36-24-36 2.0?

36-24-36 2.0?
8 Déc 2011

Par André Péloquin  |  Publié dans : blogue

Aujourd’hui, j’aimerais écrire une lettre à l’industrie de la mode, mais je ne saurais à qui l’adresser (Armani ? Calvin Klein? Véronique Cloutier?). Comme mes photos peuvent en témoigner, je ne connais ni l’industrie, ni le monde, ni même la mode en tant que telle, en fait.

Bien sûr, j’ai peut-être regardé un épisode ou deux d’America’s Next Top Model, mais seulement pour tout le drame humain qui s’en dégage et certainement pas pour les compétitions de maillots, oh non! Moi pis la mode, on a bel et bien des amis en communs (surtout sur Facebook), mais à moins que le fait d’acheter ses bobettes en paquet de 14 chez Rossy soit « trendy » ou « second degré » (un peu comme la moustache, genre), on ne se connaît vraiment pas.

Mais comme j’ai tout de même un problème grandissant avec elle depuis quelques jours, j’ai décidé de parler dans son dos sur le blogue d’Urbania. Bref, je ne connais pas l’industrie de la mode et j’ai les réflexes de défense d’un gamin de 8 ans. Génial!

Y’a tout d’abord eu le cas de Lizzie Miller qui a captivé quelques médias en 2009.



Tout près d’un article sur « Le corps et l’image » publié dans une édition du magazine Glamour, on retrouvait cette photo de cette mannequin de 20 ans qui – horreur! – a des vergetures et une ‘tite bedaine. Le mensuel est inondé de courriels de lecteurs épatés et de journalistes désirant interviewer la belle blonde.

Bien que cette photo a lancé la carrière de Miller, celle-ci a confiait par la suite au Guardian qu’elle se disait « déçue » – et avec raison! – d’être cataloguée comme un « mannequin de taille forte» alors qu’elle fait 5’11" et un peu moins de 80 kilos. Est-ce encore un coup de la nouvelle grammaire française? Après « oignon » qui devient « ognon », est-ce que le terme « mannequin de grande taille » a remplacé le terme hautement scientifique « belle madame aux courbes d’une lectrice moyenne d’un magazine de mode »? Sacrée grammaire, va!

C’est quand même délirant qu’en 2011, des magazines mode s’enorgueillissent à outrance de « célébrer la femme sous toutes ses courbes » (ou autres formules vaseuses du genre échappé dans une séance de remue-méninge de trois secondes) en donnant de telles étiquettes à des femmes aux mensurations « plus près de la réalité » ou, pire encore, en les affichant cantonnée que dans des numéros « spéciaux » comme le « spécial : formes » d’avril de l’édition états-unienne de Vogue.

Bordel! De la belle dame, y’en a de toutes les tailles et de toutes les couleurs et on les trouve autant dans les bars que dans les bibliothèques, les autobus ou… euh… le bureau d’un(e) député(e) de l’ADQ, tiens. Bien que notre gouvernement veut nous ramener d’un siècle ou deux en arrière en brûlant des millions dans le Jubilé de la Reine, est-ce que l’industrie de la mode et les médias qui en découlent peuvent être « dans le vent » et finalement faire cohabiter tous les « formats » de femme dans leur magazine sans s’autocongratuler ou se vautrer dans le fétichisme? On parle de mode, bordel! Pas des Olympiques spéciaux!

Mais non, tout ce que l’industrie de la mode semble avoir retenu de l’ère moderne, c’est des tactiques pour obtenir du contenu à faibles coûts et les nouvelles fonctions de Photoshop.

Oui, oui, après la retouche à outrance rapportée notamment par Valérie Borde de L’Actualité, on rapporte que H&M utilise maintenant des modèles entièrement créés par ordinateur dans leur catalogue en ligne.

OK, les temps sont durs, mais si H&M ne peut plus s’offrir de véritables séances photo pour fourguer sa guenille (NDLR : j’y achète mes chemises, je sais donc de quoi je parle), qui peut se le permettre?!



Le plus navrant demeure le fait que même dans un « laboratoire » comme Photoshop, les bonzes de H&M optent pour une image, voire une icône, de la femme qui est souvent inatteignable par la clientèle visée (la surdose de fignolage sur les photos des magazines rapportée par le billet de madame Borde en témoigne).

