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«Pouvez-vous nous promettre que vous ne hausserez ni les taxes, ni les impôts?» – Pierre Bruneau au débat des chefs opposant Jean Charest à Pauline Marois
D’emblée, le débat était campé à droite, vers ce qu’une majorité d’électeurs veulent : ne pas avoir de hausses de taxes, ni d’impôts. Par une question qui ne donnait pas vraiment l’option de répondre : «Non». Parce que dans une société où notre réflexion politique s’arrête aux 30 questions de la boussole et au numéro de teinture de madame Marois, les taxes et les impôts, c’est mal. Pas le temps de s’intéresser à quoi ça sert, à qui devrait en payer plus, qui devrait en payer moins, et en quoi ça sert le projet social. De toute façon, on est déjà assez taxés n’est-ce pas?
Je ne suis pas étonnée que Françoise David ait surpris tout le monde au premier débat des chefs dimanche soir. C’est comme si pour la première fois, le Québec (en dehors du plateau Mont-Royal), écoutait ce que la gauche avait à dire. «Quoi? Une approche préventive en santé?? Crime pourquoi personne n’avait jamais pensé à ça avant?!»
Même au lendemain de ce débat qui l’a fait découvrir, même après que plusieurs aient dit que Françoise David méritait sa place à l’Assemblée nationale, Québec Solidaire était toujours considéré comme un parti irréaliste. Par Michel Désautels du moins : «C’était une façon de faire connaître votre programme, qui ne peut pas être un programme de gouvernement on s’entend», disait-il hier à Amir Khadir en entrevue. «Mais pourquoi pas?», de lui demander Amir Khadir. «On va éviter de perdre du temps pour rien», lui a offert Désautels pour seule explication.
Crime, donnez-leur une chance! C’est vrai que les sondages ne jouent pas trop trop en faveur d’un prochain gouvernement solidaire, mais si les journalistes continuent de traiter cette option comme un projet utopiste impossible, on n’y arrivera jamais.
Vous êtes-vous déjà penché sérieusement sur le programme de Québec Solidaire? Je n’abuserai pas de mauvaise foi et je vais prétendre que oui. Mais pas la madame avec qui j’ai eu cette discussion : «J’hésite entre les trois partis, même si c’est pas mal toute la même affaire»
– Et pourquoi Québec Solidaire ne fait-il pas parti de vos options?
– Ah ben eux, c’est pas vraiment sérieux leur affaire, ils voient la vie en rose pas mal, c’est pas trop réaliste.
La réponse classique quoi. C’était une madame, mais j’avais l’impression d’entendre mes camarades de classe du secondaire justifiant leur choix de cours (chimie et physique) en disant que ça leur ouvrirait plus de portes au Cégep. La phrase qui venait toujours ensuite : «de toute façon, mes parents veulent pas que je prenne l’option art plastique / art dramatique parce que ça sert à rien». Combien de carrières artistiques perdues? Mais de toute façon, les arts, ça rend pauvre, hein?
Et surtout, la phrase : «Ça marchera jamais».
Je vais faire ma coach de croissance personnelle et vous dire une chose très importante : le bonheur est entre vos mains, à vous de choisir.
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Ça me fait aussi penser à quand les gens me demandent «quand est-ce que tu vas te trouver du travail?» Quoi? Un vrai travail? Dans un bureau? De 9 à 5? Non, sérieux, c’est pas pour moi. Moi, je préfère faire la belle vie à la maison. «Oui, mais va ben falloir un jour que t’aies un emploi avec un salaire stable?» Pour de vrai, les gens ne me disent pas ça. Mais j’en connais plusieurs qui sont aussi incapables de s’imaginer qu’une travailleuse autonome puisse faire un meilleur salaire et jouir de plus de stabilité qu’une personne enfermée dans un espace à cloisons amovibles à la journée longue, que de s’imaginer un pays dirigé par un parti de gauche. C’est gens-là disent: le parti qui me ressemble le plus dans mes valeurs, c’est Québec Solidaire, mais c’est pas réaliste de voter pour eux. Pour moi, il s’agit de la même incrédulité devant un bonheur possible. Comme si bonheur et prospérité ne pouvaient jamais coexister. Comme si le bonheur, c’était pour les autres. Comme s’il s’agissait d’une option trop compliquée pour être même considérée.
NB : Comme les sondages ne favorisent pas l’élection d’un gouvernement solidaire et que la priorité actuelle, c’est de «sortir Charest», le 4 septembre au matin, je vous promets un tutoriel sur le vote stratégique pour avoir le gouvernement le plus à gauche possible (et faire tilter les gens de Radio X). Parce que faire son devoir de citoyen et lutter contre le cynisme ne se résume pas qu’à voter le jour du scrutin. Ça implique plus de travail. Notamment, ça implique de comprendre la joute politique.