Force est d’admettre que ce weekend, la programmation de Présence autochtone risque de se faire uspstager solide par Osheaga. Mais les affaires autochtones se font toujours un peu upstager par toutte. Malheureusement.
Bien qu’Osheaga soit un très bel événement de l’été montréalais, du 31 juillet au 8 août, c’est aussi le 22e festival Présence autochtone.
Étant donné que post Osheaga, vous aurez encore tout le temps de vous mêler à Présence autochtone si ça vous chante, je n’ai aucune intention moralisatrice ici. Toujours est-il que le moment est tout désigné pour parler communautés autochtones.
Eh puis c’est pas comme si ça risquait d’être redondant!
En décembre dernier, Influence communications recensait que le poids combiné de la couverture médiatique des aînés, de la pauvreté et des autochtones ne représentait en 2011 que le tiers de celui accordé à la météo.
En fait, ce qui m’interpelle avant tout, ce sont les idées romanesques et clichées qu’on cultive sur le fait autochtone, au Québec. Au lieu de nous y intéresser substantiellement, nous nous soulageons la conscience en adoptant une attitude empathique, mais totalement passive.
La misère des réserves, les perspectives d’avenir limitées des jeunes, l’impossibilité de s’insérer dans la société civile… Tout ça.
Et en réponse à cette perspective misérabiliste, nous témoignons d’une compassion empreinte d’une culpabilité assez impressionniste. Quelque chose comme la blessure de l’homme blanc qui déprime à l’idée d’oppresser encore le noble Indien…
Mais jusqu’à quel point nous y intéressons-nous réellement?
De manière dérisoire, en somme. L’ère est avant tout au désintérêt, malheureusement.
Lorsqu’on constate le peu d’initiatives prises pour favoriser le développement d’une véritable citoyenneté autochtone au Québec, eh bien cette pseudo empathie en vient à frôler la condescendance.
Par ailleurs, si nous nous y attardions davantage, nous serions forcés d’admettre que cette « culpabilité empathique » ne s’appuie pas sur les bons motifs.
En effet, ce n’est pas de l’acte colonial originel dont il faut rougir, mais bien de son développement à long terme. Le problème, ce n’est pas d’avoir « évincé » les autochtones de leurs terres lorsque les premiers colons ont mis le pied au Canada. Il faut savoir qu’au XVIe siècle, seulement 6 des 11 nations autochtones présentes au Québec sillonnaient déjà le territoire. Ils étaient épars, nomades et assez peu nombreux. Les autres nations seraient arrivées au Québec après les colons européens.
Ainsi, notre attitude de « colon repentant » est totalement ridicule. On se méprend sur «l’erreur historique» dont il faut se repentir!
La véritable honte ne plane pas au-dessus des premiers instants de la colonisation. L’erreur, c’est plutôt d’avoir (volontairement) omis, dans les siècles qui ont suivi, d’inclure les populations autochtones dans le développement de la colonie.
C’est de jamais avoir essayé de conjuguer tradition autochtone et modernité. Trop occupés que nous étions, fringants canadiens-français, à découvrir la propriété privée et les joies de l’accès au crédit! Que l’Indien, lui, du fond de sa réserve, n’arrive pas à s’adapter à l’économie moderne, on en avait rien à battre, après-tout…
Si nous n’avons pas chassé les Indiens de leurs territoires ancestraux dès le début de la colonisation, nous les avons néanmoins tenus à l’écart de toutes les étapes décisives de l’établissement nord-américain. Jusqu’à l’isolement définitif. Comme s’ils avaient été accessoires au développement de leur propre continent.
En pendant que les détails historiques qui ont fait en sorte qu’on en arrive là se perdent dans le silence, on continue de glorifier superficiellement une culture qui, au fond, nous échappe en majeure partie. On beurre épais de dithyrambes quand vient le temps d’évoquer les mœurs et traditions des Premières nations. Ah! Quel héritage fantastique! La beauté, la simplicité, la spiritualité, la communion avec la nature!
…Mais pas assez magnifique pour prendre le taureau par les cornes, et admettre qu’il faudra tout repenser de A à Z. Pour qu’éventuellement, la citoyenneté autochtone soit un gage d’avenir, et non de précarité.
Voyez, la problématique pourrait s’étendre encore sur des pages et des pages.
Mais puisque je ne veux pas être trop rasoir, je conclurai ainsi:
« Reconnaître l’existence de trois peuples fondateurs au Canada relève d’une évidence qu’il faut tenir pour acquis si nous aspirons à construire une société canadienne harmonieuse et démocratique. Actuellement, au moins un de ces trois peuples ne s’inscrit définitivement pas dans l’univers civil et démocratique du Canada. » –
Sur ce, j’espère que ça vous trottera un peu dans la tête!