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Aime-toi, crie-le fort, tais-toi – Se consoler à défaut de combattre
5 avril 2013
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Hier, pour la deuxième fois cette année, j’ai acheté le Clin d’œil. C’est qu’on y trouve ce mois-ci un dossier spécial « Aimer son corps ». Vous savez, ces espèces de cliniques bien-être, conçues pour faire l’apologie du corps et promouvoir l’acceptation du muffin top?
C’était intéressant. Un bon dossier, avec l’intervention de diverses personnalités, appelées à échanger sur leur rapport au corps et à l’image de la femme en société.
Évidemment, s’en dégage l’habituelle rasade de bons sentiments qui vient de pair avec ce genre d’initiative. Bien.
Mais je dois avouer qu’à travers ce genre de « girl talks » voulus réconfortants, je vois somme toute assez peu d’espoir que les choses s’améliorent, pour les femmes et leur rapport au corps trop souvent trouble.
Bien sûr qu’elle est mignonne, cette mode « d’acceptation exacerbée ». Bien sûr qu’elle est un brin apaisante. Authentique, souvent, même.
Mais elle insuffit à assainir réellement le rapport que les femmes entretiennent avec leur image corporelle. Elle consiste essentiellement à commander un processus de « déprogrammation » acharné, visant à ignorer au possible les standards malsains dont on nous bombarde… Mais sans pour autant chercher à les combattre en amont.
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On ne questionne pas l’ordre établi, on ne bouleverse pas les mécanismes de marchandisation du corps féminin : on les gobe sans broncher, pour ensuite apprendre à en faire fi, autant que possible.
J’ai la nette impression que ce « tout-à-l’acceptation » se borne à gérer la manière dont les femmes reçoivent et assimilent les standards féminins en vogue sur le marché, mais en les acceptant malgré tout sans trop rechigner.
Plutôt que de chercher à dépasser et abattre ce qui nous blesse, dans notre estime de femme, on nous apprend à se consoler du mieux qu’on peut, et à se répéter « t’es bonne, t’es belle, t’es capable » – moyennant qu’on ferme bien les yeux lorsqu’on croise un panneau-réclame…
Il y a quelque chose qui grince de manière évidente.
J’en ai marre qu’on nous laisse seules face à la responsabilité de conjuguer avec les standards physiques barbares et arbitraires dont on nous gave.
J’en ai marre du plat discours de consolation et d’acceptation. Celui qui nous enjoint d’ignorer les impératifs corporels étranges qu’on nous impose, tout en renonçant à les rejeter radicalement, une bonne fois pour toutes.
mainstream
Et bien qu’on la dénonce, il y a dans les faits beaucoup trop d’indulgence vis-à-vis la représentation de la femme, dans l’espace public. En ce sens qu’on ne questionne pas tellement ce qui conditionne l’imagerie corporelle malsaine, mais davantage notre réaction à celle-ci. Alors on jase, on se dit avec une ferme condition qu’il faut s’aimer malgré tout, patati, patata… Puis rien.
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À mon sens, il y a une forme de renoncement jovial et nauséabond, dans le discours « fais fi et aime-toi! »
Et collectivement, nous sanctifions à ce point les lois du marketing que nous acceptons plutôt facilement que la publicité déroge à toutes contraintes idéologiques, sous des prétextes marchando-artistiques un peu débiles.
Conséquemment, on apprend littéralement aux femmes à se constituer une jolie paire d’œillères fleuries, plutôt que de rejeter l’imagerie qui les entoure.
Ça revient à combattre une infection avec un diachylon.
En réalité, ce n’est pas le corps et ses travers, qu’on accepte; mais bien le fait de devoir mener une lutte de chaque instant contre la comparaison malsaine et l’imagerie aliénante, comme si c’était chose normale.
Au sein des sociétés occidentales, où on dit pourtant les femmes pleinement émancipées, cet impératif de lutte, précisément, constitue un puissant instrument de domination. Il serait temps qu’on en prenne acte.
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Par ailleurs, la mise en valeur exagérée du corps « accepté » relève tout autant de l’obsession de l’image corporelle que l’engouement pour la chirurgie plastique, par exemple.
come on
peut
muffler
Pour tout dire, j’espère voir le jour où ce sera la norme de s’en câlisser un petit peu plus.
Ce serait un grand pas vers l’émancipation réelle et parachevée de la gente féminine.
***
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