Ma révolution tranquille

Ma révolution tranquille
24 Jan 2011

Par Mélissa Verreault  |  Publié dans : blogue

J’ai toujours été du genre à m’insurger contre l’injustice, à rougir d’émotions lorsqu’on portait atteinte à mes valeurs, à défendre passionnément la veuve, l’orphelin et tous leurs voisins. Mais depuis quelques semaines, on dirait que plus rien ne me fait ni chaud ni froid – peut-être un petit peu plus froid que chaud quand même, à cause du facteur vent.

Je suis fatiguée. Pas entièrement blasée, juste réaliste, probablement. Ou vieille ? Je fais ma petite affaire sans rien demander à personne. La vie est si facile depuis. Je continue de contribuer à ma manière, du mieux que je le peux. De déposer mon carton au recyclage, de mettre du petit change dans le gobelet de café vide d’un itinérant une fois de temps en temps, d’être une oreille attentive pour mes amis, de penser aux autres, mais aussi à moi. Je crois humblement que je suis une bonne personne. Simplement, je ne me bats plus.

Quand, aux nouvelles, Céline me parle du soulèvement populaire en Tunisie, du retour de Duvalier en Haïti, de la crise en Côte d’Ivoire, du rapport (inutile) de Bastarache, des caisses de fonds de pension qui se vident aussi rapidement que des boîtes de Smarties, du 5e anniversaire de la prise de pouvoir de Harper, de la tuerie à Tucson, de tout ce qui ne va pas mais alors là pas du tout, je demeure insensible. Même les bonnes nouvelles me laissent indifférente. J’aurais dû me réjouir, moi qui ai signé la pétition pour un moratoire sur les gaz de schiste, en apprenant que le ministre québécois de l’Environnement était soudainement devenu inquiet des conséquences que pourraient avoir cette industrie. Je n’ai pas levé un seul poil de sourcil. Je m’en fous. Le monde peut bien faire ce qu’il veut, je n’en ai plus rien à cirer.

Je compte bien aller voter, la prochaine fois que la population sera appelée aux urnes, par réflexes, par principe, je ne sais trop, mais j’irai. Je continuerai de respecter les lois, la signalisation routière et les croyances religieuses de mes compatriotes. Je ne suis pas devenue anarchiste, nihiliste, défaitiste ou spiritualohomophobiste, comme notre amie Brigitte. Je n’ai pas déchiré mon contrat social, je ne compte pas démissionner de mon rôle de citoyenne, je ne suis pas au bord du suicide. Le monde est parfois beau, les gens sont souvent gentils et je suis, généralement, heureuse. C’est tout.

Qu’est-ce qui m’est arrivé ? D’où me vient cette soudaine neutralité, cette indifférence doublée d’une sérénité étrange ? Est-ce un nouveau virus qui court – l’équivalent du H1N1, version 2011 ? C’est la saison après tout. J’ai peut-être chopé une sale cochonnerie qui me rongera tranquillement jusqu’à ce qu’il ne me reste plus aucune sensibilité. Pourtant, il y avait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi bien. Mon horoscope – l’ancien, celui d’avant la crise des signes du zodiaque – le dit lui aussi : vous avez la forme. Rien ne pourrait vous arrêter.

Je devrais peut-être aller voir un docteur, histoire de m’assurer que je ne couvre pas une dépression aigue qui aurait décidé de se déguiser en bonheur tranquille. Je n’ai pas de médecin de famille, alors je devrais aller au sans rendez-vous. Et quand la réceptionniste me demanderait d’indiquer sur un bout de papier la raison de ma visite, j’écrirais quiétude inhabituelle. Elle m’inviterait alors gentiment (ou bêtement, faut pas trop espérer) à rentrer chez moi. Ce que je ferais, sans broncher. Parce que ce ne serait pas grave. Rien ne l’est plus, voilà.
Derniers commentairesRSS
  • Mélissa Verreault

    @ Nadia et Bastien: J'espère que vous avez tous les deux raisons en fait...

