Quo vadis, souveraineté?

Quo vadis, souveraineté?
9 Avr 2013

Par Jean-Martin Aussant  |  Publié dans : blogue

Il faut garder une certaine perspective quand on analyse l’état du mouvement. Se baser sur un sondage serait comme se contenter d’une photo pour faire un repêchage au hockey. Avertissement: billet politique.

Si l’on se fie à la majorité des commentaires entendus, la cause souverainiste serait vraiment mal en point. Pourtant, la question nationale ne disparaitra pas de sitôt, de par la nature même de notre différence en Amérique. Mais elle devra bien, un jour ou l’autre, être définitivement réglée soit par l’accession du Québec à sa pleine souveraineté ou par une slow assimilation of our culture with that of the anglophone majority on the continent. Je préfère la première option. Et à terme, je considère la deuxième inévitable en l’absence de la première. C’est mathématique.
 
Mais le mouvement va-t-il si mal? Pantoute.
 
La « méchante » multiplication des partis et des mouvements
 
J’ai déjà écrit là-dessus à deux reprises dans ce blogue. Sur le strict plan des partis politiques, il y a une indéniable division du vote souverainiste (et fédéraliste, en passant) causée par le détestable système électoral dans lequel les partis d’alternance nous maintiennent. Un jour, l’évolution démocratique suivra son cours et une composante de proportionnalité sera ajoutée dans l’allocation des sièges à l’Assemblée nationale. D’ici là, il faut que les partis se parlent ou qu’ils souffrent de la division du vote. À eux de voir. La vraie solution, c’est un nouveau mode de scrutin, sinon il faudra que les partis recommencent cette difficile tentative de se parler chaque fois que le spectre des élections apparaitra. À suivre.
 
Quant aux mouvements citoyens, ils sont fort désirables dans la mesure où la démocratie appartient à la population et non aux partis. Mais il n’en demeure pas moins qu’en bout de piste, ce sont les partis qui mettent des « faces » sur des poteaux et qui, une fois élus, veilleront sur la législation et la gestion de la chose publique.
 
Chose certaine, un parti qui dit être en faveur de l’union des forces, mais seulement si c’est en son sein, n’a pas compris grand-chose à la dynamique politique actuelle au Québec. Hors de l’Église point de salut, disaient-ils. Avec le résultat que les églises sont quand même vides.
 
En passant, on me demande souvent pourquoi je parle du PQ dans mes entrevues. Eh bien voici: parce qu’on me questionne plus souvent sur le PQ qu’autre chose. Mon implication politique n’est pas basée sur la critique d’un parti, elle est basée sur l’avancement d’une cause. Forcément, si un autre parti dit soutenir la même cause, il devient inévitable que des comparaisons soient faites. Et j’y réponds. Je n’ai jamais eu la cassette comme réflexe et ça n’arrivera pas (pour les plus jeunes qui me lisent, une cassette était comme un genre de playlist de MP3 mais qui se déroulait sur des dizaines de mètres. Un étrange concept).
 
Les sondages
 
On nous martèle que le taux d’appui à la souveraineté s’éloigne du 50% de 1995 et qu’il descend même régulièrement en-deçà des 40%. Y’a rien là. Avant le référendum de 1995 presque gagné (ou volé selon plusieurs), le taux d’appui à la souveraineté était plus bas qu’il ne l’est actuellement. Comment serait-ce possible d’arriver à dépasser le 49,4% du OUI de 1995 dans l’état actuel des choses? Le leadership, la clarté du message, la préparation, la volonté, bref, tout ce qui semble manquer en ce moment. Jacques Parizeau a été élu en parlant de la certitude qu’il se passerait quelque chose. C’est possible d’être élu en parlant de souveraineté, même aujourd’hui. M. Parizeau l’a fait, je le rappelle, avec des taux d’appuis à la souveraineté plus bas qu’en ce moment.
 
Sans parler du fait que les questions d’un sondage peuvent tellement être libellées de façon à influencer le résultat. Bref, les vrais leaders ne décident pas en se fiant à des sondages. Ils veulent convaincre leurs concitoyens que, dans l’absolu, leur idée est bonne pour la suite des choses. S’ils y parviennent, ils changent les sondages au lieu de les subir bêtement. Je vote pour ça moi.
 
