La vie des gens riches

La vie des gens riches
3 Déc 2012

Par Étienne Côté-Paluck  |  Publié dans : blogue

Contrairement à certains pays d’Afrique, Haïti est très près de la culture de l’abondance nord-américaine. Les jeunes des ghettos veulent être 50 Cent. Et la classe bourgeoise rêve d’être à Miami.

Je suis allé au Salon du Cadeau samedi à Juvénat, à l’entrée de Pétion-Ville. Un concept de Noël déjà bien éprouvé à Montréal.

Le centre de congrès de l’hôtel Karibe - là où Bill Clinton fait ses conférences - a été réquisitionné pendant trois jours pour y présenter des dizaines de kiosques de bijoux, de jeux ou encore de colliers en or pour madame. Le tout dans un décor de Noël (presque) digne du Fairview Pointe-Claire.


Le choc sociologique doit être grand pour les travailleurs humanitaires si nombreux dans ce pays. Pas très loin des camps de déplacés, on célèbre Noël en grande, à la manière nord-américaine. Le kiosque d’un designer à la mode est à côté d’un divan et fauteuils d’un marchand de meubles stylés. Et en moyenne, les gens ont la peau plus pâle que dans le bas de la ville, la haute haïtienne étant en majeure partie constituée de mulâtres, dit « grimèl » et « grimo ». Ils ne sont pas nécessairement des bourgeois ultra riches. En majorité, ce sont des gens qui ont un train de vie plus près de celui de la banlieue montréalaise que de Westmount.

Un cas plus extrême: une fête sur un gros yacht avait été organisé pas trop loin de Port-au-Prince il y a quelques mois. Les stilettos y côtoyaient les verres de mousseux alors qu’un célèbre DJ des États-Unis a bombardé ses rythmes techno toute la nuit.

Si le Salon du Cadeau était au profit d’une bonne cause (l’éducation), c’est aussi l’occasion pour certains Haïtiens plus fortunés que la moyenne de créer un environnement qui leur plait, et peut-être une autre raison d’arrêter d’aller à Miami aussi souvent (à 1h30 de vol) dans un pays meurtri par la fuite de ses cerveaux et de leur contribution à l’économie locale.

Elle a mis les tresses
À l’inverse, certains étrangers en Haïti tentent de se connecter complètement avec les couches les plus pauvres de la société. Quatre citoyens des États-Unis sont ainsi venus habiter dans un camp de déplacés pendant un mois avec un dollar par jour pour « comprendre la pauvreté ». L’expérience, insultante selon une journaliste, n’est d’intérêt que pour ces protagonistes à la recherche de « nouvelles expériences ».

Toujours dans un désir d’être plus connectés avec les « vrais » Haïtiens, certains étrangers vont même jusqu’à éviter leurs compatriotes.

Ils débarquent en Haïti avec le désir de s’intégrer le plus possible, montrer qu’ils se fondent dans la masse, et ainsi se distinguer du « Blanc en veston-cravate qui débarque dans un esprit impérialiste ». À un tel point, que parfois ils semblent presque renier leur propre passé qu’ils retrouveront plus tard de toutes façons. Et ils mettent les tresses.

Les tresses « ti-kouri » parcourent le crâne, comme Sean Paul. Une coiffure généralement populaire (et très belle) dans les cultures afro-américaines. Un « Blanc » peut parfois s’y laisser prendre avec style. Mais c’est rare. Généralement, ça a le même effet que les billes dans les cheveux.

Pour ceux qui mettent les tresses, leurs semblables sont suspects. Ils méritent un intérêt qu’après avoir montré patte blanche (au sens figuré). Ceux-ci aiment juger d’entrée de jeu, un concours qui semble se dessiner autour de celui qui sera le plus Haïtien des Blancs.

Sauf qu’Haïtiens plus fortunés ou Blancs, nous sommes tous le produit de notre culture (de riche). Entre la surabondance nord-américaine et la fausse misère, la ligne est parfois mince. Un entre-deux est-il possible?
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