Sortir de chez soi

Sortir de chez soi
8 Juin 2011

Par Marie-Andrée Labbé  |  Publié dans : blogue

Sortir de chez soi.  Trouver qu’il fait plus chaud qu’on pensait.  Penser à rentrer en enlever une couche.  Changer d’idée.  Se dire que c’est mieux que l’inverse.  Penser à l’histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide.  Ne pas avoir envie d’embarquer là-dedans.

Oublier deux secondes où on s’en va.  Ah oui.

Tourner sur Mont-Royal.  Croiser une vieille dame sur un vélo neuf.  Se demander s’il est neuf parce que A. La vieillesse d’une dame est toujours inversement proportionnelle à celle de son vélo. B. La dame passe son temps à scraper des vélos et à s’en racheter de nouveaux. C.  C’est un vélo volé.  Exclure immédiatement C.  Puis B. Puis A.

Regarder quelqu’un stationner en parallèle.  Penser à Tetris.  S’ennuyer du secondaire.

Enjamber une bouche d’égout.  Penser au démineur. Constater qu’on a quelque chose de pas réglé avec les jeux de patience et stratégie. S’ennuyer du cégep.  Constater qu’on a quelque chose de pas réglé avec son passé scolaire. Se rappeler à quel point on détestait devoir se chercher un métier.  À quel point on était bonne au démineur.  Combien on trouvait dommage que jouer au démineur ne soit pas un métier. Se souvenir d’avoir été souvent tiraillée entre l’envie d’écrire et celle de jouer au démineur. Se souvenir d’avoir un jour arrêté d’écrire pour sérieusement googler « compétition de démineur + Montréal ».  Se souvenir d’avoir été déçue par les résultats.  De s’être trouvée ridicule.  De s’être remise à écrire pour de bon.  Vraiment moins s’ennuyer du cégep finalement.

Continuer son chemin et ne pas avoir hâte au moment où on va croiser une vague connaissance.

Voir un chien qui a l’air d’un cheval.  Avoir l’idée soudaine d’écrire un pastiche québécois de film western mettant en vedette Martin Drainville.  Être certaine que tenir un revolver sur grand écran redonnerait de la prestance à Martin Drainville.  Craindre d’avoir vaguement entendu dire que Denise Filiatrault produisait quelque chose de semblable au Rideau Vert.  Stresser à l’idée d’avoir peut-être déjà volé l’idée de quelqu’un sans le vouloir.  Ne pas pouvoir s’empêcher de penser que Claude Robinson a gâché sa vie.

Avoir une envie sexuelle prompte.  Chercher la cause.  Exclure d’entrée de jeu Claude Robinson.  Se rendre compte qu’on suit un itinérant.  Constater avec inconfort que le dégoût et le désir se confondent parfois dangereusement.  Compatir avec tous les désaxés de la Terre.  Changer de bord de rue.

Croiser France Parent qui change de bord de rue en sens inverse.  Écarter pas mal la possibilité qu’elle vienne elle aussi d’être excitée par un itinérant.  Se demander sans trop d’insistance ce qu’il advient de l’autre gars de Bouledogue Bazar. 

Être saine d’esprit en n’entrant pas chez Farfelu.  Juger sévèrement les gens qui entrent chez Farfelu.  Attraper du regard un agenda funny dans la vitrine.  Y penser longtemps.
Voir une jolie fille sortir de chez elle en sautillant dans sa robe d’été fraîchement libérée de la garde-robe de cèdre.  Passer derrière elle et humer non pas le cèdre mais le lilas.  Se demander s’il y a assez de bois dans un lilas pour construire une garde-robe. 

Constater que les cols en V vont bien à tout le monde.  Voir poindre un début de réflexion sur la mode estivale 2011.  L’avorter instantanément.  Se rappeler qu’il est tellement plus agréable de réfléchir à l’intérieur de ses champs de compétence.

Croiser la fameuse vague connaissance qu’on craignait.  Trouver ingrat que les vendeurs de vêtements soient considérés comme de vagues connaissances.  N’avoir absolument rien à lui dire à part lui promettre de revenir à sa boutique.  Mettre un terme au malaise en lui inventant une ressemblance avec un acteur connu dans le but d’obtenir un rabais.  Ne jamais savoir (de l’expression « on ne sait jamais »).

Se faire saluer par quelqu’un au loin.  Entreprendre de lever la main pour lui rendre la politesse.  Se rendre compte qu’il s’adresse à quelqu’un d’autre.  Trouver la réalité tellement cliché.  Changer quand même la trajectoire de sa main et faire semblant de replacer sa bretelle de soutien-gorge.  Ne jamais porter de soutien-gorge, faute de besoin, mais parfois faire semblant que oui.

Arriver à destination.  Se foutre éperdument d’elle.  Entrer quand même rejoindre les autres.  Faire croire au monde qu’on a du fun à cause d’eux.  Penser tout le long au fait que Martin Drainville en cowboy, c’est vraiment pas fou comme idée. 

