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Après trois mois à plus de 3 000 mètres d’altitude, on est finalement de retour au niveau de la mer et, par le fait même, à un taux d’oxygène dans l’air qui nous permet de monter un bord de trottoir sans avoir envie de prendre un taxi. On n’a donc fait ni une ni deux, on est allés magasiner des souliers de course.
Tout excités, on s’est dirigés vers le Malecon – la superbe promenade de bord de mer de Lima – pour étrenner nos nouveaux souliers, dénichés avec doigté dans le rack des soldes d’une grande surface entre un kit de lumières de Noël et un Snuggie pour chien. Deux questions nous obsédaient secrètement : Est-ce que nos trois mois de treks en haute altitude auront augmenté nos capacités cardio-respiratoires pour faire de nous des surhommes au niveau de la mer ? et la non moins pertinente : Est-ce que la laideur d’un soulier est proportionnelle à la vitesse de sa course ?
Curieux de valider ces hypothèses et impatients de recommencer la course, on s’est lancés dans un petit cinq kilomètres de reconnaissance. (Je tiens ici à dire que j’aurais secrètement méprisé quelqu’un qui m’aurait dit, il y a un an, qu’il avait «hâte» d’aller courir. Hey relaxe, me serai-je dis. Voir si t’as hâte d’aller souffrir… T’essaies de convaincre qui, au juste ? Mais on a finalement eu la piqûre au printemps dernier – avoir un frère voisin d’en bas marathonien, ça botte un cul – et oui, on avait hâte de recommencer à courir après trois mois d’arrêt. Comme quoi… Enfin, le cinq kilomètres, donc.) Eh bien, ça ne nous en a pas pris tant pour que deux conclusions très nettes sautent à nos yeux effarés : Non, l’altitude ne nous a pas transformés en coureurs des hauts plateaux kényans. Elle nous a transformés en monde qui a pas couru depuis trois mois. Et non, un soulier très laid ne court pas plus vite. Oui, la règle tient toujours même s’il est très, très laid. Argent et turquoise, avec une touche de saumon ? Même résultat.
Quoiqu’un peu meurtris, mentalement par ces désillusions et physiquement par l’expérience en tant que telle, on est quand même heureux d’avoir renoué avec la course. Ne manque seulement qu’elle accepte de renouer avec nous, elle aussi.