Les générations
 
Cette rengaine que la souveraineté est une affaire de génération n’est pas nouvelle. Pourtant, mes observations sont à l’effet que chaque génération pourrait très bien soutenir le projet souverainiste. Sur les campus universitaires et collégiaux, il n’est pas rare que plusieurs centaines de jeunes soient présents aux conférences que je donne sur la souveraineté. Les jeunes qui n’ont pas connu 1980 ou 1995 doivent en entendre parler autrement que lors d’une campagne électorale au cours de laquelle on accuse les souverainistes de l’être (alors que ces derniers tentent de rassurer l’électeur qu’ils vont bien gérer la province). Quand on leur en parle clairement, les jeunes voient assez rapidement les avantages d’un Québec souverain. Et ils ne souffrent d’aucun complexe face au reste de la planète. J’aime.
 
Quant aux générations plus âgées, qu’on dit parfois plus frileuses ou fatiguées, n’oublions pas que ces gens ont eu le courage historique d’élire le premier gouvernement souverainiste de René Lévesque. C’était, à proprement parler, une véritable révolution pour l’époque. Je suis confiant que nous pourrons compter sur tout ce monde lorsqu’il le faudra.
 
La sémantique
 
Souveraineté ou indépendance? À mon sens, quel débat inutile. Dans le dictionnaire, souveraineté ramène à indépendance et vice versa. Avez-vous déjà vu des fédéralistes se déchirer à savoir s’ils devaient se qualifier de fédéralistes, de confédéralistes, de provincialistes ou de statuquoïstes?
 
Souverainistes, indépendantistes, séparatistes, sécessionnistes, tous veulent que le Québec devienne un pays. On passe au travail terrain maintenant?
 
La perspective historique
 
Que des géants politiques de la stature de René Lévesque ou Jacques Parizeau ne courent pas les rues, nous en conviendrons tous. Mais d’entendre si souvent dire qu’il n’y a plus de leaders de nos jours est complètement erroné. Le Québec déborde de leaders, chacun dans leurs domaines, qui s’intéresseront potentiellement un jour à la chose politique. Rappelons que René Lévesque a été élu pour la première fois à 38 ans et qu’il est devenu premier ministre à 54 ans. Jacques Parizeau est devenu député à 46 ans et premier ministre à 64 ans. Avant d’être aussi illustres en politique, ils ne l’étaient pas (La Palice, sort de ce corps). Le temps s’occupera bien de former d’autres géants politiques. Et ces géants s’occuperont bien de faire du Québec ce qu’il doit devenir.
 
PS: Je me suis toujours demandé. Quand le Québec sera souverain depuis plusieurs années et que le mouvement souverainiste fera partie des mouvements historiques étudiés, comment seront perçus ceux qui auront férocement lutté pour que le Québec conserve son statut de province subordonnée aux politiques d’une autre nation?
Derniers commentairesRSS
  • Je crois que la conjoncture de 1995 avait un petit quelque chose de spécial, un alignement de planètes particulier.

    D'abord, le conflit récent avec le ROC en ce qui a trait au statut revendiqué par le Québec. Un vecteur qui manque actuellement au Parti Québécois qu'on accuse de vouloir provoquer la chicane avec Ottawa.

    Le monopole péquiste de la souveraineté.

    1 défaite de moins sur la conscience des troupes indépendantistes. Qui fut faut-il le rappeler, très crève-coeur.

    À l'élection de septembre 94, Jacques Parizeau et le PQ forment un gouvernement majoritaire avec 44,75% des voix et 77 sièges...Contre 44,4% et 47 sièges pour Johnson et les Libéraux. M. Parizeau a donc pu déclencher un référendum grâce aux distortions du système électoral que vous pourfendez. Le tout, après 9 ans de gouvernement Libéral (tiens donc!). J'ai d'ailleurs bien aimé ce débat entre vous et M. Bock-Côté sur le système électoral : http://www.youtube.com/watch?v=R2Pv_emYhwg

    L'absence de loi encadrant la tenue d'un référendum.

    Fort appui de l'Élysée (Chirac).

    Un nouveau parti souverainiste jeune et fringuant à Ottawa. Qui après 20 ans a grandement souffert de l'usure médiatique et d'un manque de renouveau.

    De plus, il faut dire que le spectre politique québécois était très centré autour de l'axe souverainiste-fédéraliste et que les principaux partis campaient beaucoup au centre, tendance qui s'est effrité aujourd'hui. Pour plusieurs personnes de nos jours, la droite se doit d'être fédéraliste et la gauche, souverainiste (la CAQ de Legault et QS en sont de bons exemples). En ce sens, les plus conservateurs se sentent exclus du projet.

    Sans compter que le poids démographique des francophones est en baisse même au Québec. C'est pas énorme, mais quand même...

    Autre aspect que je voulais souligner, vous parlez du référendum de 95 sans même jamais prononcer le nom de Lucien Bouchard. Ce constat est un peu navrant et démontre bien le grand malaise qui subsiste à son égard dans la grande famille souverainiste. C'est son arrivée dans la campagne qui a renversé la vapeur et faisant augmenter l'appui au Oui qui stagnait à 40% sous M. Parizeau.

