Ils ornent nos cours avant, ils sont les gardiens passifs de nos rues. Du haut de leur mât, leurs portraits flanqués de sourires hypothéqués veillent sur nos villes et  villages: les pancartes d’agents d’immeubles sont nos épouvantails modernes.
Mais aujourd’hui notre relation aux épouvantails est inversée.  On ne les plante plus chez soi pour repousser les corneilles, on les installe devant la maison pour attirer des moineaux en moyen. Leur grosse face d’agent d’immeuble sur la pancarte procure ce sentiment de familiarité donc de confiance nécessaire pour faire une transaction. Ces épouvantails urbains n’existent que pour nous serrer la main.
Et puisqu’ils inspirent tant la tranquillité d’esprit, on devrait en planter davantage dans nos parcs, dans nos cours, bref, embellir le Québec avec leur bouille vaguement sympathique.  Ça ferait sûrement baisser la tension à Montréal-Nord.
Ma seule question ; qu’est-ce qui justifie de mettre sa face en gros sur une pancarte pour vendre du pied carré? Les dentistes, les épiciers, les mécaniciens n’ont pas leur portrait dans la ville. À date, seuls les politiciens et les frères Tadros se donnaient cette liberté.  Qu’est-ce qui pousse les agents d’immeubles avec leur grosse face à s’approprier l’espace public?
Je vois 3 raisons potentielles :
1.Narcissisme
Sourcils parfaits, habit Tip Top Taylor immaculé. Est-ce qu’une régie quelconque choisit les plus beaux spécimen ou est-ce une sélection naturelle?
2.Célibat
Avec leurs horaires chargés, il est difficile de rencontrer l’âme sœur.  Un numéro de pagette matche une face.  Même technique que dans les sites de rencontre : on attire la proie avec une photo du visage où on ne voit pas le reste du corps.
3.Évangélisation
C’est connu, les symboles religieux disparaissent de l’espace public. Cette laïcisation laisse toute la place à ces nouveaux visages d’apôtres. Regard d’un peu de haut, toujours la même pureté de sourire. La nouvelle évangélisation passe par la commission?
Mais peu importe la raison qui légitime leur présence. Où vous poserez les yeux, ils seront là. Perchés sur leur branche, ils  veillent sur nos villes. Les épouvantails urbains vous guettent.