Hier, un ami avait parié avec raison sur la victoire de la Suisse, 2-1 contre l’Équateur. Ce résultat était pourtant loin d’être acquis d’avance.

Au contraire, les Suisses ont plutôt obtenu ce résultat au cours de la dernière minute de jeu. On craignait que la Suisse souffre sous le climat du Brésil et le populaire site FiveThirthyEight, dont mon ami est fan, n’était pas seul à placer l’Équateur comme favori. Néanmoins, après lui avoir fait l’éloge de la sélection helvète, celui-ci m’a fait confiance, car la vérité est que je ne lui avais pas uniquement vanté la Suisse pour le match contre l’Équateur, mais bien pour l’ensemble de la compétition.

Même quand il fut tenté de me traiter de menteur et de voleur après l’ouverture du score par l’Équateur, je lui ai expliqué qu’il n’avait pas a s’inquiéter. La Nati avait été plus efficace dans presque tous les aspects du jeu, un meilleur pourcentage de passes complétées, un plus grand nombre de tirs créés, un plus grand nombre de chances de marquer, bref ce n’était qu’une question de temps avant que le vent change. Ce n’était qu’une question de 121 secondes et quand le sifflet final retentit dans le stade, la Suisse m’avait donné raison.

Pourquoi la Suisse

Il est vrai que la fierté nationale est une variable inconditionnelle de la partisanerie sportive. Ce n’est donc pas par choix, mais bien par raison d’être que je supporterai la France au cours de cette Coupe du monde. Refuser d’encourager la France ça serait refuser de soulever ma coupe en même temps que les Bleus soulèveront la leur à la fin du tournoi. Le Drappier Brut Nature est déjà acheté, merci.

Toutefois, si je laisse mon favoritisme de côté un instant et que je m’empreins d’un rationalisme béatifique, je dois avouer qu’il peut être mieux de se ranger derrière une autre formation que celle de la France. Ne vous y méprenez pas, la France est peut-être la formation avec le plus de profondeur et pourrait se rendre loin dans le tournoi, mais la victoire ne fait pas forcément le bonheur. C’est pourquoi je vous présente donc le petit guide qui m’a permis d’identifier la Suisse comme une des équipes les plus intéressantes du tournoi!

Première erreur à ne pas faire, supporter un favori. Soyons honnête, une victoire sans surprise c’est ennuyeux et célébrer les Tout-Puissants, c’est sans saveur. La vérité, c’est que d’encourager l’Allemagne ou le Brésil c’est comme d’encourager l’intimidation ou la violence faite aux animaux. Il s’agit d’un manque de raffinement on ne peut plus flagrant.

C’est aussi avoir très peu d’imagination et une vision théâtrale limitée. La force tyrannique qui triomphe constitue un des pires scénarios que l’on puisse s’imaginer. Il n’existe point de belle victoire sans une bonne histoire pour la raconter.

Alors, pourquoi supporter un favori, surtout quand la meilleure histoire, vous la connaissez? Cette histoire, c’est celle de celui que tout le monde sous-estimait et qui malgré le peu d’espoir placé en sa personne est venu faire basculer les tous puissants. À la manière de Jennifer Lawrence dans The Hunger Games ou de Gabriel Nadeau-Dubois durant le Printemps érable. J’espère avoir assuré la compréhension de l’ensemble du lectorat avec cette référence double.

L’individu qui défend un favori se prive également du plus grand bonheur pour l’amateur de sport, soit avoir le privilège de dire la petite phrase « je vous l’avais dit qu’ils allaient se rendre loin! ». Après tout, avoir le dernier mot est essentiel dans le débat sportif et il est impossible de dire que tu avais raison si tout le monde était d’accord avec toi. Le fan de sport cherche le plus souvent à faire la preuve de ses capacités à déduire à l’avance un résultat et affirmer que l’Espagne a des chances revient à affirmer que les poules n’ont pas de dents et qu’elles n’en auront jamais.

