Voici donc la suite de l’article de la semaine dernière : Anecdote : La fois où j’ai viré la pire brosse de ma vie (Partie 1).

PAPA !

J’arrive chez nous, j’ai beau être complètement défoncé, la simple vue de cette maison me soulage. Je me dis que je pourrai aller dormir paisiblement dans mon lit, me réveiller le lendemain matin en même temps que le soleil et aller courir un 10km en moins de 50 minutes.

YEAH RIGHT.

Mes amis avaient préalablement téléphoné à mon père pour lui donner le heads up qu’ils étaient en route pour ramener ce qu’il restait de son fils. Donc on m’escorte jusqu’à la porte d’entrée, moi qui avait la puissance de jambes de Stephen Hawking. Selon mes chums, je me suis exclamé « PAPA! » d’une voix trop aiguë en lui sautant dans les bras. Ce qui est surement en vérité qu’un simple souffle grave et douloureux comme « paahaah pahahaa … » et une perte d’équilibre. Anyway, cette partie de l’histoire prend des proportions de plus en plus gigantesques à mesure que les années passent.

Maintenant rassuré que je suis sain et sauf à la maison et que quelqu’un pourra s’assurer que je passe la nuit vivant, les chums décalissent. Je me rappelle d’être à la cuisine avec mon paternel et qu’on est les deux debout accotés sur le buffet central. Mon père a ce sourire complice et compréhensif d’un homme qui reconnait être déjà passé par là. Sachant très bien la réponse, il m’interroge hypocritement : « Pis, tes chums t’ont tu saoulé un peu ? ». Détectant facilement le sarcasme dans sa voix, je souris à mon tour et lâche un juteux « Tabarnaaac … ». J’essaye de fixer un point qui ne tourne pas dans mon champ de vision, mais même le frigidaire danse la salsa. Mon père en a assez vu, il me prend par l’épaule et décide de m’emmener dans mon lit, situé au deuxième étage de la maison.

Chez mes parents, il y a le sous-sol, le premier étage et le deuxième. Il y a une toilette par étage. Les chambres sont situées au deuxième, y compris celle de mes parents. Mon père se dit qu’en m’emmenant dans ma chambre, je vais m’éteindre et, au pire, puker dans ma poubelle. Sur papier, c’est un bon plan. Sauf qu’en montant les escaliers qui ont semblé être les Alpes suisses, mon estomac se réveille et je sens la marée haute qui envahit ma gorge. La toilette étant au début du corridor du 2e, j’ai à peine le temps de pousser la porte et de turbo-expulser tout le contenu de mon estomac. Dans la toilette ? Nenon. Partout sur les murs AUTOUR de la toilette. J’écris ces lignes et j’ai encore l’image floue de moi qui crache sa vomissure comme un dragon crache son feu. Du grand art.

Là, c’est le blackout complet. J’ai passé la nuit à vomir et à dormir en cuillère avec le bol pendant que mon père dormait sur le plancher en me surveillant pour pas qu’il perde le seul fils qu’il a. Il me dira plus tard que je « shakais comme une feuille », qu’il n’a jamais vu quelqu’un être autant malade et d’avoir autant l’air de souffrir. Même s’il me trouvait drôle en arrivant, son cœur de père a surement passé la nuit la plus longue de sa vie. Tsé, on passait une belle journée de fête entre hommes. Anyway, je sais pas moi, j’étais pas là. J’étais quelque part dans le tunnel à me demander si la lumière qui s’approchait était un train ou un camion.

Heureusement, la nuit est passée et le pire était derrière moi. Right ?

RIGHT ?

Le lendemain matin

J’ouvre les yeux. J’suis pas mort, bonne nouvelle. Je fixe un plafond. Ok c’est mon plafond de chambre. Bonne nouvelle encore. J’suis en boxer et je suis dégoulinant de sueur. Ma poubelle est vide, bonne nouvelle j’imagine. Je feel comme de la marde là. MAIS DE LA MAAAARDE LÀ. J’ai mal à la pioche, j’ai la gorge irritée d’avoir vomi, mal de ventre terrible et en me regardant dans un miroir à côté de mon lit, j’ai les veines des yeux tout pétées par les efforts surhumains de mon corps à éliminer la quantité d’alcool qu’il ne veut plus faire affaire avec. Je suis un déchet. Une épave. Un tas d’excréments dans une bécosse de chalet, pas lavée de l’été. Je suis décevant comme humain. Ouais, c’est ça. J’suis décevant envers la race humaine.

J’passe la journée à rejeter tout ce que je bois/mange/respire. Ma mère vient faire son tour avec les yeux de maman pas fière, pas PAN-TOUTE. Petit speech de maman sur combien j’suis stupide d’avoir bu autant et que la famille passe en soirée pour ma fête et que j’suis BIN mieux de descendre et d’aller les voir. Je lui dis que oui, il est midi et ils n’arrivent que pour souper. J’aurai le temps de me replacer.

J’ai vomi toute la journée. De l’eau au biscuit soda, à la si douloureuse bile. J’suis pas bien. J’me sens prisonnier de mon corps qui ne veut plus rien savoir du contrat que j’ai signé avec lui à ma naissance. Je ne suis plus le bienvenu dans son temple. C’est juste indescriptible comment cette journée est terrible physiquement.

La soirée arrive, j’entends la famille qui arrive. J’essaye de dormir, mais j’entends les conversations de l’étage en dessous :

– «Coudonc, yé ou l’fêté ? »

– « Yé dans son lit, y’en a pris une tabarnak… » dit mon père.

