Lettre à Fred Pellerin

Lettre à Fred Pellerin
14 Juin 2012

Par Catherine Therrien  |  Publié dans : blogue

La pression lorsqu'on s'adresse à Fred Pellerin, c'est surtout d'endimancher sa plume au possible.

Cher Fred Pellerin, 

Déjà une bonne semaine que l’on parle de vous dans les journaux, depuis que vous avez décliné l’invitation du gouvernement québécois à vous ornementer, vous, poète, conteur, passeur de mots. Déjà une semaine que l’on vous targue de droiture, de conséquence, de conviction profonde. Déjà une semaine que je me dis que des hommes comme vous permettent à deux beaux grands mots, rêve et espoir, de rester bien présents.   

Vous n’avez pas voulu causer de remous, vous avez voulu agir sans tambours ni trompettes, mais vous aurez pourtant précédé une grande vague. Sûrement parce que même si vous les souhaitez discrets, vos pas sont de ceux des grands, vos pas de géants provoquent malgré vous des rafales. Peut-être que quoi que vous fassiez, la portée de votre poésie a celle d’une roue à aube, celle qui même dans un calme de pointe des pieds, a le pouvoir de renverser les rivières.

Nous avons un gouvernement aveugle, de cette cécité volontaire et calculée qui bat des cils au même rythme que les sondages. Nous avons une ministre de la Culture qui a aussi été piquée par la mouche de la démagogie, qui aurait dû s’en tenir à votre lettre de refus, en accuser la réception, humblement. Il me semble que devant le retrait du poète, devant ce qu’il y a de plus beau et humain dans le soulèvement, si l'on ne peut parler le même langage, il convient de se taire.

On aurait cru que Madame St-Pierre se serait faite toute petite, qu’elle aurait marché sur des œufs, mais elle porte de trop gros sabots. Elle n’aura pas eu l’élégance requise, ministre-journaliste à la rigueur enfuie. Dans un gouvernement où ligne de communication prévaut sur intelligence, elle a préféré permettre à deux beaux grands mots qui font peur, violence et intimidation, de rester bien présents. 

Vous avez été le déclencheur de cette lettre signée par quelques milliers d’artistes, une lettre qui condamnait vertement ses propos, une lettre de cette engeance de lettre qui vient secouer même la plus opiniâtre des stratégies de communication.

La ministre s’est excusée hier, du bout de ses lèvres pincées, maintenant atteinte de la même maladie de croqueuse de citron que les autres femmes du gouvernement libéral. Elle a dû s’excuser par respect, parce qu’on est pas dupes, parce qu’on le lui a exigé, parce qu’on a maintenant l’habitude des basses répliques qui ont pris des allures de ritournelles.

En tentant de nous imposer les choses claires porteuses de la clarté des protocoles, les choses claires et binaires qui l’espère-t-il feront leur chemin jusqu’à la une des journaux, le gouvernement se doutait-il que les artistes, chiens de garde allergiques aux entourloupettes sémantiques, allaient joindre leur voix à la vôtre?

Au jeu de la rhétorique immonde, vous avez trouvé des mots nobles, des mots sentis pour parler du Québec, de peuple québécois, « de la démocratie qui se fait secouer par la base ». Grâce à vous, on a envie de se dire qu’on ne se débat peut-être pas tant que ça à contre-courant, qu’au-delà du délire des spins politiques au ras des pâquerettes, l'homme n'a pas à ravaler son cri. Car il y aura toujours la discrète parole du poète, celle qui trace son sillon, et touche droit au coeur.  

Chose certaine, vous nous aurez prouvé que lorsqu'un conteur refuse un prix, on a envie de rougir nous aussi. Poète courtois, poète bien droit. Même si vous précisez que votre geste n’en était pas un de protestation, il faut croire qu’il aura quand même insufflé, inspiré, rallié. 

Fred Pellerin, quand des fois j’ai une pointe d’accès à votre monde magique, vous faites de moi une meilleure personne. Les moindres replis de votre poésie sont comme un début de bible à rendre fière, croyante. Permettez-moi d’être claire : ceci est une lettre d’amour, et pas juste l’amour avec un grand A, l’amour tout en majuscules. 

En ces jours gris, où je vous le concède, votre peuple n’a peut-être pas tant le cœur à la fête, je vous lève mon chapeau bien bas pour votre passage de tour digne des grands hommes. Et je vous épingle en pensée une médaille de bravoure, bien près du coeur. 


___________
@caththerrien


Photo: Claude Chauvin
Derniers commentairesRSS
  • A-t-il répondu? :)

    22 Juin 2012 | Cynthia

  • Bravo Catherine, tu as une façon d'écrire absolument splendide. J'aime la justesse de tes propos. Tu as su vraiment décrire la situation ridicule dans lequel ce gouvernement actuel, tente de maintenir la population, tout en respectant la poésie tout à fait particulière de Fred Pellerin.

    Bravo à toi,

    20 Juin 2012 | Ginette Fillion

  • C'est tellement bien dit. Merci Catherine et merci Fred!

    15 Juin 2012 | Lucie

  • Merci pour ce texte magistral. Vous avez l'âme des poètes. Merci à Fred Pellerin de démontrer à tous ce qu'est l'intégrité.

    15 Juin 2012 | Michel Therrien

  • Point de mots à ajouter pour cette belle lettre d' AMOUR, de VIE et de LIBERTÉ... en majuscules! MERCI.

    15 Juin 2012 | Sarah Barbieux

  • merci simplement merci !

