Depuis des décennies, l’Union européenne peine à représenter de manière juste ses citoyennes et ses citoyens au sein de ses principales institutions. 2014, année électorale a confirmé ce qui semble être devenue une règle : en Europe, nous préférons prendre nos décisions entre hommes.

Comme au Québec, 2014 a été pour l’Union européenne une année électorale. On en a beaucoup parlé suite au succès retentissant qu’a connu le Front National français et d’autres partis européens du même acabit. Bon nombre de citoyens avaient alors fait entendre leur voix pour dire qu’ils ne se reconnaissaient pas dans cette Europe-là. Mais, plus encore que les gens de bonnes intentions, s’il est une partie de la population qui n’est pas encore justement représentée politiquement ce sont bien les femmes.

Alors que la population européenne est composée en majorité de femmes (51,8% en 2012), elles restent pourtant minoritaires au sein de nos institutions européennes.
Quelques chiffres :
– Mercredi dernier, le nouveau président de la Commission européenne, le libéral Jean-Claude Juncker a publié la liste de ceux qui seront à la tête des différents portefeuilles européens : sur une équipe de 27 personnes,  on compte seulement 9 femmes.
– Le même constat est établi quant au Parlement européen, dont les députs sont, eux élus, directement par le peuple : on compte 37% de femmes sur un total de 751 députés.
Pour information, le Québec ne fait pas mieux en terme de parité : 27,2% de députées à l’Assemblée nationale du Québec pour une population composée à 50,3% de femmes.
Pour réfléchir un peu mieux à cette problématique, j’ai rencontré Serap Altinisik, chargée de politique auprès du Lobby Européen des Femmes. Cette organisation mène depuis 2009 une campagne pour obtenir l’établissement d’un quota : 50% de femmes et 50% d’hommes au sein de toutes les instances décisionnelles. Le Moit-Moit pur et simple.
Face à elle, j’ai joué l’avocate du diable et lui ai demandé de réagir à ces quelques idées répandues :
« Le pourcentage de femmes au sein de ces institutions s’explique par le fait qu’il n’y a pas assez de femmes candidates à ces postes (députées, commissaires, …) »
Faux. Dans le cas du Parlement européen, il reflète le fait que tous les groupes politiques ne se sont pas encore décidés à appliquer des mesures contraignantes pour favoriser l’élection de leurs candidates. Par exemple, mettre une femme en tête de liste électorale ou encore alterner systématiquement entre un candidat et une candidate au sein de ces mêmes listes. Et même lorsque des mesures sont prises, on observe une représentation moyenne de femmes de 30 à 33%, même lorsque ces groupes disposent de bien plus de candidates prêtes à se présenter.
En ce qui concerne les commissaires européens [désignés par les états membres de l’Union européenne] il suffit de constater le manque de présence féminine parmi les 28 dirigeants (seulement 5) pour réaliser qu’il y a un certain manque d’ouverture quant à la question de l’égalité des genres.
« Imposer un quota renforcera l’idée que les femmes ne font pas le poids en terme de compétences professionnelles. »
Faux. Tout d’abord parce que depuis des siècles, dans de nombreux domaines, des hommes s’appliquent à choisir d’autres hommes et que personne ne s’est jamais interrogé sur leurs compétences professionnelles. Il est temps de mettre en place de véritables mesures égalitaires et de donner les mêmes opportunités aux hommes et aux femmes de montrer de quoi ils et elles sont capables.
« Hommes ou femmes, peu importe, cela ne créera pas de grands changements. »
Faux. La présence de femmes va amener d’autres points de vue autour de la table. Parce qu’une femme, même si elle ne se définit pas comme féministe, est fatalement amenée à vivre d’autres expériences qu’un homme et qu’elle peut donc conduire les hommes à réaliser ce qu’ils ne peuvent pas s’imaginer ou qu’ils n’envisagent pas de la même manière.
Au niveau des institutions décisionnelles, un nombre accru de femmes aura un impact sur l’échelle des priorités et cela permettra de revaloriser des sujets qui étaient jusqu’alors vus comme secondaires ou écartés. C’est ce qui arrive quand les dirigeants ne représentent pas la société dans toute sa diversité : ils sont dans l’incapacité d’améliorer la qualité de vie de leurs citoyens parce qu’ils ne sont pas en mesure d’avoir une vision globale des problèmes que ces derniers doivent affronter.
« L’égalité des genres est au-delà de toute idéologie politique. »
Idéalement vrai mais faux dans la réalité. Cela devrait être le cas, parce qu’être contre l’égalité des genres signifie promouvoir l’inégalité des citoyens au sein de la société européenne. Dans la réalité, c’est un fait que les partis de gauche, socialistes, écologistes mais aussi les socio-démocrates ont été plu enclins à prendre des mesures pour favoriser l’égalité au sein de leurs groupes. Les partis centristes, de droite et les libéraux ne l’ont pas fait et c’est également pour cette raison que nous n’avons pas encore atteint la parité au sein du parlement et de la Commission.
***
Que tirer de tout ça ? Les quotas, ça en effraye pas mal, des plus conservateurs au plus progressistes. Et c’est vrai que lorsque l’on compare la couleur de ceux qui ont soutenu la campagne du EWL à la réalité de leur groupe politique, on constate que certains n’ont pas attendu de se mettre en avant pour appliquer la parité : le groupe de gauche radical (GUE/ NGL), par exemple, est le seul à avoir plus de la moitié de femmes dans ses rangs, même si seulement 14% de ses députés ont jusqu’ici signé l’appel. En même temps, on ne peut pas nier que la situation évolue très lentement et que des mesures contraignantes, faute d’éducation, permettraient de donner un bon coup de pied dans la fourmilière. Et que, pour les générations à venir,  voir plus de femmes lors de sommets donnerait l’envie à plus d’une de devenir un jour présidente.

