.jpg.webp)
Le couple caucasien était consciencieusement affairé à découvrir l’histoire si singulière des îles Galápagos, dépeinte en mots et en images sur les murs du modeste musée, quand il se fit doucement aborder.
Une fillette de tout au plus 5 ou 6 ans s’était approchée et, en pointant de son petit doigt l’immense portrait noir et blanc qui se dressait devant eux, avait demandé :
– C’est Dieu, le vieux monsieur ?
– Non, petite fille, ce n’est pas Dieu. C’est plutôt Charles Darwin, mais c’est vrai qu’il pourrait lui ressembler…
Perplexe, la fillette continua de fixer de son regard intense et profond le visage du vieillard qui semblait la fasciner.
Devant cet intérêt inattendu, le couple crut bon d’expliquer du mieux qu’il put comment Darwin avait justement ébranlé la perception que l’Homme avait de Dieu, mais surtout de lui-même, en observant comment certaines espèces avaient évolué pour s’adapter à leur environnement. Et comment il allait comprendre, grâce à ces simples observations faites ici-même aux îles Galápagos, que notre monde, tel que nous le connaissons, n’avait pu être créé en un instant par la main de Dieu, mais plutôt par une longue et incessante mutation.
Quoique d’apparence ardue, cette élucidation sembla avoir été plutôt bien comprise par la fillette, qui demanda :
– Et c’était quoi ses observations, au monsieur ?
Satisfait de pouvoir assouvir la soif de connaissances de la fillette en mettant à profit des notions acquises il y avait à peine quelques minutes, il continua en énonçant que Darwin avait remarqué comment les pinsons notamment, ayant migré sur les îles suite à de violentes tempêtes, étaient différents de leurs frères et sœurs restés sur le continent, et s’étaient déclinés en plus de 14 sous-espèces.
– Pourquoi ?
– Parce que la nature, mystérieuse et complexe comme elle est, les a amenés à une multitude de petites améliorations leur permettant de mieux s’harmoniser à leur environnement. Et il est aujourd’hui important, pour pouvoir observer et apprécier ce miracle naturel, de protéger l’archipel.
– Mais le protéger de quoi ?
– De nous, malheureusement… L’Homme a fait, consciemment ou non, d’immenses dommages à son milieu naturel. Par exemple, on peine encore à éradiquer des îles les espèces nuisibles qu’on y a introduites, et qu’on continue d’introduire, qui font en sorte que les espèces indigènes sont aujourd’hui en danger… Par exemple, le petit chat que tu vois là-bas est arrivé ici par bateau, or ce petit chat s’est découvert un appétit tout particulier pour les œufs de tortues terrestres géantes, si abondantes à une certaine époque, mais aujourd’hui menacées. Les chèvres, elles aussi introduites par l’Homme, ont ravagé la population de cactus dont se nourrissaient ces mêmes tortues et ont contribué ainsi à faire diminuer leur population de près de 90 % sur presque toutes les îles, et complètement sur certaines d’entre elles. Encore la semaine dernière, un bateau de pêche illégale a été arrêté avec à son bord plus de 390 requins massacrés, ici-même dans le sanctuaire des îles Galápagos, tu te rends compte ? Et là on ne parle que des tortues et des requins, mais c’est la même chose pour un très grand nombre d’espèces, partout sur la planète…
– Mais pourquoi est-ce que les Hommes font ça ?
– Par ignorance parfois… Pour l’argent très souvent…
– Mais c’est terrible…
Ne pouvant que courber l’échine et acquiescer devant une aussi juste affirmation, le couple continua de fixer sans plus la voir la photo de Darwin, lorsque l’enfant finit par demander :
– Et nous ?
– Et nous quoi ?
– Est-ce qu’on va finir par évoluer aussi ?
– Excellente question petite fille. Il aurait fallu demander à Darwin…
Fin
Pour ceux qui se demandent si cette conversation a réellement eu lieu :
Es-tu fou toi caltor ! Notre espagnol est jamais assez bon pour ça.