Tu ne paies rien pour attendre

Tu ne paies rien pour attendre
25 Mars 2011

Par Judith Lussier  |  Publié dans : blogue

L’autre jour, quelqu’un m’a dit ça. «Tu ne paies rien pour attendre». En fait, il me l’a même écrit. C’était le rédacteur en chef d’un magazine à qui je venais de proposer une collaboration et, en toute humilité, je dois vous avouer que je me suis demandée longtemps si sa réponse était positive ou négative.

J’avais vaguement souvenir d’avoir entendu cette expression. Probablement dans Tintin. Mais jusqu’à ce qu’on me la serve à moi, je ne m’étais jamais vraiment questionnée sur sa signification.  

L’expression qu’aurait dû m’écrire mon ami rédacteur en chef est plutôt «tu ne perds rien pour attendre». En fait, il n’est pas le seul à être confus par le «r» de «rien» qui pourrait laisser croire que l’on paie en faisant la liaison sur le mot suivant. Lorsque j’ai parlé à ma sœur de ma difficulté à comprendre cette expression, nous étions deux à nous demander s’il fallait «payer» ou «perdre» pour attendre. En googlant le morceau de phrase, j’ai compris que nous étions peut-être un million de francophones à nous poser la question. J’ai cru Larousse sur ce coup. C’est perdre, qu’il faut dire : «Tu ne perds rien pour attendre».

Mais qu’à cela ne tienne, qu’il faille que je perde ou qu’il faille que je paie, je ne comprends toujours pas cette expression. Perdre quoi, payer quoi, pour attendre quoi? De collaborer à son magazine? Est-ce que ça veut dire que je devrai attendre longtemps, mais que je n’aurai pas à payer pour le faire? Est-ce un genre de prix de consolation? De toute façon, attendre, c’est gratuit, non? Sauf quand on est pigiste et qu’on a un loyer à payer, mais ça, c’est une autre histoire.

Quant à ne rien perdre pour attendre, en fait, c’est mauvais. Selon Larousse (j’ai vraiment ouvert le dictionnaire, ne trouvant pas d’explication fiable dans Google) ça veut dire que je n’échapperai pas à «une punition ou une revanche».

Je demeure confuse. Normalement, quand on m’explique des expressions même complexes, je les comprends. Par exemple, tout le monde a éprouvé un peu de difficulté avec un «tiens» vaut mieux que deux «tu l’auras», ne me dites pas le contraire. Jusqu’à ce qu’on comprenne qu’un «tiens» correspond à un impératif entre guillemets pour signifier la citation, la phrase est incompréhensible en plus d’être grammaticalement incorrecte.

La phrase «tu ne perds rien pour attendre», pour sa part, est incomplète. Voilà. C’est dit. On ne saura jamais, à moins d’ouvrir le Larousse, qu’est-ce que l’on devrait perdre pour attendre quoi. Parfois, on croirait que les locutions anciennes ont échappé des bouts quelque part, entre deux bâillements de moine copiste. L’une a perdu ses guillemets, et l’autre, sa raison d’être. Et nous, pauvres contemporains, devons feindre de comprendre pour ne pas avoir l’air trop inculte, ce que signifient ces maximes qui ne veulent plus rien dire. Et nous les utilisons à tort et à travers, mais au travers de quoi, on ne le sait pas.

Ce billet, c’était un peu pour remonter le moral à mon ami Steve, qui croit que nous, la jeunesse, ne sommes plus assez curieux pour tenter de comprendre ce que signifient les expressions «Parler français comme une vache espagnole» ou «Se fendre le cul en quatre». Je voulais lui montrer que certains d’entre nous ouvrent encore le dictionnaire. Et que non, notre curiosité ne se résume pas à cliquer sur des liens de vidéos intitulées «Couple baise en public» ou «Quelle conne, cette animatrice». Ceci dit, je n’ai toujours pas compris si Xavier voulait que j’écrive ou non pour son magazine, et surtout, dans combien de temps. Stp, Xavier, si tu lis ce billet, pourrais-tu préciser ta pensée? Merci.
Derniers commentairesRSS
  • Bravo PLR! Excellente analogie

    2 Oct 2013 | Jiggy

  • Le dictionnaire libre Wiktionnaire, avec des explications bien claires, nous explique que ça « se dit pour indiquer que le paiement, pour être retardé, n’en est pas moins assuré » et que par extension, « se dit pour exprimer que le retard apporté à quelque chose n’est pas un préjudice et peut même être un avantage ». C'est peut-être ça qu'il voulait dire, le fameux rédac...

