Nés pour un petit pain

Nés pour un petit pain
25 Fév 2013

Par Étienne Côté-Paluck  |  Publié dans : blogue

Ça fait 50 ans que le débat linguistique fait rage. Malgré les luttes énormes qui ont complètement changé le visage de Montréal, les discours, eux, ne changent pas. Les mêmes rengaines ressortent périodiquement, comme si les victoires du passé n’avaient jamais existé. Se poser en victimes, c’est plus rassurant.

Du côté des Anglos, on ressort l’épouvantail du racisme, passant sous silence du même souffle le racisme centenaire de leurs élites sur les classes ouvrières francophones maintenues volontairement hors des structures économiques de pouvoir. Chez les Francos, on pointe du doigt les méchants Anglophones qui n’osent pas s’assimiler au tout français, même si la grande majorité des enfants anglos de la loi 101 sont maintenant parfaitement bilingues.

À écouter les déclarations des groupes supposément représentatifs des enjeux identitaires québécois de ces deux communautés linguistiques, les termes du débat sont d’une autre époque. Comme si une tranchée séparait encore la Main à Montréal.

La culture francophone majoritaire est maintenant acceptée par la majorité des Anglos, selon le dernier sondage de CBC (pour 81 % d'entre eux, « il est important que les anglophones connaissent la culture québécoise francophone »). Travaillons avec cette majorité pour qu’ils s’intéressent encore plus à nos débats et à notre culture francophone, soyons fiers de ce que nous sommes et partageons-le.

Et soyons fiers aussi de notre culture anglo. De ces Leonard Cohen, Arcade Fire ou, pourquoi pas, William Shatner, auxquels des millions de personnes vouent des cultes à travers le monde.

Dans les grandes métropoles européennes comme Stockholm, Berlin ou Paris, on impose des programmes d’anglais intensif. On tente de se coller davantage à cette langue qui est maintenant la langue des échanges interculturels, qu’on le veuille ou non. Pas besoin de tout ça à Montréal. L’anglais devient une valeur ajoutée inouïe à l’international.

Cette mixité anglais-français est une richesse qu’on se refuse de voir. C’est une porte entre les continents qui pourrait faire de Montréal une plaque tournante dans des dizaines de nouveaux domaines.

McGill est systématiquement classée dans le top 10 des meilleures universités à travers le monde. Peut-être ne faut-il pas la financer plus que les autres universités québécoises pour cette seule raison, mais il faudrait à tout le moins y voir une série d’opportunités.

Par exemple, des milliers d’étudiants parmi les plus brillants de San Francisco ou de Bangkok débarquent habiter à Montréal quelques mois pour cette seule raison. Si t’arrives quelque part, et que les gens sont immédiatement en confrontation, tu ne te sentiras jamais bienvenue. Si les francophones ne sont pas accueillants, ces étudiants vont retourner chez eux déçus et ne s’intéresseront pas à notre langue et notre culture francophone si riche.

Il faut plutôt présenter le français comme quelque chose d’accessible. Offrir plus de cours aux nouveaux arrivants. S'amuser en en faisant des défis pour apprendre quelques mots à la fois.

Qu’on ne se méprenne pas. Je suis toujours aussi dérangé si, dans un commerce, on est incapable de me répondre en français, ou, à tout le moins, de comprendre ma requête. Il faut bien sûr rester vigilant. Le Québec est une nation francophone qui doit appliquer des balises légales fortes pour préserver cette culture unique en Amérique du Nord anglo-saxonne.

Mais après tant d’avancées dans le domaine linguistique depuis les années soixante-dix, nous devons pourtant aussi démontrer notre maturité. Peut-être en assumant plus fortement notre rôle de chef de file dans les communautés francophones des Amériques comme l’Acadie, la Nouvelle-Orléans, Haïti ou la Guyane. Et surtout en cessant ce discours belliqueux envers nos confrères anglophones, tout en ignorant celui, similaire en tous points, qui nous est renvoyé par certains de ceux-ci.

