bellepro612

Quand je suis arrivée dans Hochelaga en 2010, j’ai tout d’suite catché que mon nouveau quartier serait une source inépuisable d’anecdotes. À tous les jours, j’allais prendre une marche pour m’adapter à mon nouvel environnement et par le fait même, observer le Crotté d’l’Esss d’Amérique dans son habitat naturel. Pas que j’avais décidé sciemment d’en faire une étude sociologique, mais j’avoue avoir succombé instantanément aux charmes de mes voisins. Je les trouvais bruts, vrais et exempts de bullshit.

Faut dire que j’avais vécu une bonne dizaine d’années sur le Plateau et j’en avais sérieusement ma claque. Ça me tannait, la conformité dans laquelle se complaisaient ses habitants; conformité à laquelle je n’adhérais d’aucune façon: j’avais pas d’chien, pas d’poussette à 1000 piasses, pas d’poules domestiques et surtout, pas d’brebis nourrie au compost dans ma cour pour me tricoter un esti d’chandail de laine équitable avec des motifs de sapins, une fois d’temps en temps.

Dans l’Esss, t’as l’droit de sortir de chez vous motté. À la rigueur, c’est bien vu. Tu t’fonds dans la masse pis tu passes inaperçu pareil comme si tu t’étais déguisé en cône orange. Pis ça, moi j’trouve ça priceless en esti, parce que c’t’un peu comme si tu sortais vêtu de ton salon.

Une de mes places préférées d’Hochelaga, c’est La Belle Province sur Ontario, entre Nicolet et Valois. Ça m’a pris du temps avant d’oser y entrer à cause de la grosse bunch de Crottés qui s’tient là à journée longue, ça m’intimidait. Mais un jour, j’ai pris mes couilles à deux mains pis j’suis rentrée. C’était un dimanche midi automnal, j’étais décalissée d’la veille au plus haut point, j’devais puer l’vieux Jameson à 10 pieds en avant, j’avais du mascara jusqu’aux genoux, on aurait dit que j’m’étais crissée les deux doigts dans une prise de 220V tellement mes cheveux étaient tout croche pis j’étais habillée comme la chienne de l’autre. Faique, j’me suis dit que c’était l’bon moment.

Pour rentrer là, faut d’abord que tu traverses la horde de Crottés qui sont en train d’fumer des clopes en avant. Même que des fois, faut que t’enjambes des quadriporteurs stationnés qui s’font recharger la batterie grâce à une rallonge qui sort de la fenêtre. Tout ça sous le regard un peu surpris des Crottés, qui t’jugent en s’brassant la poignée d’screening dins poches et en se demandant bien qu’est-ce tu fais là, toi, fille de la «haute», (aussi réduite à néant qu’tu sois), dans LEUR belle Pro. Parce que c’est SA Belle Pro, oui. Y’a un bill ichitte, lui.

Mais tout ça, c’est probablement des projections que j’me fais. J’ai la tête dans l’cul, j’m’imagine que tout l’monde me juge pour les conneries que j’ai faites la veille et qui me reviennent tranquillement en tête au fur et à mesure que le nuage de vapeurs éthyliques dans mon cerveau se dissipe. Finalement, c’t’un peu normal que ces gens me regardent bizarre, j’arrive là en marmonnant toute seule des : «ah neunon… iihhh…oufff…ostsss…»

Bref, tout ça passé je franchis enfin la porte.

Quel accueil !

En deux secondes, j’étais devenue la chérie d’la caissière.

Elle me l’a dit !

– Cha va être quoi pour toé ma chérie?

J’me commande un classique deux œufs-bacon-tournés-pain-blanc et je vais m’assir (parce qu’ici on ne s’assoit pas). C’est une p’tite Belle Province, y’a juste deux rangées d’banquettes, faique quand y’a ben du monde, on dirait un party d’famille parce que tout l’monde se connaît. C’est crado à souhait, les banquettes sont turbo-décrissées, rafistolées avec un mélange de duck-tape pis de résine. Tout date de 1983, le décor, la bouffe, le staff. Mais surtout, y’a d’la vie. Si t’avais l’intention d’avoir la paix, c’est raté. C’est clair que tôt ou tard quelqu’un là-d’dans va t’parler, soit en te rendant complice d’une niaiserie qu’il balance à un autre, soit en commentant à haute voix c’qui s’passe à la télé qui est accrochée au mur et en recherchant ton regard approbateur, soit en t’adressant carrément des plaintes sur tous sujets, comme si tu y pouvais d’quoi.

