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Les politiciens ne tiennent pas toujours leurs promesses, ce qui n’est pas une si mauvaise chose, au fond.
Ce qui frappe dans l’actualité des derniers jours est de découvrir que l’électeur moyen, qu’il soit Français ou Québécois, se butte contre le dur mur de la réalité : les politiciens ne tiennent pas toujours leurs promesses. Au lieu d’abolir la taxe santé comme on l’avait promis, il peut en effet arriver qu’on révise sa décision au lendemain de l’élection. Et dans un pays comme la France, il se peut qu’on ne puisse pas abolir le chômage en claquant des doigts comme on l’avait promis. Loin de moi l’idée de juger la naïveté de l’électeur moyen et d’attiser encore plus son cynisme à l’égard des politiciens, mais je trouve que ne pas tenir ses promesses, c’est relativement sain.
Les promesses sont au politicien ce que le mensonge est à l’homme normal : elles lui permettent d’être adéquat. Quiconque s’est déjà adonné à la pratique de l’honnêteté radicale sait qu’il vaut parfois mieux dire que son pire défaut est «d’être perfectionniste» en entrevue d’embauche, et éviter de révéler à quiconque que ses pantalons cargo ne sont pas ce qu’il y a de plus flatteur pour sa silhouette. Nous rendant adéquats dans toutes les situations, le mensonge est une sorte le ciment social indispensable.
Ainsi font aussi les promesses électorales. Sans elles, pas de programme, pas d’élu. Imaginez un politicien déclarer quelque chose du genre : «Je ne vous promets rien, mais je vais essayer très fort de vous offrir la gratuité scolaire». Ça serait honnête, mais cons comme nous sommes, jamais nous n’élirions tel branleux. On préfère des politiciens qui semblent assez sûrs de leur affaire pour parler «d’engagement», comme s’ils nous faisaient leur grande demande en mariage alors qu’ils n’ont aucune idée de ce que l’avenir (ou les coffres laissés par le gouvernement précédent) leur réserve.
Dans la joute électorale telle que nous la connaissons, les promesses sont donc inévitables, mais nous devrions les prendre pour ce qu’elles sont vraiment : une idée plus ou moins vague du positionnement d’une formation politique. Ses couleurs. Ses priorités. Mais s’il fallait que les politiciens les respectent toutes, ils seraient inévitablement accusés de tyrans. Regardez Luc Ferrandez: il affirme avoir tenu 70% de ses promesses en quatre ans, pas étonnant qu’on le traite de dictateur.
L’une des principales raisons à ça est que les promesses électorales sont acceptées comme telles, sans qu’elles soient confrontées aux contraintes de la réalité. Voulez-vous plus de soins de santé? Plus de garderies? Plus de redevances minières? Oui, diront bien sûr les électeurs. Est-ce que cela doit coûter plus cher en impôts? Ah ben non. C’est comme acheter une voiture. On veut le climatiseur, les fonctions intelligentes et les bancs en cuir, mais quand le concessionnaire nous dit que notre bazou coûtera le double, on réalise qu’on n’a pas les moyens. Métaphore douteuse à part, pas un résident du Plateau ne vous dira qu’il est contre le fait de faire plus de place aux vélos dans son arrondissement, mais si cela se fait aux dépens de la suprématie de la voiture, ayoye.
Ne pas tenir ses promesses électorales a quelque chose de profondément démocratique. L’an passé, au plus fort du printemps étudiant, on revendiquait que la démocratie ne se joue pas uniquement tous les quatre ans, mais à tous les jours, dans les demandes de tous les citoyens, et pas seulement de ceux qui ont voté du bon bord.
Bien sûr, on prendra le soin de dire aux enfants que mentir, c’est vilain, de la même façon qu’on ne voudra pas trahir les promesses qu’on leur fait avant qu’ils aient atteint l’âge de raison. Mais en tant qu’adultes, on ne devrait pas se surprendre ou s’offusquer que les gens mentent et trahissent leurs promesses. La vie n’est pas une éternelle chanson de Patrick Bruel.
Parfois, les promesses sont orchestrées par un savant calcul électoraliste, et désorchestrées par le calcul inverse. Mais souvent, c’est après de longues consultations avec les experts du milieu, avec les principaux intéressés, avec des gens qui savent mieux que Nicolas Marceau ou Martine Ouellet ce qu’il va vraiment arriver si on double les redevances minières comme on l’avait promis avant de faire ses recherches. Au fond, ne pas tenir ses promesses, c’est réviser ses positions en regard des informations dont on dispose, et il y a peut-être quelque chose de très humble, finalement, à se rétracter de la sorte, même si ça déçoit ceux qui vous ont élu spécifiquement parce que vous leur aviez finalement promis la lune.