Ainsi, le premier réflexe du « nerd » aux commandes de la souris est de recréer le monstre de Frankenstein (dans le sens qu’on appose des têtes de véritables mannequins sur ces corps numériques) en s’inspirant du cliché de la femme filiforme très Kate Moss. Tant qu’à insérer les nouvelles technologies dans une industrie qu’on dit souvent « tendance », le choix d’H&M est incroyablement navrant.

Pire encore, cet acharnement de la mode sur ce « canevas » n’est pas vide de conséquences.

Il y a la boulimie et l’anorexie qui pourraient en découler(de près ou de très, très, très loin), bien sûr, mais cette obsession pour la maigreur et les courbes en vient aussi à corrompre le cerveau de personnes, qui à leur tour, imposeront cette image trafiquée par ordinateur à leurs enfants.

La preuve? L’Huffington Post rapportait récemment qu’une dame mi-folle, mi-plastique a offert un coupon d’une valeur de 10 000$ échangeable contre une augmentation mammaire à sa fille de sept ans pour son anniversaire.

Sept ans, sacrament!



Bref, chères lectrices d’Urbania, rassurez-vous. Même si vous vous trouvez trop grandes, trop petites, trop grosses, trop maigres, trop « nichonnées » ou pas assez, vous dégagez plus qu’une page de catalogue. Si vous fréquentez une salle de musculation ou la piste de course du parc du coin pour des raisons de santé, tant mieux; mais si c’est pour plaire à l’autre, rappelez-vous qu’il y aura toujours quelqu’un pour se masturber furieusement en pensant à vous quoiqu’il vous arrive. Mieux encore, il le fait en écoutant ça…

Derniers commentairesRSS
  • Je ne crois pas que les nouvelles mesures prises par H&M soient la seule raison de l'article. Le fait est que ça pousse la chose au paroxisme et les gens -surtout les femmes- commencent à en avoir ras le bol d'avoir à comprendre dans les publicités de haute (et basse) couture que pour être belle et "in" il faut avoir la taille d'une gamine de 12 ans sur un corps de 5'8". L'industrie dit "évoluer" alors que ça va de mal en pis. La meilleure évolution qui pourrait avoir dans cette merde n'est pas de type informatique, mais bien de revenir à la base de ce qu'est une femme. Une femme, ça a normalement des hanches, des seins et des cuisses. Quand c'est rendue que les designers de haute couture (qui sont la plupart des hommes gais, qui plus est) sont en train de nous donner des balises sur comment avoir l'air toute nue au lieu de se concentrer sur comment adapter leur produit (leurs vêtements) au corps de la femme, marde il y a un problème. Une femme, ce n'est pas un homme élancé. Une femme, c'est une femme.

    14 Déc 2011 | Laurie-Anne

  • Je ne comprend pas moi non plus pourquoi on s'énerve autant la dessus!

    Tant mieux si ce n'est pas du vrai monde, si ça peux nous débarrasser de ce marchandage basé sur l'apparence physique (le modeling), je n'y vois que du bon. Et puis pour ceux qui ressentent le besoin de ressembler au mannequin des magazines, au moins, avec ces clones là, ils seront sûr que l'objectif est inatteignable. Et on n'aura plus besoin de s'inquiéter pour toutes celles qui suivent des régimes draconiens dans le but réaliser leur rêve d'être modèle car ce métier n'existera plus!

    Et pour ceux qui feuillète le magazine d'H&M rien que pour zieuter les belles filles, ils n'auront qu'à se trouver une occupation moins débile!

    9 Déc 2011 | Venitie

  • Je comprends pas c'est quoi la polémique.

    D'ABORD, les mannequins étaient tout autant retouchés avant ça. Et puis, je ne vois pas la différence entre un mannequin de vitrine et un mannequin créé virtuellement.

    Je préfère un mannequin virtuel, qui je sais d'avance est VIRTUEL, plutôt que de voir de belles femmes retouchées et qui perdent leur vrai look. Rendus où on est dans cette industrie (et je m'y connais je suis moi-même mannequin), je préfère ça. Je trouve le procédé moins douteux.

    Et je suis pas mal certaine que l'intention d'H&M était justement de détourner le regarder de sur ses mannequins (souvent des tops), pour qu'on s'attarde plus au produit qu'ils vendent. Ça me fait penser au catalogue SEARS et sa section de soutien-gorges et culottes. On voit juste la culotte ou la paire de boules, tout est photographié dans le même angle, le mannequin prend la même position sur chaque photo. Je veux dire, je comprends pas pourquoi le monde s'énarve encore.