À mesure que les convives arrivent, chacun monte dans ma chambre pour venir me voir. J’essaye d’être moindrement présentable, mais c’est comme de demander au Docteur Barrette de paraître mince. Chacun passe me voir et je me sens comme un freak show dans un cirque. « APPROCHEZ ! APPROCHEZ ! VENEZ VOIR L’HOMME-DÉCHET ! ». Vraiment, j’me sens fier de moi.

La soirée suit son cours et ma famille fête tout simplement sans la raison d’être de ce party : moi. Je ne suis plus capable de dormir, donc j’assiste de loin à cette célébration crissement awkward. Soudainement, ma mère ouvre ma porte de chambre et me dit d’un ton sévère : « Va falloir tu descendes là, on a le gâteau et tes cadeaux. »

Wait, what?

Ça fait 12 heures que je ne me suis pas levé de mon lit, je ne sais pas si je peux marcher. Sauf que j’ai pas le choix, ma mère va me déshériter. J’enfile une robe de chambre et je descends tranquillement au premier.

Le plus pathétique chant de bonne fête

J’arrive de peine et de misère dans la cuisine devant la famille qui ne peut que s’esclaffer de ma gueule. Je ne les blâme pas. Tout ce que je veux, c’est de ne pas vomir sur le plancher. Je m’installe finalement dans le coin de la cuisine, debout, accoté sur les armoires et le comptoir. Je ne supporte pas mon corps autrement. J’essaie d’être sympathique et de faire comprendre à mes proches que je suis content de les voir, mais ma face exprime : « Bonsoir, Moes n’habite plus ici maintenant. ». Ce qui suivra est tout simplement pathétique et pénible.

Je veux juste remonter dans mon lit et mourir tranquille. On me donne des cadeaux que je déballe avec la dextérité d’un arthritique et la face pimpante d’un gars qui sort d’un traitement de chimio. Ma petite cousine me donne un cadeau et je PUISE dans mes énergies du désespoir pour ne pas la froisser avec ma face de marde. Elle veut prendre une photo avec moi. BIN KIN. Je sors un sourire qui ne convainc personne et j’espère qu’à ce jour cette photo est disparue de la surface du globe. Bon, les cadeaux sont finis. Merci tout l’monde, j’remonte.

Quoi ? Ah le crisse de gâteau.

Ma mère allume les bougies et commence à chanter le classique chant de fête. Elle ne ferme même pas les lumières, probablement pour que je vive l’intégralité de cette humiliation méritée dans toute son malaise complet. Réussi, je dois dire. Tsé, comment ce moment de fête est déjà awkward à la base? T’attends que la chanson finisse en ne sachant trop quoi faire, sans pouvoir chanter (évidemment, qui se chante bonne fête?!?). Bin quand toute la famille le chante bin crampée devant ta face et que tu attends, impuissant, que l’interminable chanson finisse… c’est mille fois pire.

Applaudissements empathiques, rires moqueurs et commentaires sur ma robe de chambre laide. C’est terminé, je remonte.

Avant que je me sauve, mon père, avec son humour pas tuable, me demande : « Chocolat ou vanille ton morceau mon gars ? ».

Quel homme.

Je remonte en pleurant.

La promesse

Je passe la nuit entre sommeil et efforts pour expulser… rien. Crisse, j’ai pas mangé ni bu depuis des heures. Le lendemain matin, dimanche, plus de 24 heures après la meilleure fête EVER, je suis toujours sur le cul à me demander pourquoi on est pas venu me chercher encore. Incroyable comment je me sens toujours comme de la merde.

Au cours de la journée je me rappelle très bien, allongé dans mon tombeau, à fixer le plafond et me dire « Ok dude, rappelle-toi de comment tu te sens en ce moment. Comment t’as envie de mourir en ce moment. Comment t’as le feeling que tu ne reviendras plus jamais normal. Rappelle-toi s’en bien. PU JAMA TU VAS BOIRE AUTANT. T’as compris? PU JAMA TU VAS BOIRE AUTANT. »

À ce jour, bientôt 10 ans plus tard, j’ai respecté ma promesse. Je n’ai jamais plus consommé autant d’alcool que ce soir-là. Bien évidemment, j’ai eu des dizaines de beuveries débiles et des hangovers terribles par après. J’ai été malade de boisson encore et j’ai dormi des nuits sur le bol. Sauf que boire autant d’alcool au point de perdre conscience de tout, arrêter de respirer, trembler de froid et être incapable de garder quoi que ce soit pour 48 fucking heures ? Non, ça ne s’est jamais reproduit. Ça ne risque pas de se reproduire aussi.

Sauf que tu sais quoi ? Autant que j’ai souffert pendant 2 jours d’une manière pas possible et surtout tellement évitable, autant c’était nécessaire. On apprend de nos erreurs qu’ils disent. J’ai appris sur un esti d’temps. L’insouciance et la naïveté de la jeunesse est belle, mais ça doit faire son temps avec l’aide de l’expérience. Aussi déplaisante soit-elle.

Dans vie, tu dois apprendre que t’es pas invincible, que, malgré ce que tu veux bien penser, même les superhéros ont leurs limites. Pis t’es pas un superhéro. Et il a fallu ce jour fatidique de 2005 pour que je comprenne que je n’étais pas Superman, en devenant Garbageman aka « l’homme-déchet. »

And I’ll drink to that.

  • anma

    Oh… j’ai souffert avec toi, j’ai aussi rit de toi, mais je n’en reviens pas… ce sont encore tes amis aujourd’hui?