Soutenir une équipe au profil plus modeste vous permettra donc de suivre une épopée sportive des plus palpitantes. C’est souvent mieux que de tomber sous le charme d’une de ces formations qui aspirent aux honneurs seulement pour vous abandonner en se faisant éliminer trop tôt dans la compétition. À chaque Coupe du monde, certaines équipes tombent trop tôt au combat, laissant leurs fidèles aux prises avec l’incompréhension et la désolation. Il nous faut donc une équipe sous-estimée qui dépassera les attentes et, cher public, il est difficile de trouver une équipe qui puisse remplir aussi bien ce mandat que la Suisse! N’oublions pas que l’équipe n’était même pas favorite contre l’Équateur, alors plus sous-estimé que ça…

Hop Suisse!

J’ai entendu beaucoup de gens dire que la Suisse ne passerait pas le premier tour; pourtant, l’équipe offre un mélange de joueurs des plus intéressants. Une équipe qui devrait pourtant commander beaucoup plus de respect que le public et les médias ne leur en donnent. Des jeunes joueurs offensifs très techniques: Shaqiri, Drmic, Xhaka. Des milieux défensifs plus physiques, particulièrement efficaces dans la récupération du ballon: Inler, Behrami, Dzemaili. Un système défensif parmi les plus solides reposant sur un excellent gardien en Benaglio. La meilleure paire de défenseurs latéraux du tournoi, avec Rodriguez probablement le meilleur défenseur gauche présent à la Coupe du monde (puisque l’Autrichien David Alaba y est absent) et Lichtsteiner qui vient de gagner trois Championnats d’Italie de suite avec la Juventus.

De plus, la Suisse compte surtout en Hitzfeld le meilleur entraineur du tournoi. Quand vient le temps d’évaluer une équipe, on s’attarde trop longtemps aux joueurs qui sont sur le terrain en négligeant l’homme sur la touche. Pourtant, c’est celui qui met en place le schéma tactique de l’équipe. Je vous invite donc à passer en revue ces hommes qui dirigeront les sélections nationales durant le tournoi: aucun ne possède un palmarès aussi impressionnant que celui de Hitzfeld. Seuls Capello de l’Italie et Van Gaal des Pays-Bas s’en approchent.

Hitzfeld a notamment profité d’un groupe de qualification pour la Coupe du monde relativement facile. Il est rapidement parvenu à créer une cohésion au sein de l’équipe nationale, permettant à la Suisse de se démarquer rapidement comme une des nations possédant la meilleure organisation tactique sur le terrain.

Il peut également être bon de noter que l’équipe suisse qui se présentera au Brésil cette année est nettement supérieure à celle de l’édition précédente, nettement supérieure donc que celle qui avait battu l’Espagne, les éventuels champions du monde, en début de tournoi. La Suisse n’a alloué qu’un seul but aux forces adverses au cours de ses sept derniers matches à la Coupe du monde et elle compte maintenant sur un nouveau dynamisme offensif qui pourrait débloquer les choses offensivement.

Il reste que la victoire contre l’Espagne en 2010 venait démontrer la capacité de l’équipe suisse à venir à bout de n’importe quelle autre formation et il n’est pas impossible que la nation helvète vienne humilier d’autres prétendants au titre en 2014.

La preuve dans le match d’hier

Tout ce que j’ai dit jusqu’à présent correspond essentiellement à ce qu’on pouvait déjà savoir avant le tournoi, mais ce qui est bien c’est qu’hier la Nati a confirmé le tout avec un résultat concret. Voici donc quelques-uns des points positifs que j’ai pu ressortir du match d’hier.

Premièrement, l’efficacité de Hitzfeld sur le banc, car les deux buts des Suisses ont été inscrits par des joueurs qui avaient commencé le match sur le banc. L’entraineur de la sélection suisse aura donc réussi à deux reprises au cours d’un même match à repositionner sa formation et à transposer ce changement sur la feuille de match avec un but.

Ces changements ont également prouvé que la Suisse avait de la profondeur en attaque, ce qui je dois l’avouer m’inquiétait tout de même un peu. Parmi ces joueurs provenant du banc, Mehmedi a rapidement impressionné, il n’a eu besoin que de deux touches de balle et des 121 secondes mentionnées plus haut pour faire la différence dans le match en inscrivant son sixième but en dix matchs. Le joueur de Freiburg en Bundesliga est en forme et enlève un peu de pression des épaules de Drmic au sein de l’attaque de la nation alpine.

