Vade retro, club privé

Vade retro, club privé
4 Déc 2012

Par Jean-Martin Aussant  |  Publié dans : blogue

Tranche de vie : J’ai déjà été, l’instant d’un fugace moment, membre d’un club privé dans un objectif bien précis. Et ce n’était pas pour y rencontrer des mafieux bruns, des contracteurs véreux, des fonctionnaires invertébrés corrompus ou des ingénieurs trop ingénieux.

Avec tout le spectaculaire qu’on lui connaît maintenant, la Commission Charbonneau a varlopé l’image des clubs privés de Montréal. Dans l’esprit de bien des Québécois dorénavant, qui dira club privé dira magouille. Avant d’en être moi-même membre brièvement, j’ai toujours trouvé que ces endroits dégageaient un air un peu snob et prétentieux certes, mais voilà, ils ne sont pas illégaux et pas non plus nécessairement synonymes de mauvaises intentions de la part de ceux qui les fréquentent.
 
Alors pourquoi diantre étais-je donc membre d’un club privé? Je sais, le suspense vous tue.
 
Je travaillais à l’époque dans le monde choyé de la finance. Les gens avec qui je parlais au quotidien étaient à Montréal, mais aussi à Toronto, à New York, à Chicago ou à Londres. Moi qui suis musicien, j’avais eu l’idée de monter un spectacle de bienfaisance avec des talents amateurs qui proviendraient tous du monde de la finance. Je me disais que les collègues desdits artistes amateurs, plutôt aisés de leur condition, paieraient volontiers beaucoup d’argent pour voir leurs compères sévir sur scène en musique, en humour ou même en danse. Et ce fut le cas. Des collègues sont venus d’Europe, des États-Unis, de Toronto et d’ici pour monter sur scène ou pour assister aux spectacles. Nous avions aussi contacté divers artistes peintres qui avaient fourni des toiles pour un encan durant les spectacles. Oui, de belles soirées nous eûmes. Et jusqu’ici, pas de club privé dans l’histoire.
 
Mais pour que l’événement soit une grande réussite, je voulais aussi bénéficier de dons corporatifs de bienfaisance pour augmenter les profits de la soirée au maximum. Think Big, me disais-je. C’est là que l’idée m’était venue de devenir membre d’un club privé pour y rencontrer des chefs de file dans divers domaines afin de leur présenter mon projet de spectacle amateur de bienfaisance. L’intention derrière une adhésion à un club privé peut donc être tout à fait légitime. Le pire dans tout ça, c’est que j’ai payé ce coûteux membership pour rien puisque je n’ai jamais eu besoin d’y organiser la moindre rencontre. Le milieu financier avait adopté mon projet avec tellement d’enthousiasme que j’avais pu tout faire de mon téléphone, sans club privé.
 
Ces spectacles ont duré six ans et ils ont permis de récolter près d’un million de dollars en tout. Une fois soustraits tous les frais annuels inévitables comme les locations de salles, les équipements sonores et vidéo et bien sûr les repas, c’est environ 800 000 dollars nets que nous avons pu verser au Club des petits déjeuners du Québec (complètement un autre genre de club celui-là). Je remercie d’ailleurs à nouveau tous les participants et tous les collègues qui ont généreusement acheté des billets.
 
Autre tranche de vie : Les causes qui viennent en aide aux enfants défavorisés m’ont toujours tenu à cœur. Je me souviens, lors d’une visite d’école membre du Club des petits déjeuners, qu’un enfant avait dit à la responsable ce matin-là qu’il n’avait pas hâte à l’été parce qu’il aimait beaucoup pouvoir manger le matin. Nous avions aussi pu voir le contenu d’une boite à lunch d’un enfant qui semblait relativement « choyé ». Elle contenait un Joe Louis et une canette de Pepsi. À ce compte, c’eût été plus nutritif pour lui de manger la boite à lunch elle-même plutôt que son contenu.
 
Bref, quand j’étais membre d’un club privé, je motivais la chose en me disant que c’était pour une bonne cause, sinon j’avoue que je me serais senti un peu coupable quelque part, même si rien dans ce geste n’est à proprement dire répréhensible. Je me dis cependant que tous les membres de ces clubs, au plus profond de leur conscience, doivent se dire qu’il y a un brin d’élitisme à faire partie de clubs privés qui sont hors d’atteinte pour la grande majorité de la population. Idée cadeau pour Noël : Si chacun de ces membres privés donnait l’équivalent de son adhésion annuelle en don au Club des petits déjeuners, il y aurait beaucoup moins d’écoles sur la liste d’attente l’an prochain. La quasi-totalité de ces personnes peut sans doute se permettre un petit débours additionnel, déductible d’impôt par-dessus le marché. Façon simple de joindre l’élite au charitable.
 
Quant aux vrais bandits, membres ou pas de ces clubs, qu’on les attrape et qu’on les joigne à un autre club restreint. Tellement restreint qu’on ne peut pas en sortir avant d’avoir purgé sa peine.
 
PS: Ah oui j’oubliais, le club privé en question s’appelait le 357c.
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  • J'ai pas de problème avec les clubs privés quand c'est pour des rencontres d'affaires, de discussions politiques, de développement, etc. Par contre, j'ai de la difficulté avec le discours qui émane de cette élite qui adhère à la fameuse reproche de Jean Charest fait à l'égard de Pauline Marois de vouloir « céder à la rue ». J'aimerais que ces gens-là, de clubs privés, comprennent que quand on veut se faire entendre, qu'on n'a pas l'opportunité de le faire autour d'un verre de Châteauneuf-du-Pape.

    4 Déc 2012 | Vincent Laniel

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