Et vous, quel est votre rapport à la soutane?

Et vous, quel est votre rapport à la soutane?
9 Nov 2012

Par Aurélie Lanctôt  |  Publié dans : blogue

Troquer les femmes, le X-box et les soirs de fête pour la soutane : l’ambition fait sourciller, en 2012. C’est pourtant le choix qu’ont fait Jonathan, Julian, Simon et Daniel, les protagonistes du documentaire Alléluia, qui sera présenté les 10 et 14 novembre, dans le cadre des RIDM.

Le film retrace les années de noviciat de ces quatre jeunes hommes qui ont choisi, il y a maintenant quelques années, d’entrer chez les Dominicains. Ils dédient donc leur vie à la prière, à l’étude et à la contemplation. Ils vivent en rupture totale et volontaire avec la société civile, renonçant à tout, même à eux-mêmes, pour mieux s’offrir à leur dieu. 

Cette conviction radicale et inébranlable, ce dévouement à l’institution ecclésiastique, ça frappe l’imaginaire. 

Qui sont ces jeunes hommes? Pourquoi ? C’est quoi le point, de ça, hein? Ça se peut encore? Ils ont pas tous genre 253 ans, les frères qui restent, au Québec? La prière, c’est tout le temps? Et le sexe, c’est vraiment jamais? Pis Facebook, vous avez ça? 

Les questions affluent, et le documentaire y répond admirablement. Le réalisateur, Jean-Simon Chartier, explique avoir voulu démontrer comment ces quatre jeunes hommes, « intelligents et non dépourvus, qui ont toute la capacité intellectuelle de s’insérer dans le monde » ont choisi d’y renoncer.

Pour l’athée résolue que je suis, la vie religieuse est une fichue curiosité. Je dirais même plus généralement que la chrétienté, qui jadis représentait la norme, est devenue une marginalité qui surprend et dérange. 

Longtemps, j’ai moi-même dédaigné farouchement toute évocation ou manifestation du fait catholique. J’ai l’impression qu’une profonde méfiance entoure la religion, au Québec. Ce n’est pas si surprenant, au final. Le stigmate du joug ecclésiastique passé n’est jamais enfoui bien loin. Et, rien n’aidant, tout ce qui retentit dans la sphère publique de la communauté chrétienne sont les échos des scandales sacerdotaux, ainsi que les hauts cris de la droite ultraconservatrice. Difficile, dans ce contexte, de voir d’un bon œil  ceux qui, comme nos quatre Dominicains, choisissent d’entrer dans les ordres…

Sauf qu’il ne faut pas oublier que, même si elle se fait discrète, la communauté chrétienne progressiste, jeune et ouverte sur le monde existe, au Québec. Ç’a l’air d’une évidence, dit comme ça, mais pas tant que ça… 

Hier, je suis allée visionner Alléluia chez Gabrielle, 22 ans, bachelière en littérature et aussi fervente gauchiste que catholique. Elle habite dans un grand appartement tout bancal du Quartier latin – une ancienne garçonnière, semble-t-il. 

« J’ai fait des muffins! » m’annonce-t-elle à mon arrivée. Bah dis donc, c’est gentil; on se connaît à peine. 

Depuis maintenant quelques années, elle est membre de la communauté d’Emmanuel,  fondée en France dans les années 70. « C’est un homme et une femme qui ont commencé un groupe de prière très inspiré de la mouvance de l’époque, qui voulait du changement… l’Esprit saint était en renouveau» raconte-t-elle. Jésus disco, c’est déjà plus rigolo que Jésus tout court, j’imagine. 

Elle m’explique qu’à chaque semaine, les frères et sœurs de la communauté, une vingtaine à Montréal, se rassemblent pour prier et échanger. Le groupe est un pilier de la vie sociale de ses membres. 

Nous discutons de choses et d’autres. De sa foi, de son copain, de son récent costume d’Halloween. Le regard qu’elle pose sur la place de la religion catholique dans la société est lucide et perspicace. Les dérives de l’Église et son incapacité à s’actualiser dans un monde qui la rejette, le dangereux ridicule de la droite religieuse. L’importance d’extraire définitivement les valeurs religieuses de l’État, tout en redoublant d’ardeur à encourager le communautarisme séculier… Et visiblement, elle ne serait pas la seule à en penser autant.

Sans surprise, elle explique qu’il est toujours délicat d’afficher sa foi en société : « Souvent, je l’dis pas tout de suite au monde que je suis croyante. J’peux pas le faire parce qu’ils vont m’étiqueter tout’suite! » - Tu m’étonnes. 

Pourtant, sa pratique est des plus ouvertes et progressistes. Une philosophie de vie bien plus qu’un carcan. 

Nous montons à l’étage. Avant de démarrer le film, nous dégageons le futon encombré de papiers, de crayons, de croquis, d’un gros Ziploc de weed - attends quoi? « Ben quoi, c’pas parce qu’on est catho qu’on peut pas être un peu stoner… Ça me rend créative! » Elle est bonne, celle-là.

Puis, visionnement. Par un drôle d’enchevêtrement de hasards, Gabrielle connaît bien les garçons présentés dans le documentaire. Les premières minutes sont donc ponctuées d’anecdotes cocasses et croustillantes. Du potinage de Dominicains, toi! Je me sens privilégiée en tit-pépère! 

Nous badinons comme des écolières, interrompant fréquemment le film pour raconter de nouvelles anecdotes. Gabrielle semble tout de même franchement émue de voir ces jeunes hommes qu’elle a jadis côtoyés être allés jusqu’au bout de leur foi. Elle chante à voix basse les psaumes récités dans le film, en simultané. 

Jamais je ne pourrai pleinement comprendre cet univers. Malgré tout, je réalise qu’il est plus facile de diaboliser le catholicisme que de tenir compte des nuances admises dans sa pratique. La nuance effraie, car dès le moment où elle est considérée, on peut moins facilement tout rejeter en bloc. 

De la même manière, l’actuelle obsession de la laïcité n’est rien d’autre que le pathétique symptôme d’une tolérance atrophiée et d’une profonde incapacité à concilier. Une étrange crampe morale qui se manifeste par le rejet dogmatique d’un joug passé et un hermétisme à la nouveauté. La peur paranoïaque des « débordements » d’un pluralisme exacerbé aura induit la substitution d’un dogme par un autre, légitimé cette fois par son aspect séculier. 

Bref. 

J'espère que vous irez voir le film. C'est franchement bien. Le lien de la page est ICI. Il y aura une projection demain (le 10) à 16h30 à la Grande Bibliothèque, ainsi qu'une autre le mercredi 14 ! 

***

Et moi sur Twitter, c'est @aurelolancti
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