8 extraits du spécial «À LA FERME» !

8 extraits du spécial «À LA FERME» !
25 Sept 2012

Par Urbania   |  Publié dans : blogue

Vous avez entendu parler de notre plus récent numéro et vous hésitez toujours à vous le procurer? Pffft! Laissez-nous vous convaincre avec ces huit extraits de texte issus du spécial «À la ferme».

Martine à la ferme












Texte: Simon Boulerice
Illustration: Gabrielle Laila Tittley


EXTRAIT:
Les Cambodgiennes sont toutes petites. Leur taille de poupée me fait royalement chier. Quand je parle avec l’une d’elles, je me comprime la colonne vertébrale pour pas les dépasser pis je retiens à moitié ma respiration. Mes côtes flottantes semblent alors plus saillantes pis ça me soulage. Les Cambodgiens aussi sont frêles. Ils m’attirent moyen. Sauf Dylen-You. Dylen est grand pis il ressemble à un Noir. C’est un genre de mulâtre asiatique, ou une affaire de même. C’est un cousin à Py-Den. Il porte perpétuellement un peigne dans ses cheveux étonnamment crépus. Je suis sur le cul de voir que cette mode de vidéoclip s’est faufilée jusque dans une ferme du rang Saint-Paul de la triste Montérégie. Mais il faut dire que Dylen-You vient pas d’ici. Il vient de Montréal. D’un quartier défavorisé et très vivant. Toute sa famille (à moitié noire pis à moitié cambodgienne) passe l’été à se faire chier dans un champ de Saint-Rémi pour se faire du cash. Ils font Montréal/Saint-Rémi chaque matin. À 5 h pm, quand on finit notre journée, je me retiens tout le temps à deux mains pour pas me faufiler dans la valise de leur char pour qu’on m’enlève de mon patelin à marde.

À suivre, dans le #35 - À la ferme

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Ça sent la vie












Texte: Aleksi K. Lepage
Illustration: Benoit Tardif


EXTRAIT:
Certaines jeunesses montréalaises besogneuses, qui auront réussi professionnellement, choisissent, lassées par les innombrables et épuisants mirages qu'offre la vie urbaine, de s'exiler vers les vallons, les lacs et les prés, de s'installer près d'une bourgade qui porte un nom sanctifié, d'y récupérer et retaper une vieille ferme pour y retrouver quelque chose comme « la vraie vie », au contact du « vrai monde » qui vaque à de « vraies affaires », des choses essentielles : faire pousser des vaches et cueillir du poulet, ce n'est pas n'importe quoi.

La ville, on le dit moins souvent mais on le croit encore, est un lieu de perdition jonché de raclure industrielle et de cônes orange, un endroit peu sécuritaire où des hordes de junkies peuvent à tout moment surgir d'une ruelle, seringue souillée au bras, avides de petite monnaie. On perd son âme sur le Plateau, paraît-il, ce quartier tant honni où « le paraître l'emporte sur l'être » et où il convient d'être très beau pour passer inaperçu. Mieux vaut la campagne, la vraie, peuplée d'agriculteurs idéalement joviaux qui ne s'en font pas trop avec les aléas des tendances et les choses insignifiantes et mondaines des dandys empruntés de l'avenue du Mont-Royal. Sus au béton! Sus au plastique! Sus aux snobs! Sus au faux! Et vive « l'écologie du coeur », vive « l'intelligence verte. »

À suivre, dans le #35 - À la ferme

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Lisa LeBlanc dans le champ












Texte: Benoit Poirier
Photo: Raphaël Ouellet


EXTRAIT:
Citadine, donc, malgré sa pochette d’album qui brouille les pistes, avec sa vache, sa fourche, son maïs et le reste. Elle n’a pas de texte glorifiant son patelin non plus : c’est un sujet qui l’occupe plutôt entre les tounes, dans les conversations. Ce qu’elle a de campagnard, surtout, c’est la simplicité et la bonhomie.

-    Pour souper, on va manger de la gibelotte. T’es déjà venue deux fois à Sorel, as-tu goûté à ça auparavant?
-    Jamais!
-    Y a-tu un plat traditionnel du genre dans ton bout?
-    La poutine râpée! C’est un mets traditionnel acadien qui vient en fait de l’Allemagne (NDLR : sa recette se compare à celle du Knödel). C’est de la patate râpée…
-    C’est pas le fromage qui est râpé?
-    Non, c’est pas pantoute comme une poutine québécoise, y a pas d’fromage. Tu râpes ta patate crue pis tu mélanges ça avec ta patate cuite qui est pilée, ça fait un genre de pâte, tu fais une boule avec ça autour d’un morceau de viande salée, pis tu fais bouillir ça pendant des heures. Moi je mange ça avec de la cassonade, y en a qui mangent ça avec du sucre blanc, pis d’autres qui mangent ça avec du ketchup pis de la moutarde. 