    9 Déc 2011 | Inès

  • merci pour ce beau texte. On se sent vraiment mieux après ça, on SE COMPREND toutes. Avec le temps des fêtes, je trouve que tous ces beaux compliments arrivent pile, car trop occupés par les évènements, plus personne ne prend le temps de nous dire de petits mots séduisants.... un beau cadeau ce texte

    merci pour les conseils shopping, je connaissais déjà - super places

    9 Déc 2011 | Sylvie

  • Merci! Merci mille fois! Je me sens tellement mieux après la lecture de cet article! Ça remonte drôlement le moral de se dire que malgré tout, quelqu'un se «m... furieusement» en pensant à nous, quelles que soient nos courbes!

    9 Déc 2011 | Isabelle

  • maudit qu'on était bien avec mode dans les années 60. je vois toutes sortes de tendances et styles qui ont été très populaires dans le passé et les femmes les portaient bien. La femme était naturelle, resplendissante et authentique! aujourd'hui, c'est bien pour dire, avec leur regard délavée, les yeux mats, le corps amaigris, sans mouvement, la femme n'est plus le diamant qu'elle a déjà été dans l'industrie de la mode....

    merci pour les conseils shopping

    8 Déc 2011 | Lise

  • C'est vrai que les femmes qui ''sortent'' de l'ordinaire sont souvent mises de côté dans toutes sortes d'industries. Il est vraiment difficile de s'habiller convenablement et avec styles, en plus d'être bombardées par toutes les pubs de compagnies qui montrent les minis tailles en super styles. Se chausser est pareil. On prend pour acquis que les femmes aux grands pieds ou puisqu'elles sont de tailles fortes ont de GROS pieds! cest faux. Plusieurs d'entres-nous portent du 11,12,13 et+, c'est vrai, mais nous pouvons avoir un pied aussi délicat qu'une fille de 100 livres ou 5pieds 6.

    Enfin, si vous voulez vous sentir bien et que vous êtes de tailles fortes pour les chaussures et vêtements, je vous informe que plusieurs bonnes boutiques se sont ouvertes depuis les dernières années dont, PIEDS GÉANTS CHAUSSURES à Repentigny et Altesse à Beloeil pour les vêtements.

    8 Déc 2011 | Annie Cossette

  • Tout à fait d'accord avec le propos.

    N'oublions pas, tout de même, que la taille moyenne des femmes au Canada est de 1,61m (5'3"). À 5'11", la modèle n'est plus dans la catégorie "lectrice moyenne du magazine". Par ailleurs, cette lectrice moyenne pèse à peu près 69 kg (IMC 26) alors que la modèle soi-disant "toutoune", malgré ses 80 kg obtient un IMC moins élevé et est toujours, grâce à sa taille, moins grasse que la lectrice moyenne ... qui n'en demande sans doute pas tant.

    8 Déc 2011 | Frédéric

  • Je suis d'accord à 100%. La beauté repose d'abord dans la diversité. Combien de fois j'ai été accrochée par les formes suréelles de certaines filles dans le métro (tout en étant moi même une fille hétéro). De fabuleuses et volumineuses fesses rebondies et arrondies, des petites jambes vigoureuses, des cuisses de patineuses, des mains d'ouvrières, des mains de vieille dame toute plaine de taches, de veines et de sagesse...il y a de la beauté dans les femmes de toutes le formes, de toutes les âges et de toutes les couleurs (faut pas se fier au fond de teint beige de la revue le Bel âge non plus !)

    Il s'agit seulement de les présenter adéquatement pour en faire un magazine attrayant...et non de tout faire disparaitre (comme le "i" de oignons, désespoir !).

    Remarquez aussi, sur la photo d'H & M, c'est trois fois le même corps (même pose, même nombril, même paire de sein, même lumière sur la hanche et la clavicule !). On a seulement changé les têtes, les teintes de peau et les sous-vêtements. Franchement débile !

    8 Déc 2011 | Gee Tee

  • Magnifique article.

    Merci pour ton regard si vrai envers les catalogues et les tendances modes irréalistes.

    Comme mon icone préféré le stipule à propos des femmes : «We can do it!»

    Avec la force, en respectant nos passions, mais en nous respectant nous-même d'abord!

    C'est si bon d'être bien dans sa peau!

    8 Déc 2011 | Marie-Eve

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