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Yeux rieurs, look de rebel, sex-appeal indéniable…
Ça ne fait pas de doute : Maurice Harvey est le Jean-Pierre Ferland de la sculpture sur marbre.
Entrevue dans son atelier plein de poussière à Saint-Jean-Port-Joli.

Êtes-vous un vrai rebel?
À 15 ans, on me traitait déjà de bum. J’avais décroché de l’école et je passais mes journées en forêt pour pêcher et chasser. Je ne voulais pas suivre les normes. J’étais têtu et je pense que c’est ce que ça prenait pour devenir un bon sculpteur.

Pourquoi?
La sculpture, ça ne s’enseigne pas. Il ne faut pas que le sculpteur soit déformé par l’école. Il doit se foutre des conventions et faire seulement ce qu’il a le goût de faire.

Comment avez-vous appris alors?
En pratiquant et en faisant les 100 erreurs. Quand une pièce n’était pas à mon goût, je ne la vendais pas ou je la détruisais. Comme ça, j’améliorais tout le temps mon rendement.

Aujourd’hui, arrivez-vous à vivre de la sculpture?

Ça fait 45 ans que c’est ma seule source de revenu. Je vends mes œuvres à des collectionneurs qui veulent des pièces qui sortent de l’ordinaire. Ils me disent les folies qu’ils ont dans la tête et je les taille dans le marbre.

Quelle est la particularité de cette pierre?

Avec le marbre, on peut créer des jeux d’ombre et de lumière. C’est aussi une pierre qui est éternelle, contrairement au bois qui peut se détruire. Moi, j’aime les choses qui restent dans le temps.

Est-ce que c’est plus difficile à travailler que le bois?

Non, la seule différence, c’est qu’il faut connecter avec la pierre. Si tu n’es pas connecté, elle ne te dit rien. Il faut que tu la sentes.

Et comment fait-on pour se connecter avec elle?

Il faut comprendre ses sons, savoir reconnaître quand elle est sur le bord d’éclater par exemple. Ça, c’est un don que j’ai reçu. Je ne l’ai pas appris nulle part.

Ah oui?
J’ai vraiment l’impression de l’avoir déjà été sculpteur dans une autre vie. On dirait que je répète ce que j’ai déjà fait. Mon travail, c’est mystique.