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Bonjour Madame Trudeau,
Bien que je suis conscient que «la lettre» est sûrement le stratagème le plus usé du chroniqueur québécois (surtout depuis le Printemps érable avec ces lettres au maire, à Martineau, à Pratte, aux ministres, aux étudiants, à nos parents, à nos patati et à nos patata), je tenais tout de même à vous adresser quelques mots, car – dans tous les propos dirigés vers votre matricule depuis votre plus récente frasque – je n’ai pas trouvé de chronique, de lettre ou de tweet qui m’ont bouche bée ou cloué le bec. Voici donc…
Puis, avez-vous passé un bon week-end? De mon côté, j’ai soupé avec des amis samedi. Une grosse bouffe arrosée pas d’classe où le salon se transforme en plancher de danse vers la fin de la soirée. Man! Lay All Your Love On Me d’Abba, quelle toune incroyable après des litres de rouge!
Bref, inspiré par l’actualité, le couque nous a cuisiné une épaule de porc qu’il a surnommé Stéfanie. Pas très intellectuel comme humour, bien sûr, mais la boustifaille, elle, était succulente. Pendant le souper, on discutait de votre cas. Je vous épargnerai certains propos, car plusieurs personnes qualifient toutes les réactions à votre bourde «d’intimidation» ou de «chasse aux sorcières», alors passons.
M’enfin, vous voici suspendue et j’aimerais vous faire une suggestion afin de passer le temps…
Retournez aux études!
…
Sans blague!
Visiblement, vous manquez de contact avec le monde extérieur pour vous ruer sur un type qui, bière à la main, tenait une porte ouverte pour un copain (on s’entend que ce n’est pas «boire, roter, pisser, gueuler puis péter sa bouteille sur le trottoir») ou encore pour harceler un papa qui amuse sa petite en la ramenant dans sa poussette à la maison.
Bref, voir la vie en noir et rouge n’a réussi à personne (même à Robocop qui a pourtant été programmé pour être le flic parfait). À une époque où on va jusqu’à «tweeter» la crème de son latté, on ne peut plus se permettre de tels débordements. Ainsi, ajouter quelques couleurs à votre palette – quelques teintes de gris, par exemple! – pourrait vous être bénéfique. Pourquoi ne pas retourner sur les bancs d’école? Pourquoi ne pas fréquenter d’autres citoyens issus d’autres strates de la société et qui vous feraient réaliser que «l’autre»-avec-des-guillemets n’est pas nécessairement un «crosseur» ou un «osti de gratteux de guitare».
Qui sait, vous pourriez apprendre un nouveau métier. Bouchère? Entraîneur de football? Joueuse pour le Canadien? – Un gagne-pain où votre trop-plein d’agressivité serait la bienvenue? Pensez-y!
Une question…
Comme plusieurs Québécois, j’aimerais vous poser des questions. Je ne vous demanderai pas ce qui a «tilté» dans votre tête au moment de cette attaque ou si vous avez du remord.
Mais, avez-vous pensé à Claude Legault?
C’est la question que j’aimerais vous poser : avez-vous pensé à Claude Legault et au (peu de) capital de sympathie cumulé par les forces constabulaires grâce à 19-2? Aujourd’hui, cette «pitié» pour les hommes en bleu – qui s’est évaporée au fil de la crise étudiante – a définitivement été remplacée par un certain dédain.
Bien sûr, les policiers ne sont pas tous des brutes épaisses, mais selon les récentes trouvailles des médias, la direction du SPVM semble préférer garder ses «pommes pourries» en circulation, en contact avec le public, plutôt que de mettre ses bombes à retardement hors de circulation. Une décision de pleutres, carrément, et oui, «pommes pourries» au pluriel, car – comme si ce n’était pas assez – on apprenait ce dimanche que Trudeau et des collègues auraient tenté de trafiquer le rapport sur la fameuse altercation. C’est fou, on est à un Sylvester Stallone de Copland, un drame de flics véreux à peine bon pour un après-midi de dimanche pluvieux!
Un peu de lumière dans tout ce bordel, toutefois: on annonce la production imminente d’un documentaire sur la formation des policiers. Si tout va bien, on – autant la population que l’agente Trudeau – y apprendra un truc ou deux sur le boulot de policier. Un corps de métier qui, tout comme les enseignants, les journalistes et les vendeurs de pagettes, doit s’adapter à son époque.