Anyway, j’étais pas venue là pour avoir la paix.

La caissière/serveuse/chétive/jaunie m’amène enfin mon assiette, en maugréant tout le long de sa courte route :

– Hey j’ai même pas eu l’temps d’fumer une demi chigarette tellement chu dans l’jus depuis chept heures à matin.

J’me sens un peu coupable mais j’attaque quand même mon déjeuner qui fait aussi office de gloss à lèvres dû à son caractère ultra graisseux. Peu après, le cuisinier sort d’en arrière de son comptoir, il vient m’voir pis y m’dit :

– Pis la p’tite, t’as tchu fini toute ton achiette?

– Oui, merci.

– Bon ben t’as l’droit à un dechert.

– Ah ouin c’est quoi?

Et là, il me sort une grosse boîte de Tim Horton et m’offre un beigne.

Wow! On m’offre du Tim à la Belle Pro, quel quartier merveilleux. Si j’vas au Dollarama, y vont tu m’donner des cossins d’chez Rossy?

Faique j’ai pris une roussette pis j’ai payé. Mais avant de quitter, j’ai laissé du cash Canadian Tire sur la table en guise de pourboire, question d’leur montrer que j’avais ben compris la game.

  • francois

    Pathétique

  • Maï

    Y’a du frileux icitte dans !

  • l’awte Val

    Vous êtes de hateux de mawrde! Val t’es la meweweure! Big love à la femme la plus hot de cet univers. Les auwtes vous avez rien compris à mad amesti sti!

  • Steffers

    Y’ a une Roxanne qui a fait un lien dans sa tete entre ce texte la et Tremblay ou Deschamps…pouahahaha! Ah les gens…Merci de me faire eye roller forever :D

  • Marie-Claude Leclerc

    Il y a de tout dans le quartier c’est ce qui fait son charme. Je sors peu / faute de sous. Il y a Ontario qui ressemble de plus en plus au Plateau. J’habite en bas de Ste-Catherine, c’est moins « trendy » mais il y a un mélange tellement plus vrai / authentique. Un village de ceux qui sont nés ici,ceux qui essaient de développer le quartier pour le garder en vie et ceux qui voguent à la dérive soit les toxico-les prostitués, les pimps. et les nouveaux qui s’installent et aiment le quartier (étudiants, jeunes couples etc). Il y a malgré tout, une certaine solidarité observable dans les petits détails comme laisser ses bouteilles consignées à côté du bac de recyclage pour les itinérants, des vêtements chauds ou tout autre objet utile en évidence. Planter des fleurs dans les ruelles etc une vie communautaire qui se brode tranquillement et sans jugement. C’est ce que j’adore du quartier, juste y contribuer discrètement est un plaisir. J’observe et m’implique dans la mesure de mes moyens. Un grand village qui a besoin d’aide plus que d’être juger,

  • Em

    Je suis perplexe et toute en ambiguïté face à ce texte. Je ris un peu jaune. Peut-être parce que je ne vis pas juste dans le même quartier mais à quelques pas de l’endroit et des gens qu’elle décrit et qui font partie en quelque sorte de mon quotidien. Je n’arrive pas à me défaire de cette impression d’insulte déguisée en blague qu’on excuse avec le second degré. J’aime pourtant le sarcasme, la caricature et l’exagération, mais je ressens quand même un malaise. Il est vrai que ce resto est désuet mais toujours plein, il est vrai qu’on doit passer ces « boucaneux », mais qui ont toujours un sourire et un bonjour, et si le sourire leur est retourné ils vous ouvriront même la porte. Il est bruyant mais plein de vie. Les solitudes s’y rassemblent, c’est ça les restos de quartier. Je comprends son intention, mais le coup est manqué pour moi du moins.