Rodriguez a pour sa part prouvé qu’il était peut-être le meilleur défenseur offensif de sa génération. Celui qui, parmi les défenseurs de Bundesliga allemande, a réussi le plus de passes décisives cette saison avec 9, n’a pas attendu pour démarrer son compteur en Coupe du monde, y allant de deux passes décisives en plus de trois passes clés et cinq tackles dont un pour empêcher une échappée. L’homme du match.

C’est malgré tout Behrami qui aura le plus retenu mon attention avec une influence marquée dans son propre territoire. Le milieu évoluant dans un rôle à la Claude Makélélé aura déployé une quantité importante d’énergie dans ses  nombreux replis défensifs pour venir prêter main-forte à sa défensive. Par moments, Behrami n’était plus un joueur, mais une armée, Behrami Army, tant il était impliqué physiquement.

Il aura toutefois surtout été à l’origine du but vainqueur avec ce qui est jusqu’à présent le plus bel effort individuel de cette Coupe du monde. Un tackle parfaitement exécuté dans sa propre surface de réparation pour bloquer un tir, une roulade après avoir été violemment envoyé au sol, deux fois par terre, deux fois relevé, avant de faire la passe. Onze secondes plus tard, la Suisse marquait son deuxième but pour mettre fin au combat. À voir Behrami jouer, on comprend mieux pourquoi c’est la garde suisse qui s’assure de la protection du Pape.

Quelques phrases à retenir pour défendre la Suisse

« Avec deux Trophées de la Ligue des champions et neuf titres de champion national, dont sept en Bundesliga, Hitzfeld est au même niveau que le sélectionneur portugais José Mourinho, le seul entraineur de ce calibre présent à la coupe du monde, sans l’ombre d’un doute ».

« La production offensive par minute de Shaqiri avec le Bayern Munich cette saison, a été plus importante que celle de Gotze, Robben ou Muller. Il a marqué un but ou a fait une passe décisive 0.92 fois par 90 minutes contre 0,89 / 0,85 ou 0,83 fois par 90 minutes pour les trois autres ».

« Avec 2,3 passes clés et 2,6 dribles réussis par match cette saison avec Wolfsburg, Ricardo Rodriguez est pratiquement aussi efficace en attaque que n’importe quel milieu offensif de Bundesliga. Ce, même s’il est un défenseur ! »

« La présence de Inler et Behrami au cœur du milieu de terrain de Naples est vraiment à la base de la réapparition du club dans l’élite du football italien ».

« Je me rappelle encore de la victoire de la Suisse à la coupe du monde des moins de 17 ans en 2009. On pouvait déjà voir que Rodriguez, Xhaka et Sefarovic allaient devenir d’excellents joueurs ».

« Il ne fait aucun doute que Hitzfeld a su établir avec cette équipe suisse un système défensif quasi impénétrable, comme en témoigne le record de 559 minutes consécutives sans avoir concédé le moindre but à la Coupe du monde. Malgré ça, on continue de sous-estimer le talent de Benaglio devant le filet, pourtant un des meilleurs gardiens de Bundesliga ».

Pour le plaisir

Si la Suisse gagne, elle gagnera avec style. Que ce soit avec les feintes de Shaqiri.

Ou avec les cheveux de Benaglio.

  • MOUNIR

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  • jean-claude

    à chaque fois on nous dit que cette fois-ci sera la bonne, que notre équipe est forte, est grande et à chaque fois on y croit. et c’est seulement après qu’on réalise que, surfant sur notre addiction à ce jeu qui peut être passionnant et sur quelques rebibes de patriotisme désespéré et ironique (pourquoi un petit ne triompherait pas des géants?), les mercantiles de toute nature ont fait le buzz dans le but sordide mais coutumier de nous vendre des « biens » de consommation qu’ils font passer pour du rêve. on nous prend faut pas déconner dès qu’on est né pour des cons alors qu’on est une foule d’Aloÿs Alzheimer. et sentimentale en plus. détail après ce 0-5 : quand on gagne au foot on dit qu’on est les meilleurs et quand on perd on dit que ce n’est qu’un jeu après tout. donc il reste un match. et je demande si dans 5 jours on va pas y croire encore une fois.