Petit cours de féminisme lesbien 101 pour Mme Judith Lussier la lesbienne pas frustrée

Petit cours de féminisme lesbien 101 pour Mme Judith Lussier la lesbienne pas frustrée
25 Jan 2012

Par Valérie Lapointe  |  Publié dans : blogue

Hier, nous avons publié un texte de notre bloggueuse Judith Lussier, qui s'est avéré être fort controversé. Aujourd'hui, par souci de présenter les côtés de la médaille, nous donnons le droit de réplique à Valérie Lapointe, qui est une des participantes à l'article «Souper de filles» de notre spécial Lesbiennes.  Voici sa lettre en réponse à l'article d'hier.

Techniquement, je devrais actuellement rédiger mon mémoire de maîtrise qui traite des enjeux identitaires et des rapports de pouvoir qui traversent les sexualités, mais puisque l’on reproche souvent aux universitaires de «pelleter des nuages» et de «rester dans leur tour d’ivoire», j’ai décidé de matérialiser mes connaissances politiques pour en faire un «petit cours 101 de féminisme lesbien pour Mme Judith Lussier la lesbienne pas frustrée».

D’une part, j’aimerais souligner mon appréciation, Judith, pour ta dissociation du magazine Urbania. Notamment parce que j’en ai fait partie ce mois-ci et que tes propos vont à l’encontre de l’article dans lequel j’apparais. Pour cela : merci.

Il existe, il est vrai, quelques frustrations à être lesbienne. Existe-t-il une lesbienne frustrée? Ça, j’en doute! Pourquoi émettre une nuance de la sorte? Et bien, être lesbienne implique une politisation de sa sexualité. Ce n’est pas un choix. C’est une imposition. Avoir une orientation sexuelle marginale vient avec un (re)questionnement des normes qui entourent la sexualité.  Tout dans notre être est politique, puisque tout dans notre façon de vivre bouleverse l’establishment de la famille traditionnelle. Ainsi, être lesbienne implique de vivre tôt ou tard des frustrations: un sifflement dans la rue, un commentaire intempestif dans le métro, une taquinerie à la limite de l’acceptable au bureau.  Alors, la lesbienne que tu es, nie-t-elle toute forme de frustration, voire d’exaspération?

D’autre part Judith, il m’apparaît nécessaire de revoir tes typologies. D’abord, qu’est-ce que le lesbianisme? Une idéologie? Un courant de pensée? Apprends-moi, car je t’avoue n’avoir jamais entendu parler du lesbianisme et des lesbianistes. Enfin, peut-être que quelque chose m’échappe en politique … Non! Vraiment, le lesbianisme ça n’existe pas! Par contre, le féminisme existe et les féministes aussi, et il est tout à fait possible d’être féministe lesbienne (hé oui sans le ET entre les deux). Loin de ta définition simpliste, être féministe lesbienne ne renvoie pas à : «s’insurger contre le rouge à lèvres ». Cela renvoie plutôt à une réflexion sur les discours dominants qui influencent les sexualités, à un questionnement des rapports de pouvoir qui persistent dans notre société et qui renforcent des inégalités (genrées, racisées, sexuées), à une volonté de transformation du politique ainsi qu’à un désir de visibilisation de différents enjeux. Être féministe lesbienne Judith, ça pourrait très bien être toi!
 
Alors, avant d’utiliser un argumentaire démagogique qui vise non pas à débattre intelligemment des enjeux qui touchent mon univers et ton univers (puisque toutes deux lesbiennes), mais plutôt à faire violence à certaines, s’il-te-plaît, fais-toi plaisir et  ... prends une tisane !
 
Cordialement,
Valérie Lapointe
Lesbienne féministe
Derniers commentairesRSS
  • Totalement en accord. Il n'existe ni lesbiennes, ni frustrées en ce monde, tout comme le Père Noël n'existe pas.

    C't'évident, 'messemble.

