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Depuis le début de la saison de la LNH, le nouveau shériff n’y va pas avec le dos du fer plat en ce qui a trait aux suspensions.
Le successeur de Colin Campbell à titre de préfet de la discipline de la LNH, (et porteur d’un titre douteux du genre « Vice-Président à la sécurité des joueurs ») a fait couler beaucoup d’encre depuis son entrée en fonction en juin.
Certains l’encensent pour son initiative de produire des vidéos explicatives pour chaque suspension attribuée; d’autres saluent sa rigueur inébranlable, qui contraste solidement avec l’éthique de travail plutôt ondoyante de Monsieur Soupe.
En fait, hormis au sein même de la confrérie des joueurs du plus haut niveau, Shanahan fait l’unanimité. Il apparaît comme un sauveur dans un contexte où la ligue est de plus en plus blâmée pour son manque de proactivité dans le dossier des blessures graves, à la tête principalement.
Or, depuis le début de l’année, et c’est là une impression très personnelle, chaque fois que Shanahan annonce une nouvelle mesure disciplinaire envers un hockeyeur, j’ai le feeling que son nom sonne très québécois, très francophone. Des exemples? Létourneau-Leblond, Bouchard, Letang… OK, ok, Letang, ça sonne bizarre, mais n’empêche qu’on sait tous d’où il vient.
J’ai fait mes petites recherches pour essayer de comprendre dans quelle mesure la sévérité du préfet de discipline s’exprimait différemment selon la provenance des joueurs. Les résultats sont stupéfiants.
À date, le 21 octobre 2011, onze suspensions ont été annoncées par Brendan Shanahan depuis le début de la saison. De ce nombre, cinq l’ont été à l’égard de joueurs canadiens (sans inclure les québécois), quatre envers des Québecois (les trois sus-nommés, plus Jean-François Jacques) et, deux envers des joueurs d’ailleurs dans le monde (les deux sont américains : Wisniewski et Sestito).
Déjà, si vous connaissez moindrement le hockey, vous voyez l’étrange irrégularité. Pour les autres, laissez-moi vous l’expliquer par des chiffres concrets : la Ligue Nationale de Hockey compte 978 joueurs actifs au sein de ses trente équipes. Là-dessus, 45 sont nés au Québec, ce qui donne une proportion de 4,6% de joueurs québécois. 476 viennent d’ailleurs au Canada et 457 d’ailleurs dans le monde, donc 48,7 % de joueurs canadiens et 46, 7% de non-canadiens-ou-québécois.
Quand on compare ces nombres avec la distribution des suspensions de Shanahan, la situation est pour le moins troublante. Si quatre joueurs québécois sur 45 ont été sanctionnés en 2011-2012, à date, cela veut dire que 9% d’entre eux ont déjà été suspendus. À titre de comparaison, 1% joueurs canadiens se sont vus infliger une mesure disciplinaire. Pour les autres mondialistes, c’est 0,43% d’entre eux qui ont regardé au moins un match à partir de la galerie de la presse.
En fait, si on sépare cela en deux groupes, les Québécois d’un bord et tout le monde de l’autre, l’injustice est encore plus flagrante. Sept suspensions pour 943 joueurs, ça veut dire que 0,74% de l’ensemble des joueurs non-québécois de la ligue ont subi les foudres de Shanahan. Et c’est là qu’on peut tirer la plus épouvantable conclusion, en mettant cela en relief par rapport aux 9% de Québécois ayant été sanctionnés :
Un joueur québécois a 12 fois plus de chances que tout autre joueur de se faire suspendre par M. Shanahan.
Cela répond-il au titre de mon article?
On m’accusera sans doute d’être de mauvaise foi en disant que les joueurs québécois sus-mentionnés méritaient tous leur sanction et que ce n’est qu’un concours de circonstances si la disproportion que j’évoque aujourd’hui, existe.
D’ici là, une lecture suggérée : Le Québec mis en échec
et une belle vidéo souvenir…. (Pour votre info, il y avait 14 Québécois dans l’équipe cette année-là. Oui, 14!!! Tséveutdire…)
Ce à quoi je répondrais deux choses : un, je ne remets pas tant en question les décisions prises par Brendan Shanahan envers des joueurs Québécois. Ils ont posé des gestes salauds et méritaient leur punition. Par contre, davantage de joueurs d’autres origines auraient-ils pu recevoir des suspensions pour des gestes qui sont passés inaperçus et à l’égard desquels le préfet a fait preuve de trop de clémence? Sans doute. Deuxièmement, je vois clair : la saison est jeune. Peut-être que ce que j’avance aujourd’hui n’aura plus aucun rapport dans quelques mois. On verra bien…