Y’a des choses dans la vie qui restent mémorables. Le meilleur voyage, la meilleure journée, le meilleur repas, la meilleure baise, le meilleur film et plusieurs autres. Cependant, il y a aussi des événements moins glorieux qui sont tout aussi mémorables : le pire examen, la pire fête, la pire entrevue de job… et la pire brosse de ta vie.

On a tous viré des brosses. Des p’tites, des grosses, des surprenantes, des imprévues, des prévisibles, des sentimentales, des dispendieuses, des inutiles, des pas propres, des humiliantes, des amnésiques… mais y’en reste une qui n’arrive qu’une seule fois : ta pire.

L’an prochain je fêterai (ou pas) le dixième anniversaire de la pire aucun-crisse-de-sens-de-voyons-donc-à-quoi-j’ai-pensé-j’étais-si-naïf de brosse de ma vie. J’avais 19 ans et j’étais encore un kid pas encore conscient que ton corps a une limite de boisson à prendre avant de faire un shutdown, juste pour pas que la grande faucheuse vienne te chercher.

Évidemment, comme c’est la fois où j’ai consommé le plus d’alcool, je ne me rappelle pas de tous les détails de cette soirée. Grâce à une certaine mémoire intacte, le témoignage de mes « amis » (qui ont quand même tenté de me tuer) et quelques photos peu avantageuses, je vais te décrire cette soirée, mais surtout l’aftermath.

Voici pour ton bénéfice, pour mes amis et ma famille qui auront le sourire en coin en se remémorant ma carcasse semi-consciente : la fois où j’ai viré la pire brosse de ma vie.

Apprécie.

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Buckingham, février 2005

Nous sommes vendredi soir. À minuit, j’aurai 19 ans. Cela fait plusieurs semaines que mes chums me parlent de comment ils vont me « saouler la yeule » pour ma fête. À 18 ans, un peu trop coq, je challenge leurs affirmations et leurs menaces ne me font pas vraiment frémir. Naïveté, t’es une belle salope. Cet anniversaire a donc été franchement hypé et je sais que ce soir, je n’aurai pas besoin de sortir de billets de banque au guichet. If you know what I mean.

Je suis originaire d’une petite ville qui s’appelle Masson, ancienne ville de la désormais grande ville de Gatineau, dans les Outaouais. À Masson, il n’y a pas de bar pour les jeunes. On doit se rabattre à traverser dans la ville voisine, la charmante Buckingham, et d’aller se déhancher au feu bar « Le Lite Club ». Une ride de 7-8 minutes de char, pas plus. Mes chums viennent me chercher chez mes parents et je quitte le nid familial bien fringant, ne sachant pas que j’allais revenir comme une véritable chiée de merde. Aussitôt entré dans la Passat un peu décrissée de mon futur bourreau, déjà tous m’annoncent leurs couleurs :

– « Es-tu en forme mon Moes ? »

– « Oh oui, que je le suis ! »

– « Good … »

C’était le « good » le plus sombre que j’ai entendu de ma vie. Au même niveau que Liam Neeson dans Taken quand il dit son célèbre «I will look for you. I will find you… and I will kill you. »

« Good. »

Bienvenue au Lite Club
On entre dans le bar, passe au coatcheck, et fait la ligne pour se faire carter. Le bouncer prend ma carte de ses paluches d’ours et je lui envoie un « check la date! ». Dans ma tête, je recevrais un souhait d’anniversaire et un fist bump tsé. C’est pas arrivé, j’ai eu un « bonne soirée ». Aujourd’hui je réalise combien de cartes un bouncer voit passer le jour de la fête des clients et de combien il se calissait bin de ma fête right ? C’est comme si j’expliquais à Barack Obama que j’collectionnais la fourrure de siffleux pour me faire des chapeaux. Cool story bro.

On entre dans la place, il doit être aux alentours de 10h peut-être. Déjà mes chums disparaissent et reviennent avec des bouteilles de bières et des rhums and coke. On commence la soirée et j’ai déjà besoin de me tenir près d’une table parce que j’ai pas assez de mains pour tenir mes breuvages. Habitue-toi mon Moes, ça va être de même toute la soirée.

À cette époque, tous mes amis ont des jobs, vont au Cégep (au ridicule 120$ la session) et habitent chez leurs parents. Le cash est pas trop un problème pour eux. C’est donc pas un manque de ressources financières qui va me sauver de leur plan d’marde. À 3$ le shooter et 5$ la bière, je ne vais pas souvent avoir les mains vides. By the way, sais-tu qu’est-ce qui est pire que d’avoir des chums willing de brûler une shitload de cash en boisson pour t’achever ? Avoir un chum parmi eux qui travaille à temps partiel dans le MÊME établissement que tu célèbres ta fête et qui connait TOUTE le staff dans place, y compris les barmans/barmaids.