    31 Jan 2012 | Dave

  • Valérie Lapointe

    @ Roxanne. Merci pour cette tentative d'explication. Or, lorsqu'un mot se termine en "isme" cela renvoie à un courant de pensée ( théorie) ou une idéologie : libéralisme, marxisme, féminisme, post-modernisme etc. Je comprend qu'il puisse y avoir une utilisation courante ou "populaire" du terme lesbianisme ( comme tu m'en fait part), néanmoins lorsqu'on utilise ce terme au sein d'un argumentaire, il se doit d'être utiliser en son sens propre. Aussi, j'aimerais rajouter que bien que tu en fasse une utilisation personnelle, cela ne donne pas de sens commun à ce mot. Il reste éminemment politique !

    N'oublie pas que si tu utilises lesbianisme comme terme désignant ton orientation sexuelle, tu ouvres la porte a des juxtapositions comme celles de Lussier ( lesbianisme = féminisme, mais avec le dégout des hommes). Je crois que lorsque tu réfères au lesbianisme comme ton orientation, ton but n'est pas de créer se genre de réaction simpliste, mais plutôt de nommer ton attirance pour une personne de même sexe. Pour moi, il est important de faire la lumière sur la différence entre les deux.

    29 Jan 2012 | Valérie Lapointe

  • Valérie, lesbianisme est un terme inventé qui signifie, pour certaines lesbiennes, le fait d'être lesbienne en acte et en parole et de s'affirmer dans notre personnalité de lesbienne. J'espère t'avoir appris quelque chose! Ça n'a vraiment pas une connotation politique. C'est un mot utiliser quand on veut informer d'autres gens de notre situation amoureuse et sociale.

    28 Jan 2012 | Roxanne

  • Elly, le but n'est pas de se diviser, bien au contraire. Seulement, je sais que l'image réactionnaire fait souvent obstacle au coming out de celles qui, justement, n'en-n'ont-pas-l'air! (Je déteste utiliser cette expression puisque ça a l'air d'un jugement de valeur alors que c'en est pas un. Je veux m'assurer qu'on ne se méprend pas sur mes propos!) J'ai eu, moi aussi, une période garçonne, là n'est pas la question.

    Cynthia, ton propos m'a vraiment fait réfléchir. Oui, c'est juste. Peut-être que j'ai tendance à voir (à tord) tout ce qui se rapporte au sujet comme du militantisme pour l'ouverture d'esprit. Il faut peut-être prendre ce numéro plus à la légère. Mais c'est difficile quand on vit avec le souhait profond de ne pas être ostracisée. J'ai peut-être trop d'attentes envers ce genre de reportage populaire. :-)

    25 Jan 2012 | Jade

  • En même temps, c'est dur de couvrir TOUS les types de lesbiennes. Je n'ai pas encore finie la lecture d'Urbania, mais jusqu'à date, je suis contente de lire ces mots.

    25 Jan 2012 | A

  • très bien dit et très juste. Merci d'avoir mis le doigt dessus. Je n'ai pas lu le magazine, mais seulement le texte de Judith Lussier et la controverse qui en a suivie... Je dirais que c'est très divertissant et passionnant à lire. Je voudrais souligner quelques choses qui m'a frappé en lisant plusieurs commentaires un peu partout.... Pourquoi tant de lesbiennes tiennent à avoir une représentation exacte de leur réalité personnelle. Est -ce complètement absurde de parler de lesbiennes sans devoir nommer toutes les catégories et les looks ? On parle d'orientation sexuelle içi non ? Oui il y a beaucoup de diversité entre nous, ça devrait être connue... C'est dommage qu'on perde autant de temps à se diviser à cause de nos différences physiques. Je ne me sens pas exclu parce que je suis une lesbienne féminine avec des poils au menton et une jambe plus courte que l'autre... Faut faire preuve d'imagination...

    25 Jan 2012 | elly

  • Cynthia C.

    Ce message est en réponse à celui de Jade:

    Je suis une jeune femme hétérosexuelle et moi, je l'ai bien aimé ce numéro d'Urbania. Je considère que la force du magazine est d'aborder des idées nouvelles sur les thèmes choisis. Par exemple, je ne crois pas qu'il soit la norme de voir de grosses personnes faire du ballet (spécial Gros), pas plus qu'il fallait s'attendre à un article sur l'orgasme lors d'un accouchement (spécial Bébés).

