problème, c'est l'image de la femme, pas image au sens d'apparence mais image au sens de conception.

    10 Juin 2013 | Simon Dor

  • @etrehumainretardsducalice

    "Ils veulent ce qu'on leur a promis : des poules de luxe"

    Je ne sais pas si tu t'en rends compte mais ton commentaire de mongole témoigne de la longueur du chemin qu'il nous reste à parcourir. Mais tu t'en rends pas compte fait que c'est pas grave. Ou plutôt non, c'est un peu grave.

    9 Juin 2013 | Robin

  • Non, ce n'est pas pour rien que le règlement P-6 a été maintenu. Il y a des intérêts économiques grossiers derrière la prostitution. On parle des pimps, mais ces gens forment aussi une mafia qui doit blanchir son argent et qui finance aussi la politique et les flics. 2012 a été une année où tout ce laid monde a eu peur pour son gros cash sale et la commande a été passé, on touche pas à la F1, on donne les subventions qu'il faut, "parce que c'est un moteur économique important pour Montréal" disent en coeur les Coderre de ce bas monde. Lire "vendre le cul des femmes ça rapporte en criss". Le PQ veut bien interdire les émissions qui abrutissent le monde, mais touchera jamais aux pitounes de le F1.

    8 Juin 2013 | Sacha

  • Ouin ben c'est drôle, tous les commentaires qui m'ont donné envie de vomir étaient signés par des hommes uhuh. "La F1 c'est fait pour vendre du rêve et stimuler l'économie . Sa cible les gens riches, principalement des hommes entre 30-50 ans qui louent des gros hotels , mangent dans les gros restos et etc . Je ne crois pas qu'ils ont envie de voir des filles simples ou moches . Il veulent se qu'on leur a promis : Des poules de luxe ! Bref si les fémistes sont simplement jalouses . Les femmes qui participent à ce genre d'évenement s'assument entièrement et sont fière de leur corps et de leurs sexualitée . " Ça j'ai vomi. Fuck la F1.

    8 Juin 2013 | Sergent Meow

  • Eeeee... C'est bien beau tout ça... Mais on parle de femmes qui s'exhibent dans des vêtements qui se vendent partout, donc disponible pour n'importe qui et parce qu'elles portent ces vêtements elles deviennent des prostitués ??? Des femmes habillés sexys y'en a partout et surtout pendant des événements de cette envergure et ce, depuis longtemps. Alors je me dis que ceux qui critiquent cette façon de faire devraient le dire aux premières personnes concernées, soit les femmes qu'on y retrouvent. Car en grandes majorité, ces femmes y vont pour leur plaisir, ça reste LEUR choix... Et pour la prostitutions, si il y avait une "justice" qui pénaliserait VRAIMENT les proxénètes, ça pourrait dissuader plusieurs à continuer ou recommencer et ce serait déjà mieux que maintenant... M'enfin, on ne change pas une culture (quelle qu'elle soit) en un clin d'oeil...

    8 Juin 2013 | Miguel

  • Les femmes qui y participe n'aide pas non plus. Apparement, avoir un plus gros salaire en vaut le coup pour vendre son corps.

    8 Juin 2013 | Stephanie

  • Tant qu'il y aura des gars qui aiment des pitounes en spandex, des compagnies mettrons des pitounes en spandex pour vendre leurs événements ou leurs produits à la télé.. Et des gars qui aiment des pitounes en spandex, malheureusement, il y en a plein..

    Même chose pour les prostituées...

    Quand les hommes changeront, le marketing suiva pour le faire plaisir.

    8 Juin 2013 | Catherine

  • Bien dit. En 2013 on vend encore la chair des femmes. Il y en a qui se vendent de leur plein gré? C'est discutable. Ça ne devrait pas empêcher les acheteurs d'avoir profondément honte.

    8 Juin 2013 | Mimi

  • Ben oui...On s'offusque...Voulez-vous ben m'dire c'est quoi la différence entre les pubs de Coors light, les affiches qui annoncent tous les party de Douches et afters du centre-ville et le w-e du GP ?

    Là où y'a de l'homme, y'a de l'hommerie... L'occasion fait le larron. La Petounne de GP y voit une affaire, PARCE QUE y'a de la business à faire !! That's it, that's all.

    8 Juin 2013 | Parci monie

  • C'est le plus vieux métier du monde... mais Lyne de Urbania, elle, connait mieux ?

    8 Juin 2013 | Philippe

  • Non, mais on es-tu assez 'chialeux' nous les québecois!

    Quelle perte de temps cet article.

    7 Juin 2013 | Roger

  • J'aime ma femme depuis 20 ans. J'aime les voitures, je suis même mécaniciens. Les putes, c'est pas pour moi. Je suis un homme ordinaire qui ira voir la course avec ma femme ce dimanche. Est-ce mal selon Urbania?

    7 Juin 2013 | Gilles du 418

  • CHAPEAU à celui ou celle qui a oser ENFIN écrire sur papier ce que tout le monde de sensé et d'intelligent pense tout bas..... il faut le dire car sinon, Montréal deviendra la capitale de la prostitution et des guedailles en mini jupe et en brassière sur la rue ! ( oups c'est déjà fait) non mais, c'est pas croyable, elles sont en manque d'attention les pauvres.... Quant aux quelques hommes en manques qui sont contre cet article , il y a d'autres moyens de baiser que de se payer des filles durant la formule 1, et si vous en êtes incapable bien y'a des cours qui se donne LOUEZ VOUS LE FILM CRUISING BAR !!!!! hihihi

    7 Juin 2013 | Lyne

  • Je suis un peu décourager par certains commentaires qui ont été déposés plus haut, mais je tenais à te dire qu'à mon sens ton article est excellent et il serait grand temps que les gens réalisent ces choses-là. C'est triste qu'il soit si facile de passer à côté.