FREE FUCKING DRINKS FOR YOU BITCH. 

Au tournant de la majorité, t’es un peu coq comme je disais. Disons qu’on a le « criss t’es bin fif ! » facile. Donc, dans ce temps-là, essaye pas de négocier que tu ne prends pas le shooter ou la bière que ton chum t’apporte. N’essaie même pas de prétexter que t’as déjà deux bières dans les mains, tu te feras répondre un réconfortant : « C’EST LONG ! Enwaye bois, esti d’faible! ». T’es orgueilleux à presque 19 ans. Fak j’ai bu ce qu’on m’apportait. Toute.

Mon plan à moi, c’est de slower down les ardeurs de cette bande d’assoiffés de vengeance en buvant toute, mais à un rythme « normal ». Histoire que je me rende à minuit juste pour le bonne fête tsé. Un moment donné, les chums sont wise pareil. Trous d’cul, mais wise. Ahhhh, le roi Moes ne boit pas ses shooters quand on lui en apporte ? Et bien, arrangeons-nous avec le DJ pour qu’il le call-out sur des speakers au milieu du dancefloor!

Ca-lisse.

Tsé quand le DJ baisse la musique qui anime le club, pour être certain que la population complète de la place entende bien que c’est ma fête et que je dois me rendre sur le plancher de danse pour prendre je ne sais pas quoi encore… j’ai comme pas le choix. On me catapulte sur le spotlight. La foule a arrêté de faire le party pour que JE cale les shots. Mettons que je n’ai pas d’affaire à m’éterniser inutilement.

Je vis donc ce moment tel un rapist texan condamné à la pendaison publique. On m’annonce, je me dirige un brin piteux vers le podium, je grimpe sous les applaudissements de la foule, le bourreau prépare le shot et je prends le coup fatal devant une foule satisfaite de me voir se faire achever. Ah oui, j’oubliais. Quel était le dernier shooter en question ? TEQUILA-TABASCO. Tsé quand tu passes une belle soirée de fête en bonne compagnie là.

La langue me pique comme si j’avais fait un cunnilingus à un nid de guêpes. J’dois dire qu’à partir de là, j’peux plus vous conter vraiment tout ce qui s’est passé. J’ai quelques flashbacks, mais sans plus. Je me rappelle qu’à un certain moment, je ne pouvais plus enligner les shooters donc mes chums ont formé une ligne de shooters à prendre en ordre qu’ils les apportaient. Y’a dû en avoir une dizaine qui m’attendaient. Je me disais qu’il fallait bin que je passe au travers pour qu’ils arrêtent de m’en apporter, mais un moment donné, dude…

Soudainement, parce qu’il lui restait un peu de cœur, un chummey m’apporte une bouteille d’eau. Parce que tsé, ça va effacer les centaines de shooters et de bières que j’me suis envoyé. Anyway, apparemment que j’ai fait un Triple H dans le bar et éclaboussé pleins d’inconnus. Good times.

Peut-être la limite était là, mais à je ne sais pas quelle heure, les gars ont décidé que j’avais possiblement eu mon compte. Perspicaces, messieurs. Ils étaient probablement très déçus que je n’aie pas décoré ma chemise de mon propre reflux gastrique dans le bar. Ce fut à quelque part, ma petite victoire… temporaire. Deux de mes boys m’ont pris par les bras, m’escortant tel un soldat atteint d’une balle à la jambe et m’ont sorti du champ de bataille qu’était le bar.

Là, c’est un vortex temporel entre le Lite Club et l’arrivée chez mes parents.

À suivre ICI.

  • marie-lou

    Mon, ce qui m’impressionne de ton histoire c’est la quantité d’anglicismes que tu peux mettre à chaque phrase. Ordinaire.

  • Emilie

    Parce qu’il est rare qu’une personne parle un français digne de Louis XIV. Justement, sur leur site il informe le public en écrivant: On écrit c’qu’on veut sur c’qu’on veut et on fait ça quand ça nous tente. T’aimes pas ça? Bin tu sais ce que t’as à faire.

    Un article vrai!

  • Sebas

    Qu’est ce qu’on s’en fou des anglicisme. T’es pascontent? Unlike la page. Sinon #DealWithIt #ForeverAlone

  • Louis

    Mouais, qu’on le veuille ou non, c’est de cette façon qu’on parle. Et les expressions anglaises employées ici viennent colorer le texte de belle façon. C’est un style d’écriture pas désagréable du tout quoiqu’en pensent les nazis du français.

    Anyway, t’a qu’a fermer les yeux ou aller ailleurs ciboire! Moi, j’ai eu du fun à lire son texte.