Boisvenu: pas facile de parler avec un pied dans la bouche

Boisvenu: pas facile de parler avec un pied dans la bouche
3 Fév 2012

Par Aurélie Lanctôt  |  Publié dans : blogue

Cette semaine, il y en a un qui s’est mis dans l’embarras encore plus que l’AFELC avec ses assertions douteuses.

Mercredi dernier, le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu nous a servi sans crier gare la déclaration controversée de l’heure. Il a déclaré sans réserve que chaque meurtrier devrait avoir une corde dans sa cellule pour se pendre. Les réactions ont fusé dans les minutes qui ont suivi.

Une avalanche de réponses, autant de la part de ceux qui entérinaient les propos du sénateur que de ceux qui s’en indignaient ont envahi les réseaux sociaux. On s’est excité le tweet et on a fait chauffer les lignes ouvertes, tant et si bien qu’environ une heure plus tard, Boisvenu s’est excusé publiquement de l’effronterie.

Mais évidemment, le boucan ne s’est pas arrêté là. Curieux comme les lions s’agitent dans l’arène, même une fois l’agneau dépecé, il n’en fallait pas plus pour relancer le débat sur le traitement correctionnel des assassins. Les pôles se sont scindés, s’armant mutuellement de bitcheries pour la guerre.

D’un côté, les vindicatifs : aucune pitié pour les tueurs sanguinaires. De l’autre, les humanistes : l’incitation à commettre l’irréparable n’est admissible en aucun cas.

J’ai donc fait, moi aussi, mon examen de conscience.

Au risque de faire acte de bien-pensance (eh oui, ça m’arrive…), je prendrai le camp des indignés. J’y ai pensé, pour vrai là… Et on va se le dire : ça a aucun cr*ss de bon sang.

À ceux qui ont soutenu que Boisvenu n’a fait que dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas : Eille, menute, chose!

« Tout bas ». Ben, ben bas, justement. Il y a en effet des choses que tout le monde pense, mais qui sont vouées à NE PAS se frayer un chemin jusque dans le discours avoué.

Des choses qu’on ressent par instinct vengeur, mais qui sont, justement, des réactions trop pulsionnelles pour être énoncées. Autrement dit, ben oui tout le monde voudrait renvoyer la pareille aux tueurs d’enfant sadiques, mais ce n’est pas socialement et humainement acceptable de le revendiquer, ça fait que tu fermes ta boîte pis tu trouves une solution plus viable!

Tsé, c’était un peu ça le principe à la base de la civilisation. La cruauté sauvage n’a pas sa place en société, même pas pour équilibrer l’ignoble. « Oeil pour œil rendra le monde aveugle », j’pense que c’est Ghandi qui disait un truc du genre. Pis au registre de la barbarie, on ne peut pas se permettre de niveler vers le bas. Ben sorry.

En diffusant de tels propos dans l’espace public, Boisvenu a ouvert une brèche à l’acceptation de la torture psychologique comme une sentence constitutionnellement endossable. Or, venant d’une figure politique influençant la législation, de tels propos sont dans tous les cas inacceptables.

Encore une fois, on voit dépasser le gros jupon sale de la rectitude conservatrice. Harper s’est empressé de colmater l’hécatombe en insistant sur le fait que le débat sur la peine de mort ne serait pas rouvert, mais encore là. Ce n’est pas sur la question de la peine de mort qu’on aurait risqué de dévier, mais bien sur celle du pouvoir de terreur morale. C’est là que ça devient dangereux. Quand on détient quelconque envergure politique, les opinions « chocs » se doivent d’être tempérées et justifiées. Sinon, on pourrait craindre qu’à la longue, elles en viennent à faire la loi.

Alors non, ne me sortez pas l’argument du « tout bas dit tout haut ». Pas comme ça. Ça a juste pas rapport.

Et attention! Il ne faudrait pas brouiller les cartes (bien que ce soit précisément ce qui est en train de se passer). Les gens, dans leurs montées de lait pour ou contre Boisvenu, mélangent complètement la question de la peine de mort et celle du suicide. 

Et des propos tels ceux de Boisvenu banalisent honteusement le suicide. En l’énonçant presque comme un devoir pour ceux qui ont commis l’irréparable, on l’accepte d’emblée comme une option envisageable, dans la vie en général. Quel genre de message cela envoie-t-il à ceux qui sont aux prises avec une détresse psychologique assez tenaillante pour y penser (du monde normal, j’veux dire)? Je comprends les militants de la Semaine de prévention du suicide de s’être outré, sérieusement.

Alors aux pseudo polémistes qui ont fait les fiers à bras pro-corde-dans-la-cellule sur toutes les tribunes de la province, allez réfléchir dans votre coin un peu et rationnalisez vos pulsions morbides, deux secondes.

Pour lors, je me sens tellement bien-pensante que je vais allez lire le livre d’Éric Duhaime pour me rasséréner (ceci est ironique). N’empêche que tout ça, je le pense en mautadine.
Derniers commentairesRSS
  • Merci d'écrire tout haut ce que je pense tout haut. C'était parfait comme article.

    4 Fév 2012 | Gabrielle

  • Charles Bukowski a dit: «Le problème avec le monde, c'est que les gens intelligents sont pleins de doutes pendant que les gens stupides sont plein de sérieux.»

    3 Fév 2012 | Benoit

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