    Bien sûr, la démarche indépendantiste s'appuie sur des faits historiques, la protection de la langue, de la culture, mais aussi sur des critères économiques (ce que vous vous évertuez à nous démontrer). Toutefois, il manque ce grand leader charismatique (Lulu en 95) en qui les gens peuvent avoir une grande confiance (on parle de créer un pays, quand même!).

    Très bon documentaire sur le référendum de 1995 en 2 parties :

    http://www.youtube.com/watch?v=iL-SFCP1nWU

    Quand vous dites que la cause demeurera toujours, ça va de soi. Mais lorsque vous dites que le mouvement ne va pas mal, je n'ai qu'une seule chose à vous dire : Enlevez vos lunettes roses!

    11 Avr 2013 | François

  • Bonjour,

    Je ne suis pas d'accord avec vous M. Aussant au sujet du "débat inutile" au sujet des mots indépendance et souveraineté. Ce dernier terme qui est plus juridique d'après ce que j'en ai compris d'un exposé donné par M. Marc Chevrier en novembre dernier au Théâtre Plaza. Cet exposé était livré dans le cadre d'une journée organisée par le Nouveau Mouvement pour le Québec. M. Chevrier est d'ailleurs l'auteur du livre La République québécoise - Hommages à une idée suspecte.

    Je conseille la lecture de l'opinion de M. Jocelyn Coulon publiée dans le journal Le Devoir de ce jour dont je cite le premier paragraphe :

    Libre opinion - Indépendance: le sens et la vérité d’un mot

    10 avril 2013 | Jocelyn Coulon - Directeur exécutif de L’Idée fédérale | Québec

    Les mots ont un sens et une vérité. Comme le dit le poète et écrivain français Nicolas Boileau, « ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». Au Parti québécois, les mots ne veulent plus rien dire. Et particulièrement le mot censé désigner l’objectif ultime de cette formation politique pour l’avenir du Québec : l’indépendance. Bernard Landry vient de rétablir les choses.

    CSmith

    10 Avr 2013 | carole smith

  • Je souhaite le meilleur pour mon peuple, mon identité...Les Quebecois sonts super biens mais ne veulent etres et devenir comme les Canado-Anglais...Les Canado Anglais sonts super biens mais veulent que les Quebecois deviennent comme eux et plies sur leurs differences ...Pas plus compliquer que ca !!!!! Donnons - nous la chance de nous aimer et de nous respecter...differemment !!!!

    9 Avr 2013 | ronald lacroix

  • Il ne faut pas en vouloir à Laniella, elle a peur. Moi aussi j'aurais peur de JMA si j'étais fédéraliste.

    Et la peur, ça donne des réponses lâche et sans valeur, ni contre-arguments. Ça fait pitié.

    9 Avr 2013 | Gnosis

  • Cher M. Aussant,

    D'abord vous dire que j'ai l'honneur d'être officiellement membre de ON, ce qui me fais tout drôle parce que je travaillais dans le pole comme on disait à l'époque à la première élection de René Lévesque. Imaginez comment ma fidélité est mise à rude épreuve.

    Ceci étant dit, l'essayiste historien Frédéric Bastien nous fait la preuve la plus éclatante que depuis 1763 les canadiens se font rouler dans la farine, présentent l'autre joue et là cela commence a chauffer pas mal. Pour les indépendantistes, les plus vieux, ils doivent être les gens les plus respectés du Québec. Que de luttes et de larmes.

    Les plus jeunes qui pensent que leur génération fera différemment j'en suis mais avec les acquis des plus vieux, ne jamais oublier que le Québec avance petit pas par petit pas, plusieurs marchent depuis un bon bout de temps.

    Beaucoup d'éducation à faire mais surtout beaucoup d'estime de nous même à retrouver. Pour le reste nous le possédons, la preuve c'est que malgré l'agression constante par le ROC nous sommes encore à nous battre. Depuis 1960 que nous travaillons fort et encore mieux, de là les révélations de M. Bastien.

    La peur divise de moins en moins les québécois même si plusieurs essaient encore de jouer cette carte.

    Nous découvrons de plus en plus quels ont été les moyens pour asservir le peuple du Québec, c'est exactement ce que les Québécois doivent savoir, comment on a tout fait pour éliminer cette épine au talon canadien.

    M. Aussant votre talent est indéniable, d'ailleurs mon idole M. Parizeau vous le prouve bien, vous posez le problème de la division du vote indépendantiste, le hic et vous le savez il est urgent de trouver une solution. Présentement les scandales fédéralistes sont au max. Plus que cela c'est la guerre avec des vraies armes, tout nous est tomber sur la tête.

