Il y a cinq ans, à l’été 2008, je décidais de me lancer en politique active. J’ai sans doute vieilli de dix ans depuis, mais ça aura valu le coup.
Je nourrissais deux espoirs quand j’ai fait le saut comme candidat: contribuer à faire avancer la souveraineté en tout premier lieu et tenter, dans la mesure du possible, de changer l’image généralement reçue du politicien calculateur et électoro-professionnel.
Je ne suis sans doute pas la meilleure personne pour juger objectivement du résultat, mais je suis plutôt fier du terrain parcouru. Je sais qu’il y a des gens qui ne m’endurent pas et ils en ont le droit. Ils se ressaisiront bien un jour. Mais plus sérieusement, je ne peux que souhaiter que ce ne soit pas à cause d’un manque de convictions ou de clarté de ma part. Les idées peuvent déplaire. Il est normal en démocratie qu’on en aime certaines et qu’on veuille en combattre d’autres, mais le fait d’être resté toujours en droite ligne avec ce qui m’avait amené à m’engager au départ a quelque chose de très satisfaisant.
L’un des points tournants de mes cinq années fut mon retrait, en 2011, du caucus du parti avec lequel je m’étais présenté en 2008. Je ne m’y reconnaissais plus. J’y voyais trop de volonté de jouer à armes égales avec le parti qu’on voulait remplacer au gouvernement en utilisant trop souvent les mêmes tactiques caricaturales et partisanes. Je n’attaque pas ici mes anciens collègues sur le plan individuel, mais plutôt une institution qui a ses propres réflexes et qui finit par transformer beaucoup de bonne foi originelle en cirque parlementaire manichéen.
Fus-je un transfuge? Non. J’en ai parlé en masse à l’époque. Un transfuge pour moi est une personne qui quitte son parti pour un autre parti qu’il a combattu durant la campagne électorale. Il se joint donc à ce que les gens de sa circonscription ont collectivement décidé de ne pas appuyer lors de ladite campagne. Plus grave encore, il se joint potentiellement à une formation qui dit le contraire de ce qu’il aura soutenu en période électorale pour être élu. Mais quitter par principes pour siéger comme indépendant, puis créer ensuite une nouvelle formation de toutes pièces avec d’autres citoyens aussi motivés que soi, comme l’ont fait René Lévesque ou Lucien Bouchard, ne fait pas d’un député un transfuge. Si certains persistent à le croire, j’imagine alors que l’évolution est une transfuge pour eux puisqu’elle impose qu’on crée périodiquement de nouveaux partis et que d’autres disparaissent.
Ce départ d’un parti établi depuis plusieurs décennies a donc mené à la mise sur pied du plus jeune des cinq partis nationaux actuellement présents sur la scène québécoise. Ici, je dirai très objectivement et sans l’ombre d’un doute que l’avènement d’Option nationale, qu’on en soit sympathisant ou pas, a constitué un apport sain à la politique québécoise en ce qu’il a intéressé pour la première fois, ou réintéressé, des milliers de jeunes Québécois à la res publica. Quelle que soit la suite des choses, on peut dire mission accomplie sur ce plan. Les gens politisés un jour le restent bien souvent toute leur vie.