Mon oeil

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30 Mai 2011

Par Judith Lussier  |  Publié dans : blogue

Selon différentes études, nous mentirions en moyenne deux fois par jour.

C’est ce que je me suis dit en lisant l’histoire farfelue qu’a racontée ce candidat aux élections provinciales du parti conservateur de l'Ontario pour expliquer la présence gênante d’une photo de son pénis sur Twitter.

Évidemment, le politicien n’allait pas raconter à la presse qu’il lui arrive de prendre ses parties génitales en photo, pour le plaisir, et que, oups, ce dimanche, le Tweetdeck de son Blackberry s’est activé dans la poche de son pantalon et que la dernière photo prise, c’est-à-dire celle de ses bijoux de famille, s’est malencontreusement retrouvée attachée à un tweet. La locution «pocket-tweet», ou «twit de poche» aurait pu être inventée pour l’occasion.

Mais non.

Le bureau de l’homme dont il est question ici, George Lepp, a plutôt tenté de faire passer cette explication fort distrayante : le Blackberry de George aurait capturé par mégarde une vidéo depuis la poche de l’innocent candidat alors qu’il marchait, puis George se serait fait voler son téléphone intelligent par des voyous qui auraient alors twitté l’image depuis son compte.

Sceptiques, des journalistes de l’Agence QMI ont mené leur enquête : «plusieurs essais ont été réalisés [pour tenter de photographier des parties génitales avec un appareil photo fermé dans une poche de pantalon], sans aucun succès. On ne voit jamais rien qu’un tissu de poche de pantalon». Évidemment.

Certaines personnes s’en sortent avec de tels mensonges. Nous avons accepté l’explication «maladie de peau» de Michael Jackson jusqu’à sa mort, même si personne n’a jamais cru une seconde que des raisons médicales pouvaient véritablement expliquer le changement de couleur du roi de la pop.

D’autres s’en sortent même lorsque leurs mensonges sont gros comme ça, et avoués publiquement. On accorde encore une très grande crédibilité à Bill Clinton bien qu’il ait, en janvier 1998, affirmé qu’il n’avait jamais eu de relation sexuelle avec Monica Lewinsky, puis en août de la même année, conclu qu’il avait, à bien y penser, eu une «relation physique inadéquate» [impliquant un cigare] avec sa stagiaire. Des organisations sont prêtes à payer 300 000$ pour entendre l’un des plus grands menteurs de l’histoire des scandales sexuels s’entretenir sur la vie. Peut-être explique-t-il, lors de ses conférences, comment réussir sa vie après avoir affirmé une chose et son contraire.

D’autres s’en tirent, mais on ne sait pas qui. Par exemple, la page semble être bel et bien tournée sur cette histoire de nominations de juges qui opposait Marc Bellemare à Jean Charest. Dans ce l’un-des-deux-ment-gate, on ne saura jamais, vraiment, qui disait faux, et qui disait vrai, même si on s’en doute. On n’en parle déjà plus, et Jean Charest sera sûrement réélu aux prochaines élections.

D’autres s’en tirent moins bien avec le mensonge. Moi, par exemple. Quand je mens, j’ai chaud et le regard fuyant. Je ferais tilter n’importe quel détecteur de mensonge et échouerais lamentablement au jeu de Patrice L’Écuyer. Au lieu de mentir avec peu de conviction, je préfère d’emblée avouer mes torts. J’ai un oncle qui a consacré son doctorat à étudier le mensonge, expliquant qu’il est tout à fait adéquat, et même souhaitable, de mentir en situation sociale. Mais même à cet exercice, j’ai peu de talent. Je suis donc régulièrement inadéquate.

Heureusement, il arrive que de valeureux chiens de garde parviennent à semer le doute quant à des affirmations qu’on prend pour du cash. Certains d’entre eux arrivent même à faire cracher le morceau à des mythomanes plus adroits que moi.

Tel l’équipe de l’Agence QMI devant l’affirmation de photo de pénis prise dans une poche de pantalon, le journaliste Alain Gravel ne s’est pas laissé berné par la phrase «Je n’ai jamais consommé d’EPO de ma vie». Mais pour une Geneviève Jeanson démasquée, combien d’injections de botox non avouées, d’enfants illégitimes avortés, de femmes de chambres impunément violées?

Nous ne saurons jamais ce qui s’est véritablement passé le soir du 13 novembre 1994, ni la quantité de sperme que DSK a déversé sur le col de la femme de chambre du Sofitel, ni si Ben Laden est vraiment mort, mais une chose est certaine, quelqu’un nous ment dans toutes ces histoires.
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