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Mon but n’est pas de rire des gens sans recours. Mon but est de souligner une tare sociale qui s’est sournoisement infiltrée dans le paysage virtuel dès les premiers balbutiements d’Internet et qui a pris des proportions extravagantes depuis. Mais dans les faits, je m’apprête à rire des gens sans recours.
Lançons-moi d’abord la première pierre. Un jour, j’ai vu passer une souris dans ma cuisine. Comprenant viscéralement la définition de l’expression « ne pas avoir de recours », j’ai bondi sur la chaise de mon bureau à la recherche du moyen le plus efficace d’exterminer l’indésirable. J’ai, de mes blanches mains tremblotantes et avec toute la malice dont je suis capable, confectionné ce piège :
Une amie est débarquée chez moi, probablement en réponse à un appel de détresse que l’énervement m’a instinctivement fait placer. En voyant mes yeux terrorisés et la niaiserie instable que j’avais installée au milieu de ma cuisine, elle s’est exclamée: « Mais où t’as pris ça? »
« Sur Internet. »
Je ne suis pas la seule à compter sur mes faux amis du web pour régler mes problèmes du quotidien. Il y avait sûrement de la demande, puisque des sites comme ehow.com ont rapidement été créés afin de nous permettre de régler tous nos soucis et réaliser nos projets les plus fous, sans aide aucune. De comment espionner quelqu’un ou démarrer une ferme laitière à comment provoquer ses règles, en passant par comment apprendre l’alphabet écrit à tout un jardin d’enfants de 2 à 4 ans, tout est maintenant simple et possible grâce à ehow.
Évidemment, c’est là où les expressions « monsieur-madame-tout-le-monde » et « total anonymat » se rencontrent qu’il y a dérapage. Maintenant, il n’est pas rare d’entendre des histoires d’horreur impliquant un ami d’une vague connaissance qui a tapé la question suivante sur un forum santé : « Comment guérir soi-même une chlamydia? » Pour ensuite apprendre qu’il s’est injecté lui-même un mélange de vinaigre et d’alcool à friction par intraveineuse sous les conseils insistants de sebass301. Après, bien sûr, avoir répondu explicitement à la question de monpitou : «As-tu des picotements dans la verge? » et après avoir choisi d’ignorer le commentaire de sperme69 : « Protège-toé côliss. »
Bien sûr, tout n’est pas le diable sur les forums. On peut s’y trouver un partenaire d’échec, de badminton, de sexe ou de motoneige en criant ciseau. On peut savoir à l’avance, grâce à la grande gueule de certains globetrotteurs épanouis, si un hôtel est infesté de coquerelles ou si le personnel est malintentionné. Et comment vous dire tout l’argent que j’ai épargné grâce aux forums d’assistance informatique, et tout le plaisir que j’ai à lire les rencontres manquées sur Craigslist. Mais si on pense faire du diabète de grossesse, de grâce, il est interdit de consulter tantejocelyne sur Doctissimo.ca.
Ah, pendant qu’on y est. Il y a celui-ci, un dénommé hello-du-47, qui fait appel à nous pour un travail littéraire (sic) : « Bonjour, Je dois inventer un interrogatoire d’un suspect qui serait suspecté d’avoir comit un crime. ? Si quelqu’un pouvais m’aider avant jeudi ! Merci.»
Bon. Moi, je suis vraiment débordée d’ici demain mais si quelqu’un se sent d’attaque… Quelqu’un de fort en suspense policier, genre Christine Brouillet ou Benoît Dutrizac. Allez, une bonne action pour un être sans recours.