Être un “Slash” chez Gordon Ramsay

Être un “Slash” chez Gordon Ramsay
11 Août 2011

Par André Péloquin  |  Publié dans : blogue

À moins de vivre sous une roche, vous savez que le restaurant Laurier Gordon Ramsay ouvrait ses portes hier soir, car la couverture – exagérée? – de la visite du chef du même nom “slash” vedette de la télé fait tant jaser. Pendant que la journaliste “slash” essayiste Nathalie Collard agaçait les blogueurs “slash” tweeteux “slash” succubes de tendances sur son espace Cyberpresse hier matin, le journaleux “slash” fan de Castlevania (d’ou l’utilisation de “succube”) “slash” blogueur que je suis abdique. Ces “tweeteux” sont là pour de bon… du moins, pour le moment…

Gonzo et “tweeteux”, de drôles d’oiseaux…

En gros, ce que la plupart des journalistes – dont Madame Collard… et Hugo Dumas ce matin - “reprochent” à cette génération spontanée de communicateurs, est leur manque d’éthique. Elle donnera en exemple cette ouverture de resto de la rue Van Horne qui a été “tweetée” ad nauseam par certains blogueurs et vedettes triés sur le volet il y a quelques mois. La couverture était floue. Rares sont les personnes qui ont explicitement annoncé leurs couleurs à la “Hey! Je vous casse les oreilles avec ça parce que je mange sur leur bras! LOL!” Les exemples pullulent, même. L’année dernière, par exemple, l’équipe derrière l’émission culinaire “Les Touilleurs” invitait la crème des réseaux sociaux pour un “tweet up” (un 5 à 7 avec des gens que tu ne connais pas, mais que t’es beeeeeeeeeen content de rencontrer). Malgré la tristesse de l’événement en soi (boire un verre avec d’autres nerds), l’exercice a tout de même permis de mousser la première de la série (du moins sur le site de 7 Jours… glamour en tabarnouche!). Encore là, sur le coup, la couverture était floue sur Twitter…

Vers la fin de son excellent coup de gueule, Collard constate que “de plus en plus de gens se considèrent journalistes en faisant de la plogue”. J’dirais plutôt qu’ils ne se considèrent pas comme des journalistes… mais ils veulent se faire ploguer, oh ça oui!

Pour les enfants des années 80, Gonzo demeure l’oiseau bleu avec le bec en forme de pénis des Muppets. Puis, pour ceux qui se trouvaient vraiment brillants de faire du buvard en regardant Fear and Loathing in Las Vegas, le “gonzo” est devenu un fantasme. Pour résumer, le journalisme gonzo est un style ou l’auteur mise davantage sur la subjectivité que sur l’objectivité. Les émeutes à Londres seraient donc, par exemple, délaissées au profit des aventures délirantes d’un auteur quelconque sous fond d’anarchie britannique.

Popularisé par le journaliste “slash” auteur Hunter S. Thompson, le journalisme gonzo a notamment permis à la bande derrière le magazine montréalais Vice de se monter un petit empire médiatique “trash” à souhait… et à ces fameux blogueurs “style de vie” de se faire inviter aux mêmes endroits qu’Herby Moreau, par exemple. Tout comme avec les couvertures de restaurants tendances, le journalisme gonzo entretient, lui aussi, un certain flou. Prenez la série “… On acid” de Vice, une série d’expériences… sur l’acide… c’est ça le concept. Comment s’assurer que les faits sont véridiques et non pas une oeuvre de fiction? Est-ce que le journaliste a payé pour son acide ou l’a-t-il eu sur le bras de quelqu’un d’autre?! Tant de questions…

Bref, alors que les médias sociaux servent de véritables outils de mobilisations, notamment en Angleterre ces jours-ci, on s’attarde toujours ici à leurs possibilités promotionnelles qui finiront bien comme S. Thompson un de ces jours: avec un trou béant à la place du cerveau (dans le sens que ça ne durera pas… on y reviendra).