    En passant vous cacher bien votre fragilité qui doit forcément s'exprimer dans la musique. Le Québec n'est pas qu'économique, il est d'abord et avant tout un peuple avec une langue, un territoire et une identité bien à nous, les Québécois sont différents de tous les autres peuples. Un porte parole qui n' intègre pas cette dimension à ses discours perd du pouvoir.

    9 Avr 2013 | Mireille Deschênes

  • @Zach Belisle: Tu n'aimerais pas bâtir un pays? Projet ambitieux, oui. Mais ô combien valorisant. Le Québec a tous les outils qu'il faut pour être indépendant.

    9 Avr 2013 | Pascal Ouellet

  • @Laniella

    Je vois plus le billet de JMA comme un texte qui se veut expressif plus que journalistique. Le ton est simple et populaire, j'en conviens, mais on est toujours pas dans le Devoir ? ;-)

    Je vous accorde quand même un point, JMA devrait d'avantage se concentrer sur l'ensemble des québécois lorsqu'il parle de souveraineté avec des exemples concrets plutôt que de convaincre des convaincus membres d'ON.

    En terminant, inquiétez-vous pas, la souveraineté va être représentative des québécois tant qu'on s'intéresse et s'implique un peu à l'appareil politique (Ne serait-ce qu'en allant voter)

    9 Avr 2013 | Magalie

  • @Laniella: quand même drôle de critiquer un texte quand vous avouez vous-même ne pas l'avoir lu au complet.

    J'ajouterais qu'il ne s'agit pas ici d'une analyse approfondie, mais d'un billet de blogue, rédigé d'un tout vulgarisateur et humoristique... il faut en tenir compte.

    Cela dit, vous accusez JMA de sophisme, de contradiction, mais nulle part dans votre réponse je ne lis d'arguments convaincants.

    Et le comble c'est de râler parce que le texte sera populaire auprès des partisans d'ON. Elle est bien bonne... pourquoi pensez-vous que ces gens sont devenus partisans de ce parti et de son chef? Parce qu'ils aiment ce qu'ils entendent sortir de la bouche d'Aussant, voilà pourquoi. "Article écrit pour les admirateurs de JMA"... pas fort comme argument.

    9 Avr 2013 | Crahenlas

  • moi je veux me séparer :)

    9 Avr 2013 | Joelle

  • @ Laniella

    Et quelle est votre vision pour le Québec? Un gros nouveau-brunswick avec quelques vieux qui parlent encore français pour les touristes? Un territoire ayant remplacé ses figures historiques telles que Montcalm, De Lorimier ou Lévesque par Laura Secord ou Tim Hortons? Une région qui se fait imposer des décisions par les 78% de députés non-québécois à ottawa sans avoir de mot à dire?

    9 Avr 2013 | seb

  • Pas grave Laniella, on t'accepte comme que tu es! :)

    9 Avr 2013 | JP Vinet

  • Wow, ça commence par un sophisme, premier paragraphe, un ou l'autre, c'est mathématique, heee non! Ce genre de relation n'est pas booléenne, c'est un sophisme que de faire une telle réduction. Je peux bien lire le reste du texte, mais j'imagine que c'est encore plein d'erreurs de réflexion comme toujours, simplement pour placer vos points.

    J'en suis à « face sur les poteaux » et encore, la même réduction, enlever la main mise sur quelque chose, en frappant sur le système de vote, mais protéger la main mise sur autre chose, la notion de parti politique (c'est purement arbitraire, un est tout mal, l'autre est tout bon...) comme si vous alliez régler l’arnaque de parti et de courtisanerie avec un meilleur système de vote... bref, je ne commenterai pas tout le texte, je n'en finirais jamais, c'est votre opinion, très restreinte en effet. Vous avez déjà votre vision de ce que doit être le Québec et c'est d'abord pour cela que la chose ne fonctionnera pas, vous vous contredisez dans chaque article. La souveraineté au peuple, mais pas vraiment, le Québec aux Québeçois, mais pas d'après la vision de certains Québécois.

    Je vais finir ce texte, mais ouf, encore un article écrit pour les admirateurs de JMA et non pour le peuple Québéçois... y'en a marre à la fin! Je prédis environ 1500 likes dont environs 999 venant de membres d'ON et 499 venant de supporters d'ON, calculez la différence. "ON" parle entre nous!

    9 Avr 2013 | Laniella Arriebetti

  • Moi oui ;)

    9 Avr 2013 | MMD

  • Zack Belisle

    Hey! Je veux pas me séparer moi.

    9 Avr 2013 | Zack Belisle | St-Sauveur

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