  • Mister x

    Premièrement, ce n’est pas parce que quelqu’un critique qu’il n’a pas compris, qu’il est méchant ou jaloux, chacun a la droit de partager son opinion comme ce texte partage une vision. La liberté d’expression est autant possible par l’auteure que par le lecteur.

    Deuxièmement, plusieurs parlent de deuxieme degre, mais si on relie les commantaires, ceux-la n’explique jamais ce deuxième degre qu’il voit dans ce texte. Alors j’invite les prochain a le faire. Ne pas rire a la lecture de ce texte n’est pas un manque d’humour, vous avez le droit de trouver ca drole comme on a le droit de ne pas trouve ca drole, rien a voir avec notre soi disant débilité ou le fait qu’on est coincé. Moi je ne critique pas l’auteure en disant quelle est huppé , je critique que sont texte… Si tu me dit que toi t’as ri, je te respecte quand meme mais ca ne rend pas le texte bon. Deschamps lui exposait une situation a changer en exagérant des attitudes, ici on est tres loin de ca… On veut éveiller quoi, que les gens du quartier sont crotte et parlent mal? Qu’est ce qu’elle souligne qui fait changer comme société? On parle meme pas de pauvreté mais de la pauvreté de leur langage, ce qui est selon moi méprisant.

    Troisièmement,les gens ici jugent l’article qui est présente, ils n’ont pas a se taper l’œuvre complète de mad. Et ceux qui la defende en disant qu’il la connaisse, peut-être que votre distance critique est trop courte parce que tssse, si c ta genr friend pi qu’tu trip tujours sssu sska ecrit, tu peux avoir droit quand meme de dire que ce texte était tres moyen, on te jugera pas et elle en mourra pas non plus!

    Critiquer c’est aussi vouloir que ce soit meilleur la prochaine fois et souligner ce qui va pas pour l’améliorer. D’un lecteur assidu d’urbania.

  • Archiloque

    Le second degré est devenu le refuge des adulescents qui confondent humour et mépris.

  • andre lessard

    premièrement je voulais vous aviser que se n’est plus le même propriétaire depuis le mois d’octobre beaucoup de chose ont changer à la belle pro environnement est plus sain ses beaucoup plus propre la nouvelle proprio est super gentille moi je vais manger la à tous les jour et ses super bon je n’est que de bon commentaire tu devrais peut être revenir pour te refaire une nouvelle idée bravo à la nouvelle proprio sandy continue ta bouffe est super pis ton resto aussi

  • Geneviève H.

    Faut être prudent avec le 2e degré, c’est pas toujours réussi… Et ici, le mépris dépasse de loin la réflexion! Je pense comprendre que c’est un personnage et qu’elle dénonce justement cette attitude que certains « nouveaux résidents » ont (enfin, j’espère que c’est ça!!), mais, franchement, c’est trop insultant pour avoir un quelconque recul.
    Désolée si je n’ai pas aimé, je pense que j’en ai bien le droit ;-)

  • philo

    Merci! J’ai bien rigolée!! et pour ceux qui sont offensé…tant pis! Faites l’humour pas la guerre…

  • M.

    un deuxième degré n’est pas une excuse a tout. Il y a un malaise dans ce texte. c’est déplacé… ça va trop loin. Ce n’est pas une question de savoir rire ou pas mais en plus le style d’écriture devient lourd avec les sacres au trois mots.. Trop c’est comme pas assez. On peut écrire ce que nous voulons mais je crois que le respect doit demeurer. C’est ce qui manque ici.

  • Olivier

    Beaucoup plus d’amour dans ce texte que dans les commentaires qui le suivent. Plusieurs détracteurs ( qui pour la plupart utilisent des pseudonymes, pas très courageux), parlent de deuxième degrés, je ne suis pas si sûr que ?a qu’il y en ait un. Bon , elle les appelle les crottés, la belle affaire, en dehors de ça , y’est où le mépris dont vous parlez ? Elle les trouve sympathiques, chaleureux, vivants . Êtes-vous à ce point déconnectés du monde que vous ne tolériez pas qu’on s’en amuse un peu ? Hey les censeurs, les prudes, les lisses, les contrôlants, lisez un peu, on a vu bien pire, mais surtout, vivez un peu avant de vous dessécher a force de trop bien penser .

