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Je vous l’annonce d’une seule voix : la mode bitch est officiellement dépassée. Celles et ceux (parce que oui, les bitchs mâles sont aussi concernés) qui n’êtes toujours pas sortis de la phase, remuez-vous. Vous risquez de vous faire remarquer et de vous sentir comme moi, en secondaire 2, quand j’ai réalisé que j’étais la seule à porter encore des bodys.
On a valorisé la bitcherie à outrance, on a organisé des soirées complètes dont le seul but était de parler du physique ingrat des absents ou de jouer à ‘’mon aura est plus négative que la tienne’’. Puis, bitcher est devenu une activité planifiée où il était soudainement bien vu d’être mesquin envers quelqu’un dans sa face, gratuitement et devant le plus large public possible. Quand je parle au passé, on s’entend : je parle d’il y a 5 minutes.
Mais là, c’est fini. On a fait le tour.
Humilier l’autre pour devenir roi, c’est out. Dans tous les bureaux de la terre, les rois de la bitcherie sont en déclin. Les mesquins par excellence sont périmés. Dépassée, la bitch avec un problème d’estime. La mode est maintenant aux Marc Hervieux confiants, fins avec tout le monde et toujours sur le bord de se mettre à chanter fort.
La gang du mouvement « People for good », en français « Pour un monde humain », ont bien compris le changement de tendance. Quelques twits (comprenez-moi bien : avec la nouvelle mode, être twit est devenu une qualité) ont décidé de faire du Canada un pays plus humain en distribuant des petits gestes gentils et des bonnes actions au gré du vent, pour embellir le quotidien des Canadiens. Acheter un café à un itinérant, pelleter l’entrée du voisin, mettre des sous dans les parcomètres des inconnus, donner son lunch à un collègue. Bon, donner son lunch à un collègue, c’est absolument exagéré (notre NIP un coup parti?) mais si les gens du People for good n’exagéraient pas, ils ne s’appelleraient pas ‘’un mouvement’’, ils s’appelleraient des attardés qui gaspillent leur argent dans les parcomètres des autres.
Quand on s’y penche davantage, non, ce ne sont pas de vrais twits. C’est une initiative sérieuse prise par Mark Sherman, président exécutif de Media Experts, une entreprise de stratégie et de négociation médiatiques qui exploite des bureaux à Montréal, à Toronto et à Vancouver, et par Zak Mroueh, président et directeur créatif de Zulu Alpha Kilo, une agence de publicité torontoise qui se spécialise dans le renouvellement des images de marque. Bref, c’est une campagne publicitaire qui sert à vendre un produit. C’est juste qu’ici, le produit n’est pas une tablette intelligente ou une voiture hybride, mais de la générosité d’esprit et des élans de bonté pure.
La campagne se termine le 21 août. Si vous avez envie de participer, c’est simple : une bonne action par jour pendant une semaine, sur le trottoir ou dans la file d’attente du supermarché. Si vous avez le temps et l’intérêt, vous pouvez faire comme George et partager avec nous l’impact qu’auront vos initiatives de grandeur d’âme sur autrui. Ou faire comme Jennifer et nous servir des vidéos désagréables avec une voix beaucoup trop sexy et un éclairage blasté qui vous donnera l’air d’avoir deux narines mais pas de nez.
Bien sûr, j’ai décidé de tenter l’expérience. Hier, j’ai apporté une pêche à mon comptable. Je ne vous dis pas le malaise. Il n’en a pas voulu et a fui mon regard tout le reste de la rencontre. Aujourd’hui, je vais m’en tenir à ouvrir la porte à un aîné. C’est moins risqué.
Pour être franche, j’ignore si un tel mouvement puisse avoir des répercussions positives à long terme sur notre capital social. Jusqu’à maintenant, la page Facebook de People for good est aimée par 558 personnes. Ça se rapproche tranquillement des 1 126 742 personnes qui aiment la page « Faire chier les gens ». On lâche pas.