N’étant pas un “foodie” (mon souper d’hier: un sandwich Subway si vous tenez à le savoir) et encore moins un blogueur mode (les chemises carreautées en témoignent), je ne peux expliquer pourquoi tant de gloutons de médias veulent fréquenter les grosses d’huiles lors d’événements mondains en échange de leur dignité (faire de la promo gratuitement!? come on!). Je peux toutefois, tout comme sur les réseaux sociaux, avoir une opinion préconçue et vous la livrer: ils le font… par ennui.

Je crois que plusieurs personnes, journalistes, blogueurs, chefs de restaurant y compris, veulent être un “slash”, se réaliser à l’extérieur d’un job “9 à 5”, avoir une histoire qui sort de l’ordinaire à raconter de temps en temps, etc. Certains rédigent, encore et toujours, leur premier roman. D’autres se mettent à la peinture ou au piano. Les plus “geeks” d’entre eux optent pour le 2.0.

Est-ce un crime? Je ne crois pas. Est-ce douteux? Oui et non (come on! On voit venir ces opérations promos cheapettes de très loin! L’odeur est aussi distincte que celle du poulet rôti, même!) Est-ce que les journalistes et autres vecteurs “officiels” d’information devraient monter sur leurs grands chevaux devant cette promotion éhontée, gratuite… et qui semble être de plus en plus prisée par les relationnistes, compagnies de promo, publicitaires, etc.? Si vous êtes aussi expérimentés que Collard et Dumas, non. Pour les plus nuls… peut-être! Puis pour le «grand public», est-ce vraiment pertinent? Entre vous et moi, on s’en crisse un peu qu’untel «tweet» que l’ambiance est «électrique» ou whatever dans ce nouveau restaurant à la mode ou patati, patata. On ira pas s’pitcher là pour vérifier, quand même...

Faut pas s’leurrer. Cette mutation de l’information est là pour rester, qu’on le veuille ou non. Suffit de vivre avec… ou d’utiliser la merveilleuse fonction de Tweetdeck pour filtrer le contenu diffusé sur Twitter, par exemple. Y’a d’ça qui est l’fun avec la technologie, t’sais.

Mais bon, est-ce que ces promotions “fonctionnent”? Avez-vous vraiment écouté “Les Touilleurs” parce que des nerds de Twitter en ont déjà parlé? J’en doute! Étiez-vous – momentanément…ha ha! - à l’ouverture de la nouvelle aventure de Ramsay pour avoir la chance d’y croiser Sophie Durocher? J’espère que non!

De toute façon, les “slashs” viennent et vont. Hier, on s’intéressait aux blogues de musiques alternatives québécoises, aujourd’hui c’est les sites de mode, de bouffe, de vin et d’autres trucs épicuriens. Tendances, tendances, quand tu nous tiens!

Et la tendance de demain, ça sera quoi? Les sites qui répertorient les oiseaux avec des becs en forme de pénis, of course.

Aussi à lire: le billet de la Clique à ce sujet!
Derniers commentairesRSS
  • Alex Lauzon

    Amen!

    11 Août 2011 | Alex Lauzon | Montréal

  • Très bien dit, André. Mais je pense que tu sous-estimes la force du buzz que créent ces pique-assiettes 2.0. Qui se ressemble s'assemble et les suiveux des madames blogueuses style-de vie sont trend-whores eux aussi. Et pis 200 tweets sur comment la croquette de crabe du Globe est teeeeeelllllllllllllment bonne!!!, veux, veux pas ça te reste collé dans la tête.

    11 Août 2011 | Monsieur Ghislain

  • Dans le cas de la couverture du Laurier BBQ, «Journalisme gonzo» est l'expression approprié, considérant que Gonzo entretient un fétichisme envers les poulets.

    11 Août 2011 | Capitaine Dom

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