  • Oui Mais Non

    Peut-on simplement laisser le peuple décider qui il élira ? Et en quoi faudrait-il que les élus représentent parfaitement la démographie de leur pays (sinon faisont des quotas raciaux et religieux…). De toute manière, si on veut jouer à ce jeu là, il serait bien plus important de s’attarder à la provenance  »économique/professionnelle » des élus (sont-ils tous issus des professions libérales? du tertiaire? du prolétariat?).

    Il faut cesser de militer pour une parité fictive absolue dans tous les domaines professionnels et simplement assumer que certains secteurs attirent plus l’un des deux sexes. Ce n’est pas mal en soi et des quotas imposés de force ne sont pas la solution.

    Mes 2 cents.

  • Matinal

    Je suis tout à fait d’accord avec le commentaire de  » Oui Mais Non  » .

  • marie-lou

    Je ne crois pas que un plus grand nombre de femmes feraient un plus grand changement.Les femmes peuvent très bien diriger au même titre que les hommes en mettant de côté leur genre. Pourquoi vouloir l’égalité au point de tomber dans la discrimination « positive ». Elle n’aide pas l’égalité, au contraire, elle tend a créer des tensions. Mais les femmes sont différentes des hommes. Elle atteignent l’âge de la maternité à l’époque où les carrières démarrent. Ça complique bien des choses.

  • melo

    Le pays en haut à droite en jaune, c’est la Lettonie, pas la Lituanie. La Lituanie, c’est l’autre en dessous, en gris. Quelques lettres qui font une petite différence …

  • Elisabeth Meur-Poniris

    Melo : Juste ! Merci pour la correction (les chiffres restent les mêmes par contre).

  • Al Pacino

    Tout ça c’est de la faute des méchants hommes.

    Les féministes raffolent des analyses à 2 cennes du genre: « la Terre va mieux tourner quand les femmes auront le pouvoir (comme si elles ne détenaient aucune forme de pouvoir aujourd’hui). » Quelle belle réthorique. Vous voulez savoir pourquoi il y a si peu d’élues et de candidates femmes? Je vais vous le dire.

    Parce que les femmes s’intéressent souvent très peu à la politique. Donc forcément, se présentent moins en politique. C’est aussi simple que ça. Et j’entends par là même à un très jeune âge, exemple jeune vingtaine. Ce n’est pas une question d’obligations familiales. La chose publique intéresse moins les femmes, et c’est un fait. Donc, parce que les femmes s’intéressent moins à la politique, il faudrait faire passer le petit pourcentage de celles qui se présentent AVANT les hommes et les faire élire de force? La politique, comme n’importe quel autre domaine, agit souvent comme une méritocratie où être candidat se mérite après un certain travail accompli; vous voudriez donc faire passer des candidates avant d’autres, simplement parce qu’elles sont des femmes, au mépris du mérite de chacun des candidats, au mépris du travail accompli par d’autres pour se rendre là et avoir mérité leur place?

    Ce sont des raisonnements misandres comme celui-là qui me font peur et me font craindre plus que tout les idéologues féministes.

    Si les femmes veulent augmenter le nombre de candidates, elles n’ont qu’à faire comme tout le monde et se présenter. On ne demande que ça. Mais personne ne peut le faire à leur place.

  • pop

    Al : amen

    Jla vois dici: ouain mais la socialisation genrer mene a la soumission des femmes blablabla

  • Elisabeth Meur-Poniris

    Je vous vois d’ici entretenir de grandes conversations politiques avec vos testicules, là où repose probablement le sens de la stratégie et du débat public que, étant une pauvre femme, je ne possède pas.

    Mari-Lou : Les femmes sont différentes des hommes parce qu’elles deviennent mères ? Non. Déjà, une femme n’est pas forcément une mère en devenir, tout comme un homme n’est pas un futur père (la différence entre les deux est bien sûr que les années passant, l’une sera désignée comme une vielle fille et l’autre comme un célibataire endurci). Le problème pour celles qui connaissent la maternité est qu’elles sont souvent contraintes à choisir entre leur rôle de génitrice et leur place dans l’espace public parce que rien n’est fait pour leur faciliter à la vie. « Et pourquoi devrait-on leur faciliter la vie ? » s’exclament Popicino.