  • yo

    Moi je trouve que ce qui rend la beauté du moment d’autant plus touchante, c’est justement le contraste avec le soi-disant terme « crotté », sale, crade.. tout ce que tu veux. Je m’excuse, mais ces endroits sont objectivement crades, j’y suis allée c’est tout simplement la réalité. Elle a su révéler la beauté la dedans, détourner le regard de ce qui est apparent et voir plus loin. C’est une figure de style si on veux. Je la défends pcq je sais c’est une personne de grand coeur, authentique, qui rit d’elle même autant que des autres. Mais sérieusement, vous en faites en plat. Je pense que ce texte est fait pour etre pris juste comme ca, sans grosse analyse sociologique, mais juste de meme, comme une patate a la belle pro…sans chichis. En tk, moi je ris tout le temps de tes niaiseries Mad Amesti! Merci!

  • Aude C.

    Honte à moi et à tous les imbéciles qui n’ont pas compris le deuxième degré de ce texte, mais je trouve que le problème avec cet article est justement qu’il est vide, mesquin et dépourvu de deuxième degré. Sans aucune sensibilité ni intelligence sous-jacente, il est, selon moi, à des années-lumière des textes d’Yvon Deschamps ou de François Avard. À mes yeux, il se résume à une tranche de vie beurrée de mépris, à une anecdote purement narcissique que ladite chroniqueuse raconte dans un chiac de hipsters en tentant de nous épater sous le couvert d’une fresque sociologique – M’as-tu-vu comment je suis « hot » et comment j’observe judicieusement la plèbe et les petites gens. Encore une fois et cela est peut-être un virus propre aux hipsters de l’esse (son nouvel habitat), je remarque que le contenant prime sur le contenu, c’est-à-dire que nous sommes en présence d’un texte dont le seul but est d’en jeter en utilisant un vocabulaire provocateur et en faisant des dérives orthographiques. Le contenu de ce texte est totalement évacué parce que l’auteure, avec fierté et délectation, se distancie des sujets qu’elle décrit comme s’ils habitaient un territoire dont elle ne faisait pas partie, elle, l’impérialiste de l’esse, la Paul Chomedey de Maisonneuve venue coloniser Hochelaga, une terre peuplée de crottés béotiens « fatiquants ». Quant à moi (et n’en déplaisent à tous les amis personnels de Madame Hostie et à tous ses disciples Facebook ou autres) je trouve que le texte est pathétique parce qu’il n’atteint pas l’ombre d’un deuxième degré. Je ne connais pas Mam’ esti et loin de moi l’intention de la condamner personnellement. Elle est sans doute pour les gens qui la connaissent une ben bonne fille empreinte d’humanité et capable de préparer une excellente mayonnaise maison. Là n’est pas la question. La question est que Mam’ esti a publié ce texte sur un blogue alors je pense qu’elle doit s’attendre à avoir des échos sur la littérature douteuse qu’elle rend publique. Bon, c’est assez pour aujourd’hui, je vais retourner à mon élevage de poules domestiques-biologiques-équitables, moi, citoyenne du Platôôô Mont-Royal…

  • Eve

    Moi je me demande vraiment, mis à part les intentions de Mad Amesti « de second degré affectueux » (!!!) ou au contraire de mépris suite à une observation des différences de classes sociales, c’est quoi exactement que les lecteurs comprennent et « likent »?
    En tout cas il y a ben des commentaires Facebook dans lesquels on peut lire « oui c’est vrai, on se fait une date là » en voulant dire « méchant endroit, on devrait y aller juste pour rire…? Ou encore du genre « ah ouin je suis restée dans le coin, c’est tellement trash ce monde-là des fois…Au moins y’en a d’autres plus « normaux »…
    Non, l’affection supposée de l’auteure sur ce « petit pauvre monde » est pas pantoute lisible, ni au premier ni au deuxième ni à aucun degré dans ce texte-là. C’est raté, et les « likes » sont bien plus pour avoir l’air cool.