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Dans le domaine du marketing, je parle. Pas dans la politique, évidemment, où lorsqu’on est élu, on n’en fait qu’à sa tête. Mais en ce moment, chez les experts de la communication et du marketing, c’est LA grosse affaire. On écoute la masse, on la consulte, on lui parle sur les réseaux sociaux, on lui demande de collaborer à notre image, puis on se plie à ses moindres désirs. On lui fait dessiner notre prochain logo, on l’incite à collaborer à la rédaction de notre journal, on lui demande presque de trouver un remède pour le cancer. Ça paraît bien, c’est antihiérarchique, ça génère de la créativité, et surtout, de l’attachement.
Personnellement, ça m’inquiète. Premièrement parce que je suis élitiste, c’est un fait. Les stars, les journalistes, les politiciens, les médecins, les charpentiers, les hockeyeurs, les concepteurs de jeux vidéos, les magiciens et les experts en physique quantique sont là parce qu’ils ont, à quelques exceptions près, mérité leur place. L’inverse de ces gens-là, ceux qui chialent, sont dans leur divan parce qu’ils ne l’ont pas méritée, leur place.
Mais surtout : avez-vous déjà suivi un hashtag sur Twitter?
Si on se pliait aux désirs de la masse, Véronique Cloutier s’habillerait tout le temps juste dans du Reitmans, les jokes de Mike Ward n’existeraient pas, les radios ne joueraient que du Sylvain Cossette, le journal n’écrirait que des nouvelles qu’on a envie de lire, et le théâtre n’existerait plus depuis longtemps. La preuve : quand on écoute la masse, Jean Charest et Stephen Harper sont élus, et ils le seront sûrement pour un prochain mandat.
C’est correct. Pour le contrat social, on accepte. En quelque sorte, en votant, on nomme l’expert pour diriger le pays. C’est mérité, pour un temps. On vote, après ça on chiale, et si on n’est vraiment pas contents, on campe dans le Square Victoria. C’est la démocratie, et ceux qui rêvent d’une démocratie directe, que le peuple gère lui-même sa destinée, n’ont visiblement pas fait un tour sur Twitter récemment. J’aime encore mieux nos dirigeants, autant de cheveux beiges aient-ils.
Mais revenons au domaine qui nous intéresse, le marketing, et c’est le temps de faire appel à mon gourou préféré, Steve Jobs. Parfois incompris sur ce point, l’ex-pdg d’Apple disait qu’il écoutait très peu la masse. Pas parce que les gens sont des épais, mais parce qu’ils n’ont pas les capacités de concevoir des produits. Ils ne l’ont pas appris à l’école, et n’ont pas pratiqué le dessin industriel à temps perdu dans leur sous-sol. Il disait : «It’s really hard to design products by focus groups. A lot of times, people don’t know what they want until you show it to them».
Bien avant l’existence de Twitter, j’ai travaillé trois ans (mon lien d’emploi le plus long) dans une maison de sondages. Je peux vous assurer que Steve Jobs disait vrai. Les gens ne savent pas ce qu’ils veulent. Encore moins ce qu’ils voudraient et qui n’existe pas encore. Pire, ils ne connaissent pas les conséquences de ce qu’ils veulent.
Non seulement la masse ignore ce qu’elle désire, mais en plus, lorsqu’on lui propose quelque chose de nouveau, elle bute.
Aujourd’hui, c’est le lancement du nouveau look de La Presse. Comme tout le monde est un peu expert en design, et que je suis une experte des prédictions de comportements humains, je prévois une très forte réaction sur les réseaux sociaux, beaucoup de résistance, et très peu de propositions pertinentes. Bonne journée, La Presse!
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Ce qui arrive quand on écoute le peuple:
Moi, par exemple, j’ai toujours rêvé d’avoir une machine pour me téléporter. Une sorte de rapidotron. Mais si c’était pour générer encore plus d’obésité morbide parce que les gens cesseraient de marcher, engorger le système de soins de santé et augmenter mes taxes, laissez faire. Je m’en remets donc aux experts pour décider du moment où il sera opportun de mettre le rapidotron sur le marché (probablement une fois qu’on aura découvert un remède contre l’obésité morbide).
Je pense que j’en ai déjà parlé dans ce blogue, mais faut croire que je n’ai vraiment pas digéré la fois où l’école avait changé la sonnerie de récréation par un harmonieux son de cloches tubulaires. Peu importe le coût de l’installation de cette nouvelle sonnerie ou le degré d’appréciation que j’avais pour elle, il n’a pas fallu deux récrées pour que la direction revienne à la cloche traditionnelle, un gros dring, parce que les élèves trouvaient que la nouvelle cloche, ça n’avait «pas d’allure». Parce qu’en plus, comme elle constitue une masse et que, par définition, une masse offre de la résistance, la masse est réfractaire au changement.