    Deux raisons, qui me viennent spontanément :

    1. Parce que souvent, les femmes, en plus de leur job, doivent assumer des tâches devant lesquelles les pères rechignent (nettoyer la maison, des culs, faire à manger, tout ça).

    2. Devant le coût et les difficultés à trouver des crèches décentes, il est plus facile que l’un des conjoints reste à la maison. Les femmes gagnant en moyenne moins que les hommes, il est donc logique qu’elles soient celles qui renonçent à leur boulot (http://affaires.lapresse.ca/economie/quebec/201403/06/01-4745161-les-femmes-moins-payees-meme-chez-les-professionnels.php).

    On parle ici de couples mais imaginons la situation pour une mère célibataire, c’est encore plus compliqué.

    Avoir plus de femmes au sein d’instances décisionnelles, c’est avoir autant de personnes susceptibles d’avoir affronté ce genre d’expérience et qui de ce fait y verront l’intérêt d’y apporter des solutions. Solutions qui profiteront aux hommes également puisqu’ils pourront dès lors, eux aussi, mieux concilier carrière et paternité.

    Évidemment, une meilleure représentation des femmes ne règlera pas tout. Puisqu’elles sont des êtres humains, les femmes sont bien entendu capables du meilleur comme du pire.

    Oui Mais Non : Et bien, nous vivons dans ce qu’on appelle une démocratie représentative, ce qui signifie que les députés se trouvant au Parlement parlent au nom de l’ensemble des citoyens de la communauté qu’ils représentent. Une communauté faite d’autant de subjectivités que de personnes. Si l’on ne retrouve pas cette diversité de subjectivités au sein du Parlement, il y a peu de chance que les décisions qui y sont prises aillent dans l’intérêt de l’ensemble des citoyens. Je suis donc bien d’accord avec vous : au-delà des femmes, il faudrait que le Parlement présente également une diversité socioculturelle et économique. Comment expliquez-vous alors que l’on retrouve si peu de noirs, de musulmans ou d’ouvriers au Parlement ? Parce que, de nature, ils ne s’intéressent pas à la politique, comme l’entendait plus haut « Al Pacino » ? Ou plutôt parce que la politique est un monde ultra-codifié où le milieu d’origine, la formation académique et le réseau jouent un très grand rôle, comme l’entendrait par exemple le sociologue Pierre Bourdieu ? J’ai personnellement choisi mon camp.

    Matinal : Idem, alors.

  • Al Pacino

    Chère Mme Poniris,

    Je note qu’Urbania accepte de publier votre commentaire qui manifestait une misandrie patente: « Je vous vois d’ici entretenir de grandes conversations politiques avec vos testicules, là où repose probablement le sens de la stratégie et du débat public ». Voilà de belles paroles qui ne m’étonnent guère venant de la bouche d’une féministe, puisqu’on sait que les idéologues féministes modernes ont le sens de l’égalité asymétrique: oui on veut l’égalité, mais juste quand ça fait notre affaire. On ne veut pas de sexisme, sauf quand le sexisme vise les hommes.

    Vous aimez répandre votre venin misandre, mais la réalité va toujours rattraper. La réalité est que les femmes s’intéressent très très peu, voire extrêmement peu à la politique. Les associations de jeunes militants des partis politiques, auxquels j’ai participé, ne sont constitués presqu’exclusivement que d’hommes. À qui la faute? Aux méchants phallocrates? Entamez une discussion dans un groupe de 20 personnes sur un sujet politique et les femmes vont souvent être les dernières à donner leur point de vue parce que souvent, elles n’en ont pas. Elles ne s’y intéressent pas. Je ne dis pas qu’il n’existe pas de femmes compétentes et intelligentes en politique. Je dis que la proportion de femmes qui s’intéressent spontanément à la politique est moindre que chez les hommes.

    Il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. Votre vagin, là où se concentre votre raisonnement, s’adonne également à être la cause de vos menstruations et de vos changements d’humeur soudains, qui vous empêchent également de réfléchir convenablement, ce qui explique que vos idées ne tiennent pas la route. Tant qu’à êtrre sexiste comme vous, einh? :)

    Une autre chose: n’importe quel parti politique aujourd’hui rêve d’avoir des bonne candidates féminines. Alors avant d’affirmer que le méchant système phallocrate empêche vos co-menstruées d’avoir un poste en politique, réfléchissez-y. Mais peut-être êtes-vous dans votre semaine de menstruations, ça vous empêche de réfléchir.

    NOTE: ce commentaire tout à fait sexiste de ma part doit être compris comme étant une réplique à un commentaire 100% sexiste et misandre rédigé par l’auteure dans son précédent commentaire. Cela ne reflète pas mon point de vue mais vise à répliquer à la misandrie de l’auteure pour démontrer que le sexisme dont elle fait preuve n’est pas plus acceptable d’un côté ou de l’autre.

  • lejuin

    L’autre al Pacino qui traite le monde de sexe faible. Dommage que t’es venu avec une graine qui fait plus de peines qu’autre choses.