Être follement amoureuse.  Se dire que l’été sera bon comme jamais.






 













 
 


 

 

Sortir de chez soi.  Trouver qu’il fait plus chaud qu’on pensait.  Penser à rentrer en enlever une couche.  Changer d’idée.  Se dire que c’est mieux que l’inverse.  Penser à l’histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide.  Ne pas avoir envie d’embarquer là-dedans.   
Oublier deux secondes où on s’en va.  Ah oui.
Tourner sur Mont-Royal.  Croiser une vieille dame sur un vélo neuf.  Se demander s’il est neuf parce que A. La vieillesse d’une dame est toujours inversement proportionnelle à celle de son vélo. B. La dame passe son temps à scraper des vélos et à s’en racheter de nouveaux. C.  C’est un vélo volé.  Exclure immédiatement C.  Puis B. Puis A.
Regarder quelqu’un stationner en parallèle.  Penser à Tetris.  S’ennuyer du secondaire.
Enjamber une bouche d’égout.  Penser au démineur. Constater qu’on a quelque chose de pas réglé avec les jeux de patience et stratégie. S’ennuyer du cégep.  Constater qu’on a quelque chose de pas réglé avec son passé scolaire. Se rappeler à quel point on détestait devoir se chercher un métier.  À quel point on était bonne au démineur.  Combien on trouvait dommage que jouer au démineur ne soit pas un métier. Se souvenir d’avoir été souvent tiraillée entre l’envie d’écrire et celle de jouer au démineur. Se souvenir d’avoir un jour arrêté d’écrire pour sérieusement googler « compétition de démineur + Montréal ».  Se souvenir d’avoir été déçue par les résultats.  De s’être trouvée ridicule.  De s’être remise à écrire pour de bon.  Vraiment moins s’ennuyer du cégep finalement.
Continuer son chemin et ne pas avoir hâte au moment où on va croiser une vague connaissance.
Voir un chien qui a l’air d’un cheval.  Avoir l’idée soudaine d’écrire un pastiche québécois de film western mettant en vedette Martin Drainville.  Être certaine que tenir un revolver sur grand écran redonnerait de la prestance à Martin Drainville.  Craindre d’avoir vaguement entendu dire que Denise Filiatrault produisait quelque chose de semblable au Rideau Vert.  Stresser à l’idée d’avoir peut-être déjà volé l’idée de quelqu’un sans le vouloir.  Ne pas pouvoir s’empêcher de penser que Claude Robinson a gâché sa vie.
Avoir une envie sexuelle prompte.  Chercher la cause.  Exclure d’entrée de jeu Claude Robinson.  Se rendre compte qu’on suit un itinérant.  Constater avec inconfort que le dégoût et le désir se confondent parfois dangereusement.  Compatir avec tous les désaxés de la Terre.  Changer de bord de rue.
Croiser France Parent qui change de bord de rue en sens inverse.  Écarter pas mal la possibilité qu’elle vienne elle aussi d’être excitée par un itinérant.  Se demander sans trop d’insistance ce qu’il advient de l’autre gars de Bouledogue Bazar.  
Être saine d’esprit en n’entrant pas chez Farfelu.  Juger sévèrement les gens qui entrent chez Farfelu.  Attraper du regard un agenda funny dans la vitrine.  Y penser longtemps.
Voir une jolie fille sortir de chez elle en sautillant dans sa robe d’été fraîchement libérée de la garde-robe de cèdre.  Passer derrière elle et humer non pas le cèdre mais le lilas.  Se demander s’il y a assez de bois dans un lilas pour construire une garde-robe.  
Constater que les cols en V vont bien à tout le monde.  Voir poindre un début de réflexion sur la mode estivale 2011.  L’avorter instantanément.  Se rappeler qu’il est tellement plus agréable de réfléchir à l’intérieur de ses champs de compétence.
Croiser la fameuse vague connaissance qu’on craignait.  Trouver ingrat que les vendeurs de vêtements soient considérés comme de vagues connaissances.  N’avoir absolument rien à lui dire à part lui promettre de revenir à sa boutique.  Mettre un terme au malaise en lui inventant une ressemblance avec un acteur connu dans le but d’obtenir un rabais.  Ne jamais savoir (de l’expression « on ne sait jamais »).
Se faire saluer par quelqu’un au loin.  Entreprendre de lever la main pour lui rendre la politesse.  Se rendre compte qu’il s’adresse à quelqu’un d’autre.  Trouver la réalité tellement cliché.  Changer quand même la trajectoire de sa main et faire semblant de replacer sa bretelle de soutien-gorge.  Ne jamais porter de soutien-gorge, faute de besoin, mais parfois faire semblant que oui.
Arriver à destination.  Se foutre éperdument d’elle.  Entrer quand même rejoindre les autres.  Faire croire au monde qu’on a du fun à cause d’eux.  Penser tout le long au fait que Martin Drainville en cowboy, c’est vraiment pas fou comme idée.  
Être follement amoureuse.  Se dire que l’été sera bon comme jamais.






 













 
 


 

 











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