Beverley, laisse mon Internet tranquille!

Beverley, laisse mon Internet tranquille!
1 Fév 2012

Par André Péloquin  |  Publié dans : blogue

Ça faisait longtemps que j'avais pas écrit une lettre ouverte. Aujourd'hui, je grimpe sur mon grand cheval.

À : Beverley McLachlin, juge en chef à la Cour suprême du Canada,

De : André Péloquin, blogueur du mercredi sur le site d’Urbania

Sujet : Ton discours d’hier…

Yo Beverley! Comment ça va? Puis? L’Université de Carleton? Comment c’était? Le monde a bien réagi à ton discours? Pffff! Comme si un(e) étudiant de l’Université de Carleton allait réagir à quoi que ce soit. Tu sais ce qu’on dit sur le Web 2.0 : si les étudiants ne créent pas de sites pour compiler des « memes » sur leurs universités (comme le font les étudiants de l’UQAM, de l’UdeM ou les « nerds » de l’ETS), l’établissement n’est pas digne de son financement.

Blague (minable) à part, je t’envoie ce courriel parce que j’voulais vraiment te parler de ton discours d’hier. Écoute, si j’avais vu la nouvelle passer sur Facebook, j’aurais commenté avec une niaiserie à la « Gneuh! Si y’avait un bouton « dislike », j’appuierais dessus! », mais je me suis retenu, cette joke n’étant plus drôle depuis sa création en 2009. Bref, lors de ton intervention, tu indiquais que le système judiciaire devait, lui aussi, se mettre en mode 2.0 lorsqu’il aborde les réseaux sociaux et qu’il devait, notamment, « serrer la vis » aux médias couvrant l’actualité judiciaire afin d’éviter les débordements.

[NDLR : Pour ceux et celles qui voudraient suivre, je vous invite à lire ce ‘tit résumé… c’est en anglais, désolé]

Bien que ce soit flatteur d’indiquer que les récentes « claques sur les doigts » - l’interdiction de « tweeter » et limiter l’utilisation de portables qu’à titre de bloc-note lors du fameux procès Shafia, par exemple - étaient données au nom du journalisme pur et dur, les journalistes affectés au « beat » judiciaire, eux, auraient sûrement préféré le contraire. Tu dis aussi que ces organes – la radio, la télé, les journaux libres et indépendants – sont essentiels à la démocratie, mais qui l’est toujours? Comme on l’a vu avec l’affaire Duceppe, le parti pris politique d’un journal peut parfois influencer l’interprétation d’une nouvelle auprès du public (« Bof! On sait ben! La Presse est un organe libéral! », « Pouah! Check les sales séparatistes du Devoir qui veulent leur part du gâteau! » et autres « tweets » du genre en témoignent). Et ça, c’est sans même aborder les Sun News et Fox News…

Beverley, ma chère, ton coup de main m’a plutôt l’air d’une paume sur la bouche. Je n’irai pas jusqu’à lancer « Censure! » ou « Libarté! Je crie ton nom! », mais quand même… :-(

Pire encore, tu oses nous sortir des clichés à la « les médias traditionnels sont de vieux véhicules » et « une personne qui démarre un blogue peut facilement s’improviser journaliste ». Come on! As-tu consulté le site de La Presse récemment? C’est le festival de l’exclusivité et du « dernière heure ». Je commence même à croire que Vincent Larouche commet des crimes pour mieux les rapporter tellement il est rapide sur la touche! Puis, bon, bien que l’initiative est sympathique, je doute que j’aie un jour le réflexe d’aller faire le plein d’actualité sur un blogue comme La Turbo Patente (quoique si je me cherchais un nom de band ska…).

Tu justifies aussi ta démarche en indiquant que l’équité et la précision se perdent sur les réseaux sociaux. Bien sûr et c’est ce qui les rend si attractifs!

Twitter et Facebook sont de joyeux bordels où liens, rumeurs, informations, niaiseries, photos instragr.am de souliers et vidéos de minous circulent à qui mieux mieux. Au contraire, je crois que ces plateformes invitent justement ses utilisateurs à remettre en question ce qui y circule. « Hum, est-ce qu’Éric Duhaime est vraiment un suppôt de Satan qui mange des chiots? Si « Zozote37 » le dit, c’est sûrement vrai! » Tu me diras, bien sûr, que certaines personnes seraient prêtes à gober de telles sottises telles quelles, mais je te répondrai qu’ils étaient aussi crédules avant même de s’inscrire sur ces réseaux (sinon, comme expliquer le succès de Marie-Chantale Toupin?).

Beverley! Laisse mon Internet tranquille! Remets-moi ma Toile avec tous ses trolls qui nous vomissent ce qu’ils ont vu il y a quinze minutes sur 4chan. Abandonne-moi à ses débiles profonds qui commentent les nouvelles sur la page Facebook de TVA avec des interventions qui t’enlèvent tout espoir dans le genre humain. Dépose-moi sur le seuil de la demeure virtuelle de ses internautes tristes qui se claquent tout ce qui est diffusé sur TOU.TV dans l’espoir de voir un toton puis d’en tirer une capture d’écran pour leur site cochon (je te jure que ça existe! J’suis tombé là-dessus en faisant… de la recherche… pour… un article!), mais – surtout – abandonne-moi à ses blogueurs géniaux ou encore à celles et ceux qui se servent de ces fameux médias sociaux pour sensibiliser, voire mobiliser.

Ta refonte du système judiciaire, applique-la don’ aux gros pollueurs, aux ex politiciens à l’éthique élastique, aux riches qui s’enrichissent sur le dos des pauvres qui, eux, s’enlisent de plus en plus dans la marde produite par les premiers (parce que oui, c’est aussi ça, l’Internet : des gros clichés larmoyants en guise de conclusion). :-P

Tiens, en parlant de Web 2.0, je te laisse avec un clip de ‘tits bébés qui rit. Peux-tu le mettre sur ta page Facebook? Ça va devenir « viral »! :-D

PS : Oups! J’viens de voir que l’Université de Carleton a bel et bien une page de « memes ». Fuck ‘em, ils sont plates, anyway.

Photo : www.simongarnier.org
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