Twitter: @etiennecp

Photo: Arcade Fire live à l'hôtel Oloffson de Port-au-Prince, mars 2011 (crédit: Étienne Côté-Paluck)
Derniers commentairesRSS
  • un anglais qui va habiter 5 mois en allemagne va se forcer à apprendre l'allemand.

    Il va pourtant vivre ici 40 sans parler francais.

    - Histoire vraie

    De plus, un anglais n'est pas un vrai anglais si il parle francais. C'est logique non?

    27 Fév 2013 | S.

  • balanced article. always felt that both sides make valid points in their criticisms, visa vi anglos need to better acculturate and the francos need to be more open. the danger is when either side refuses to see "the plank in their own eye". which is too often for my taste. exhausting and futile debate, sadly not going anywhere - it is part of the dna of our city at this point.

    26 Fév 2013 | mat

  • Pascal Henrard

    Je suis quand même toujours étonné qu'on essaye de me parler en français à Burlington, San Francisco ou Cape May, mais que c'est parfois difficile d'avoir un "merci" dans certains coins de Montréal et que c'est impossible de commander une bière dans la taverne en face du parlement à Ottawa.

    25 Fév 2013 | Pascal Henrard | Montréal/Bruxelles

  • @Titoine: tout ce que tu dis est vrai. Cependant je crois que ça ne contredit pas ce que j'ai écrit, c'est plutôt que ça s'ajoute à l'équation. Je ne veux pas me lancer dans une grande explication socio-politique, mais je crois que la défaite de 1995 a beaucoup à voir avec ce renoncement généralisé à apprécier (et promouvoir) notre culture. On a un peu abandonné la partie et appliqué le précepte "If you can't beat them, join them".

    Je rêve d'un Montréal tel que le décrit l'auteur, une ville dans laquelle la mixité linguistique est vue comme un atout. Malheureusement, tant que nous serons une province et que le français sera la langue de la minorité (au Canada), ce beau rêve ne sera pas viable. L'anglais reprendra la place dominante qu'il a eu pendant plus d'un siècle (1850-1970) et le français redeviendra une langue "provinciale", de seconde zone. A moins de se réveiller collectivement...

    25 Fév 2013 | Crahenlas

  • @Crahenlas: Le français décline certes, mais si j'ai bien compris, c'est dû à une combinaison de facteurs; le taux de natalité bas chez les francophones (et les anglophones), l'augmentation d'allophones qui ne parlent aucune des deux langues officielles à la maison et l'exode massif des francophones vers les banlieues. C'est ça Montréal maintenant, et le vrai "danger" ne vient pas de ce quelques rétrogrades peuvent penser de nous mais notre désintéressement collectif envers notre propre culture et de notre langue, sans parler de la piètre qualité de l'enseignement du français dans nos écoles. Ça serait pas plutôt pour ça qu'on passe aussi rapidement à l'anglais?

    25 Fév 2013 | Titoine

  • D'accord avec l'ensemble du propos, mais je trouve tout de même que tu évacues un peu cavalièrement la question du rapport des anglophones avec le français. Au-delà de l'angélisme et de la pensée positive, il reste que pour beaucoup d'anglophones, Montréal reste une ville canadienne, dans laquelle ils se sentent totalement justifiés d'uniquement parler anglais. De toute façon, les Francos passeront en général à l'anglais dès qu'ils remarqueront qu'ils s'adressent à un Anglo, alors pourquoi l'apprendre?

    L'anglicisation lente mais graduelle de Montréal le prouve, ce n'est pas avec de beaux discours de bonne entente qu'on protégera le français. Et je dirais même que ce n'est pas avec des lois linguistiques non plus. Non, la seule chose qui assurera la survie du français à Montréal, c'est l'indépendance du Québec, point à la ligne. Mark my words.

    25 Fév 2013 | Crahenlas

Commenter



    Le chien Urbania

    Vous devez être membre afin d'utiliser l'outil dock

    Devenir membre