    Dans le Spécial Lesbiennes, j'y ai lu des femmes de métiers, des femmes qui n'ont pas peur de s'affirmer, de belles femmes, des femmes amoureuses...

    "Le souper de filles" était tout aussi intéressant, l'article aurait même pu être plus long. Est-ce que j'aurais aimé lire plus de textes sur les lesbiennes "qui-n'en-ont-pas-l'air" (comme tu le dis si bien)? Pas tant... Ce sont mes amies, mes collègues, mes voisines et elles mènent le même genre de vie que moi. Est-ce que je me trompe?

    Personnellement, j'apprécie qu'Urbania ne réflète pas mon paysage quotidien, mais les racoins où je n'ose m'arrêter.

    Ce n'est que mon humble avis de lectrice.

    25 Jan 2012 | Cynthia C. | Montréal

  • Intelligent, juste et sensé.

    Voilà!

    Mik

    25 Jan 2012 | Maurice

  • Iseaube Émilie

    bravo! et une autre excellente réponse

    http://www.jesuisfeministe.com/?p=4406

    25 Jan 2012 | Iseaube Émilie

  • Hum: L'exact contraire.

    J'ai fait une fôte.

    25 Jan 2012 | Jade

  • Tout d'abord, merci pour cette réponse Valérie. Je tiens pour ma part à réagir à ce numéro d'Urbania et ce débat me permet de me faire.

    Je fais probablement partie des "quelques lesbiennes" comme je l'ai lu ailleurs sur ce site, qui ont été amèrement déçues par ce numéro d'Urbania. (Je peux vous confirmer que nous sommes davantage en nombre que "quelques")

    Il fut un temps pas si lointain, les lesbiennes au look masculin (on ne sait plus comment les appeler tant il y a de sensibilités à heurter) revendiquaient leur place au soleil dans le milieu queer.

    Mais depuis quelques temps, on assiste à l'exacte contraire. Ainsi, ce numéro d'Urbania laisse une place quasi nulle aux lesbiennes "qui-n'en-ont-pas-l'air" (feum, lipstick, invisibles... encore ici, tant de mots!) dans l'imagerie de son magazine. Je dis imagerie car une entrevue leur donne (heureusement) la parole.

    Ce numéro d'Urbania démontre pourtant plus qu'il n'en faut dans ses images des stéréotypes masculins ou alors réactionnaires au genre social féminin (image stéréotypée de la femme selon les standarts hétéro)

    Pourquoi ne voit-on jamais des lesbiennes qui ne sont pas en réaction dans leur image? (Ne parlons pas de L Word, tous se sont empressés de clamer que les actrices étaient hétéro. Et le milieu lesbien a revendiqué un changement de casting! La belle affaire!)

    Un numéro qui se voulait si complet a oublié la lesbienne qui est votre voisine, votre collègue de travail... Vous savez? Celle que vous croyez hétéro? Elle existe. Partout. Sauf dans Urbania.

    25 Jan 2012 | Jade

  • ouf. Merci Valérie.

    25 Jan 2012 | Laurence

  • ''Ainsi, être lesbienne implique de vivre tôt ou tard des frustrations: un sifflement dans la rue, un commentaire intempestif dans le métro, une taquinerie à la limite de l’acceptable au bureau.''

    Peut-être pour une lesbienne VISIBLE....un peu Butch....mais moi, en 30 ans de lesbianisme, je n'ai jamais été pointée du doigt ou la risée de qui que ce soit...encore faudrait-il que les gens le sachent....je n'ai rien d'écrit dans le front et pourant que je ne me suis JAMAIS caché et je n'ai jamais menti sur mon orientation. Vous devriez écrire : ''Ainsi, CERTAINES lesbiennes vivront blablabla....''' plutôt que : ''être lesbienne implique de vivre tôt ou tard des frustrations''....

    25 Jan 2012 | Barbara Bennett

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