    7 Juin 2013 | Naomie

  • C'est un beau texte à saveur féministe . C'est bien tout ca , d'un coter je me dis qu'il y a une part de verité et d'un autre je me dis et puis quoi encore ?! Et si toutes ces prostitués etaient grosses et moches .....est-ce que nous en ferions tout un plat ? Chaque fois que je lis un texte féministe j'ai mal au coeur car il généralise un petit ensemble de gens et donne mauvaise image aux ``belles femmes`` et concidère les hommes comme des porcs assoifés de sexe. J`ai plusieurs belles amies qui travail sur saint-laurent pour l'évenement . Elles sont toutes splendides et on des courbes à faire rêver n`importe quel homme et rendre jalouse n`importe quelle femme mais ca ne fait pas d`elles des putes pour autant juste parce qu'elles s'habillent sexy et attirent la clientèle masculine . La F1 c'est fait pour vendre du rêve et stimuler l'économie . Sa cible les gens riches, principalement des hommes entre 30-50 ans qui louent des gros hotels , mangent dans les gros restos et etc . Je ne crois pas qu'ils ont envie de voir des filles simples ou moches . Il veulent se qu'on leur a promis : Des poules de luxe ! Bref si les fémistes sont simplement jalouses . Les femmes qui participent à ce genre d'évenement s'assument entièrement et sont fière de leur corps et de leurs sexualitée .

    7 Juin 2013 | Gabshishameister

  • Calice. Fait que chaque fois que tu vois une fille en mini-jupe tube, tu te dis qu'elle encourage la prostitution? Ou bien c'est juste au grand prix? Me semble plutôt que ton article est en ligne directe avec le reflexe que tu dénonces et qui nous fait enseigner aux filles à ne pas se faire violer plutôt qu'au hommes à ne pas violer. Particulièrement quand tu fais reposer sur les épaules des filles en jupe tube le poids d'un acte "lourd de conséquences". T'es vraiment sérieuse avec ça? Je suis completement avec toi pour dénoncé la culture retardée de la F1 (et de la mode, et de pas mal toute en fait), mais même là, insister sur la responsabilité du contexte participe à la déresponsabilisation du principal fucktard de l'équation : l'ostie de retardé de client.

    7 Juin 2013 | Robin

  • Le plus étrange, c'est que je suis allée voir Rapides et Dangereux 6, il y a maintenant des filles dans les équipes de bons et de mauvais, elles conduisent autant que les gars, font vraiment partie de l'équipe, les hommes se considèrent comme des pères ou des oncles, aucune scène de cul, et il ne reste qu'une seule scène de course d'autos où il y a des autos - comme un relent des autres Rapides et Dangereux - mais la course, c'est entre une fille et un gars...! Les gens de la F1 devraient peut-être suivre leur exemple (même s'il y a encore place à améliorant, le héros survivant à un énorme accident mais pas l'une des filles de l'équipe...)

    7 Juin 2013 | Bebop

  • Hier une discussion entre moi et mon coloc sur les jeunes femmes des centres jeunesse qui fugue sous pression de leur proxénète:

    Coloc: Si au moins les filles touchaient tout l'argent qu'elles font au lieu de le remettre à leur «pimp»

    Moi: On s'en coliss de l'argent... elle sont mineures, bâtard!

    7 Juin 2013 | Louis

  • Et que dire de la vision des promoteurs de cet événement! Hier, en entrevue à Radio-Canada, un de ceux-ci disait, en parlant des femmes à moitié habillées, que c'était normal. "Elles se mettent en valeur, comme la rue et les voiture."

    7 Juin 2013 | Natacha

  • Moi aussi je suis contre présenter la femme comme un objet et tout à fait d'accord que c'est de ça qu'il s'agit lorsque l'on montre des pitounes peu habillées près des voitures de course. Je trouve que cette pratique est honteuse et devrait cesser. J'admets également que l'acceptation sociale de cette pratique est très grave et en ce sens, le silence de la majorité de nos élus face à cette représentation de la femme est éloquent.

    Par contre, j'ai quand même un peu de difficulté avec l'argument selon lequel montrer des pitounes au Grand Prix allumerait les hommes qui iraient ensuite se satisfaire en plus grand nombre sur des prostituées parce que l'on vient de les allumer.

    Je trouve le lien de causalité un peu douteux, et se rapproche de l'argument auquel je suis allergique du « habille-toi pas en mini-jupe fille, parce que ça allume les hommes et qu'ils ne pourront se contrôler en te voyant et ils te violeront comme des chiens».

    Les clients de prostituées sont des gens qui voient déjà la femme d'une certaine manière peu flatteuse et je ne pense pas qu'ils aient besoin de jolies demoiselles qui pavanent près des voitures pour savoir de quelle manière ils pourraient satisfaire leurs bas instincts. Si voir des femmes habillées sexy suffit à pousser les hommes - des animaux incapables de se contrôler?!? - à être les clients de prostituées, c'est vachement désolant. Étant moi-même un homme, je peux vous assurer que je n'irai pas voir de prostituée aujourd'hui même si je vois une jolie fille à côté d'une voiture.

    7 Juin 2013 | David Mérette

  • Et l'endoctrinement est tellement profond que des femmes vont également de plein gré se prostituer. On s'entend que la fille qui se fait refaire les seins en silicone et s'assure d'être invitée au bon party pour mettre la main sur le bon propriétaire de Ferrari est une prostituée volontaire. Sexe et pétro-dollars quel doux mélange.

    7 Juin 2013 | toto

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