    À tous ceux que mon message a «heurté»: quelles solutions vous proposeriez (réalistes ou non), pour éviter que ces sentiments d'indifférence et d'impuissance ne se répandent trop dans la population déjà désabusée? J'ai mes idées, mais j'aimerais entendre les vôtres.

    25 Jan 2011 | Mélissa Verreault | Montréal

  • Je constate que vos confidences m'égratignent la conscience.... parce qu'elles semblent traduire la réalité d'un groupe de personne toujours croissant. Nous avons l'impression de plus avoir de contrôle sur notre monde, notre société....notre environnement. Alors on pense à notre bonheur...on tente de suivre la doctrine "positiviste" que notre société nous rentre dans la tête depuis les 20 dernières années. La seule chose que je constate...c'est que nos dirigeants on réussit à nous écoeurer...et que les gens choisissent d'abdiquer au lieu de se battre et de s'affirmer. Mais les choses vont changer....je suis "POSITIF"!!

    25 Jan 2011 | Bastien

  • Nadia Brodeur

    Je partage ces sentiments. Je crois qu'il est tout à fait humain d'avoir des hauts et des bas; des moments d'inspiration, de lutte, de création mais aussi de repos et de respect de soi. Tout est ainsi... la nature entière. Le corps et la psyché de l'homme n'échappent pas au grand cycle. Ça peut être très sain... si ça ne s'éternise pas! ;)

    24 Jan 2011 | Nadia Brodeur | Iles de la Madeleine

  • Mélissa Verreault

    @ Hector: Merci.

    @ JP: je n'ai jamais dit que j'avais capitulé, j'ai simplement avoué publiquement (ce que d'autres n'auraient peut-être pas le courage de faire, non?) mes sentiments qui, je le crois, sont malheureusement partagés par plusieurs. Je me sens totalement dépassée par les événements et cela a pour conséquence de m'obliger à me créer une carapace. C'est dommage, j'en conviens, mais pathétique, pas sûre. Et puis vaut mieux garder ce genre de jugement pour soi je crois. Moi, je n'ai attaqué personne...

    @ Jean-François: Me connaissant, je risque effectivement de m'en remettre et cela ne devrait être qu'une passe, ne t'en fais pas ;) J'imagine que cette accalmie me servira finalement à recharger mes batteries de battante!

    24 Jan 2011 | Mélissa Verreault | Montréal

  • Allo Mélissa,j,ai touvé ton commentaire décourageant .Par contre je ne te lancerai pas de

    pierre ,car moi aussi j'ai mes "passes" de découragement.

    Je crois même qu'elles sont bénéfiques du moment qu'elles me servent d' élans pour rebondir dans ma soif de justice et dans ma croyance que nous devons lutter pour ce en quoi nous croyons,c'est ça être un citoyen responsable selon moi.

    De grâce ,fait de même,car tu as des talents et une conscience qui t'ont été accordés dans

    un dessein quelquonque qui n'est surement pas celui d'être fataliste.Alors,bon rebonds : )

    24 Jan 2011 | jean-François,3-Riv.

  • Bel aveu de capitulation... vraiment pathétique à lire.

    24 Jan 2011 | JP

  • Très bel article, merci.

    24 Jan 2011 | Hector Baldino

  • Mélissa Verreault

    Effectivement, je crois que c'est un mode de protection pour m'éviter la folie... Mais suis-je protégée pour encore longtemps?!

    24 Jan 2011 | Mélissa Verreault | Montréal

  • "But there is another kind of evil which we must fear most, and that is the indifference of good men"

    24 Jan 2011 | bk

  • What a brave new world en effet!

    Je comprends ce que tu écris Isabelle et ce n'est rien de personnel mais c'est une situation pathétique. De toute façon, que ce le soit ou pas, ça ne dérange personne...

    24 Jan 2011 | Freddyatali

  • Je pense que c'est juste un réflexe de survie pour nous protéger...Les gens sensibles (plus que d'autres..) doivent se trouver des moyens de défenses! ;)

    24 Jan 2011 | Michelle

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