    15 Juin 2012 | arthur gaudet

  • Si j'avais écrit une lettre à l'intention de Fred Pellerin, je l'aurais écrite pour lui seul, pour le seul homme qu'il est, celui qui n'a toujours que sa seule, bien seule conscience lorsqu'il faut s'armer de courage. Si j'avais écrit une lettre à Fred Pellerin, je l'aurais écrite juste pour son coeur. C'est ce que vous avez fait, Catherine. Merci pour lui.

    15 Juin 2012 | Pierre Paillé

  • De tireur de roches à lanceur de fleurs et de gros bons sens, ça inspire non seulement un Québec a continuer de croire en ses rêves, mais aussi en sa jeunesse inspirante.

    (je ne comprend pas un Martineau)

    Tu n'es pas un nouveau héros.

    Tu as juste assez de colonne pour te tenir debout.

    Et les échines pliées, silencieuses, que nous sommes parfois, te regardent, inspirées!

    Santé !

    15 Juin 2012 | Christian

  • Quel plaisir de vous lire, car vos mot sont justes.

    14 Juin 2012 | Jane Skreslet

  • Merci Catherine d'avoir écrit ce texte. Vous m'enlevez les maux de la bouche. Fred, je vous aime autant que j'aime mon Québec. Ce pays fier et grand, mon Québec grandissant, fleurissant dans cette langue belle, douce et musicale que vous savez tant chanter et parler.

    14 Juin 2012 | Isabelle Beaudreau

  • Merci Catherine, merci Fred, merci à ceux qui résistent, merci à ceux qui nous font entendre soir après soir ces sons de casseroles qui résonnent à travers le peuple comme une douce harmonie.

    14 Juin 2012 | Sandrine

  • Je ne fait pas parti du regroupement du ,j'avais toutefois trouvé les propos ,ainsi que les intention de M.Pellerin très nobles.Ce texte représente,non-seulement la pensé des carré rouge,mais aussi de tout les Québécois. Merci madame therien d'avoir réussi ,par votre plume,a me redonner confience en l'unité de ma nation.

    14 Juin 2012 | Philippe Blais

  • Merci, merci, merci! Vos paroles, votre poésie, créent la vie , mon pays tel je les imagine, colorés, remplis de beauté et de lumière, de justes mots et de doux partage. Plus les gens de pouvoir haïssent le rouge en carré plus moi je l'aime, il est communicatif, créatif et poétique....

    14 Juin 2012 | Johanne B. de Passillé

  • Du parfum pour l'oreille .. Se poétiser le quotidien .. Se proser les bonnes questions et y trouver les réponses de l'espoir

    Merci ..

    14 Juin 2012 | Marc-André Fortin

  • J'en ai pleuré des larmes de gratitude et de reconnaissance du pouvoir de l'amour, du vrai et de la solidarité du coeur! Merci Catherine Therrien et MERCI Fred Pellerin!

    14 Juin 2012 | Lynne

  • Fred notre ministre de la Culture ! Pourvu que notre grand pèlerinage vers un Québec humaniste et poétique surgisse de l'ombre et suive enfin le chemin des Lumières. Moi aussi, je t'aime Fred !

    14 Juin 2012 | Thomas

  • Texte magnifique, véridique, magique...

    J'abonde dans le même sens que chacune des lettres inscrites sur cette ppage!

    Bravo!

    14 Juin 2012 | Luc Doyon

  • finalement; cette crise m'aura permis de connaître, au moins par internet; ces intelligences textuelle, d'émotions bien senties et de tout ce qui est vrai, verbalisé par des artistes des mots.

    14 Juin 2012 | Gagnon, Cécile

  • Catherine, j'endosse chaque mot de votre lettre à Fred Pellerin et je souhaiterais l'avoir écrite moi même

    14 Juin 2012 | Louise leblanc

  • Étienne Ferron-Forget

    Ayoye, mais c'est tout un texte, ça! Je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi inspirant mais, surtout, inspiré. Bravo! Je partage sans retenue.

    14 Juin 2012 | Étienne Ferron-Forget | Québec

  • Tout à fait à la hauteur de la poésie de Fred. Et tout aussi subtil, fin, directement branché au coeur . Vous ajoutez votre pierre à l’édification de notre résistance. Grand merci Catherine Therrien d’avoir pris le temps de mettre en mot votre émotion !

    14 Juin 2012 | Denise-Madeleine Cotte

  • Comme ces choses-là sont bien dites. Merci madame Therrien de les dire pour nous car, c'est la même fierté que j'éprouve devant le geste courageux et d'une rare authenticité de Fred Pellerin. Comme vous aussi, je suis outrée du manque de respect du gouvernement pour le peuple. J'en ai la nausée… et je me demande, comment ils font, Jean Charest, Christine St-Pierre, Michelle Courchesne et les autres pour se regarder dans le miroir sans éprouver un vif dégoût devant ce qu'ils sont devenus… et ce qu'ils peuvent tramer de magouilles infectes pour essayer de garder le pouvoir. Honte à eux !

    14 Juin 2012 | Betty

  • Ouff! Quel magnifique texte. Merci Madame Catherine Therrien. Votre texte est un baume sur les excuses, manquées, du bout des lèvres de la ministre sinistre St-Pierre. Monsieur Fred Pellerin ne pourra qu'en être touché et ému. Comme moi.

    14 Juin 2012 | Louis-Philippe Cusson

  • Magnifique. Que de belles plumes au Québec, nous avons !

    14 Juin 2012 | mj

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