À suivre, dans le #35 - À la ferme

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Frida













Texte: Robin Aubert
Illustration: Mathilde Corbeil


EXTRAIT:
Ce matin-là, j’ai maudit la neige qui ne devait plus revenir. C’est le Jour de la Terre, et pendant que les gens marchent et se rassemblent, on doit prendre de drôles de décisions. Faire revenir la vétérinaire pour la piqûre fatale. Téléphoner à Marquis Tardif qui a une pépine pour creuser un trou dans le sable fin, près des grands pins. Demander à Serge d’être là lorsqu’on l’enterrera. Parce que nous, on veut pouvoir pleurer en voiture en direction de la ville. La vétérinaire veut se faire payer. Elle comprend notre tristesse, mais la mort, ça se paye. Dans un truck stop sur la 20, on arrête pour manger une crème de légumes trop farineuse. Les yeux de ma blonde sont des lacs noirs et sauvages remplis de poissons.

Chaque fois qu’on arrivait à l’écurie, la première chose qu’elle faisait était d’aller voir Frida aux champs. Elles avaient leur rituel, les deux filles. Elles se comprenaient. De voir le visage de ma blonde s’illuminer au contact de son cheval me faisait littéralement craquer. De la voir pleurer, ça me fend littéralement le cœur en deux. Quelque chose d’unique lie les femmes aux chevaux qu’aucun homme ne peut comprendre. Même s’il essaye très fort.

À suivre, dans le #35 - À la ferme

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Santa Maria













Texte: Émilie Dubreuil
Photo: Alexandre Champagne


EXTRAIT:
Maria a un rire flûté et de gros seins ronds, le genre de poitrine qui évoque la maternité plus grande que soi, l’universelle. Maria, c’est le réconfort fait femme. D’ailleurs, elle me dit qu’elle offre souvent aux agriculteurs – qui ont passé l’âge, bien sûr – de les bercer, consolante plaisanterie. C’est une image, mais je suis certaine que beaucoup y ont pensé : s’installer sur les genoux de Maria et poser sa tête sur ses épaules larges, s’assoupir un peu en l’écoutant chuchoter que tout ira bien, que tout ira pour le mieux, qu’on trouvera, sans doute, une solution à tous ces problèmes. « Je pleure avec eux, je suis en colère avec eux, parfois je leur parle de mes peines à moi, on échange des recettes de confiture. Je leur donne des bisous, des câlins. »

À suivre, dans le #35 - À la ferme

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Le bonheur est (vraiment) dans le pré












Texte: Émilie Nault-Simard
Photo: Isabelle Fexa


EXTRAIT:
Le Brooklyn Branch of Animal Care and Control contacte le sanctuaire, qui prend l’animal en charge. À cause de la gravité de ses blessures aux pattes, la chèvre subit une amputation. Or, Jenny, la directrice du sanctuaire, a eu un cancer des os à l’âge de 10 ans. Elle a subi une amputation. Albie à la patte gauche, Jenny à la jambe droite. Jenny porte une prothèse depuis. Et devinez quoi ? La chèvre aussi. Le prothésiste qui a conçu la prothèse de Jenny a aussi conçu celle d’Albie. Bien sûr, Albie n’avait pas d’assurance maladie. Pas un problème : un militant, Martin Rowe, a couru le marathon de New York et recueilli plus de 11 000 $ pour ses soins. Elle est pas belle, la vie ? Dans son malheur, cette chèvre a réussi à s’évader du couloir de la mort et a même trouvé une mère adoptive bien placée pour la comprendre. « J’ai pensé qu’il serait simplement juste de donner à Albie la même chance de vivre une vie normale que moi », avait affirmé Jenny au New York Times.

À suivre, dans le #35 - À la ferme

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L'arbre à chèvres












Texte: Nicolas Satgé
Photo: Van Royko


EXTRAIT:
L'huile d'argan est issue de l'arganier, un arbre exclusivement marocain qui pousse dans la région d'Essaouira, au sud-ouest du pays. Depuis des lustres, l'arganier est exploité par les populations locales. Son bois chauffe, ses feuilles servent de fourrage pour le bétail et l'huile extraite de ses amandons (le fruit de l'arganier) nourrit, soigne et embellit. C'est un peu comme le couteau suisse du monde végétal. L’arganier est aussi appelé l'arbre à chèvres, notamment en raison des acrobaties qu’effectuent ces ruminants pour y manger les feuilles les plus hautes perchées. En plus des feuilles dont elles raffolent, les chèvres mangent aussi la pulpe entourant les amandons qui, non digérés, sont excrétés tels quels. L’arganier est de surcroît un élément essentiel pour contrer l'avancée du désert, ralentissant la lente progression du sable sur le territoire.

À suivre, dans le #35 - À la ferme

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À la gloire du chanvre












Texte: Mélissa Nahory
Illustration: Marie-Claude Lepiez


EXTRAIT:
En 2001, à la suite de la spectaculaire saisie dont Valchanvre fait l’objet, il entame sa première grève de la faim, qui durera 72 jours, pour protester contre son arrestation pour possession et commerce de stupéfiants. L’opinion publique est alertée. De nombreux groupes de soutien voient le jour pour aider et sauver Rappaz. Celui-ci promet d’arrêter ses activités et de ne plus jamais cultiver de chanvre. Alors que l’instruction suit son cours, il décide cependant de poursuivre ses cultures. En 2006, la police décide d’aller vérifier les activités de l’agriculteur et, ô surprise… ils constatent que Rappaz continue son business à grande échelle. Grosse saisie, prise deux.

À suivre, dans le #35 - À la ferme

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