    Finalement, il y est également indiquer que ça « se dit pour indiquer que l'on infligera un châtiment, une punition, une vengeance, tôt ou tard », tel que vous l'avez mentionné.

    10 Déc 2012 | Valent

  • Cette expression provenant d'un rédacteur porte à confusion, elle amène à se demander ce qu'il a bien voulu dire, puisqu'on espérait une réponse et là on est pris avec ça...Mais, l'expression "Tu ne perds rien pour attendre" est quand même courante dans les films et/ou dessins animés où il y a confrontation entre bon et méchant. Ça fait partie du branding du méchant dans Inspecteur Gadget, on l'entend dire "Tu ne perds rien pour attendre, GADGET!" à chaque fin d'émission, si je ne me trompe pas. Ninja Turtles, Batman, etc., même chose.

    30 Mars 2011 | Murphy Cooper

  • Joël Martel

    Tant qu'à répondre avec des locutions nébuleuses, autant n'envoyer que des réponses à la Steve Jobs. Genre: oui ou non tout simplement. Bon billet, soit dit en passant.

    30 Mars 2011 | Joël Martel

  • Oups !

    Lire : "Ceci n'étant dit que..."

    29 Mars 2011 | Jérôme Houard

  • Difficile en effet de comprendre ce qu'a bien pu vouloir dire ce rédacteur en chef.

    Mais de là à décréter que l'expression a "perdu sa raison d'être", ben voyons ! Idem pour "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras". Des tas de gens utilisent encore ces deux expressions à bon escient. Ne pas les comprendre ne suffit pas à conclure qu'elle ne veulent "plus rien dire". Quant à feindre de comprendre, personne ne nous y oblige. Et, si c'est une façon de ne pas passer pour un(e) inculte, c'est surtout la meilleure façon de le rester.

    Si je me souviens bien de la chronique de Steve Proulx (et si je l'ai bien comprise), je ne suis pas sûr qu'il trouve dans ce billet matière à se remonter le moral. Lui qui préconisait de "se fendre le cul en quatre" pour trouver une information ne se réjouirait pas beaucoup, je crois, de voir que "la jeunesse" ne dégaine son Larousse que pour suppléer Google, lorsque besoin. Car après tout, si Google t'avait fourni une réponse fiable sur ce coup, tu serais tombée pile dans le travers que Steve Proulx dénonçait : l'acquisition d'une information sans valeur parce qu'obtenue sans efforts, et vite oubliée parce que vite apprise.

    Ceci étant dit que pour alimenter le débat.

    29 Mars 2011 | Jérôme Houard

  • Confusion légitime.

    Pas fort, de la part d'un rédac' chef de répondre l'équivalent de «attends-toi à des représailles» en glissant au passage une grosse faute dans une expression archaïque. Ça me rappelle un patron qui répondait souvent «autant faire ce peu» (Note pour les moins curieux : on dit «autant que faire se peut», ce qui signifie «autant que possible»). Mais au moins, lui ne vivait pas de sa plume.

    25 Mars 2011 | Olivier Bruel

  • Xavier K. Richard

    http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20100606215145AAGQ0r1

    25 Mars 2011 | Xavier K. Richard | Val-Alain

  • comme il dit.

    25 Mars 2011 | Philippe

  • Je ne suis ni linguiste ni académicien mais "tu ne perds rien pour attendre" se dit à quelqu'un qui vient de poser une mauvaise action et qu'on ne peut punir sur le champs. Cela signifie que la punition qui viendra plus tard ne sera pas moindre parce que différée.

    Exemple : un enfant fait une bêtise lorsqu'on est dans un lieu public, il sera puni à la maison car le lieu public n'est ne le lieu, ni le moment. Mais il ne perdra rien de sa punition à attendre le moment ou elle va lui tomber dessus.

    25 Mars 2011 | PLR

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