Chanceux comme pas un, notre intrépide reporter Frédéric Guindon possède une boîte courriel miracle dans laquelle apparaissent de chaleureuses invitations à essayer à peu près tout ce qui existe.

Bien sûr, il effectue un tri strict qui se solde par un rejet dans 97% des cas. Mais quelques fois, on arrive à piquer suffisamment sa curiosité pour qu’il se laisse aller et accepte candidement. C’est ce qui s’est passé récemment lorsqu’il a été invité à voler-de-façon-simulée-grâce-à-un-gigantesque-propulseur au SkyVenture Montréal (qui est en fait situé à Laval). Ne reculant devant rien (sauf une bonne bourrasque de vent), il a enfilé ses lunettes de plastique, son casque et sa chienne pour affronter le seul simulateur de chute libre intérieur à air recirculé au Canada.

Guindon, raconte-nous comment ça s’est passé!

-Guindon : OK.

Préparatifs
Ce n’est plus un secret pour personne que je rêve de voler. Suite à mon envolée particulièrement torride à bord d’un Cessna que je pilotais, j’ai appris une leçon : fini les déguisements ridicules qui nuisent à ma performance et qui font en sorte que je m’évanouisse presque pendant mon banc d’essai. Non, cette fois-ci pour aller m’aérer les ouïes dans une cheminée, je ne me costume pas. En fait, je ne me prépare même pas.  J’ai envie de me laisser porter par le vent, dans tous les sens du terme. Après tout, Pierre Lambert ne s’était même pas préparé quand il était allé à l’Aérodium avec Marilou.

Arrivée
Accompagné de mon patron et ami Philippe Lamarre, je reviens sur les lieux du crime. Les plus historiens parmi vous se rappelleront sans doute de mon controversé reportage Guindon à Laval, lequel fut décrit par nul autre que Patrick Lagacé comme étant « dégoulinant de mauvaise foi ». Car voyez-vous, le SkyVenture Montréal est adjacent au célèbre Colossus de Laval, le cinéma soucoupe-volant. Faut dire que j’ai une drôle de relation avec le Colossus puisque dans cet extrait (à 11:55) d’un film québécois méconnu, j’ai déjà pitché des poissons dessus. Mais le poids des années ayant fait son œuvre, je crois que je peux tenter un retour incognito au Centropolis de Laval.

Formation
Après les formalités d’usage remplies, (on doit signer un formulaire de décharge en cas de blessure, ce qui est normal), on monte à l’étage du simulateur et déjà, on peut voir des Icares en herbe s’exercer au simili-vol. En effet, des militaires de l’armée canadienne viennent régulièrement s’entraîner. Je les trouve un peu poches, comparés à Pierre Lambert. (SPOILER ALERT : plus tard, après l’avoir moi-même essayé, je réaliserai que j’étais dans le champ, et que les militaires étaient très bons.) On nous présente ensuite à notre instructeur Jordan, qui nous amène dans une petite salle de classe pour nous expliquer les rudiments de base du vol yogique simulé. La formation commence par l’écoute (et le regard) d’un DVD. Franchement, ça ne semble pas très très compliqué : tu te pitches au-dessus du vent, tu écartes les jambes et les bras, tu t’arques le dos par à l’envers et tu suis les signes manuels de ton instructeur. Pis là, tu voles très haut, tu fais des pirouettes, tu es Mario Bros avec un queue de renard, tu es le gars de Red Bull qui a sauté en bas de l’Univers. That’s it. Jordan revient à la fin du DVD, s’assure qu’on a tout bien compris, complète les explications avec des informations supplémentaires sur la position de vol et les signaux manuels, pis on est prêts. (Les signaux, c’est important parce qu’à cause du bruit qu’il y a dans le simulateur, on ne s’entendra pas parler.)

Déguisement

On me met un casque, des lunettes et une chienne. Une chienne, c’est un one-piece avec une fermeture-éclair. Celui-ci est ajusté et muni d’élastiques aux chevilles et aux poignets, mais d’autres corps de métier (dont les garagistes) préfèrent une chienne plus ample et aux ourlets plus dévergondés. C’était la pause Ton Petit Look. Je l’avoue, je ne déteste pas porter une chienne à l’occasion, surtout lorsqu’elle est multicolore.

Premier vol
Juste avant de prendre notre envol, Philippe et moi, on pose pour des petites photos souvenir (qui s’avéreront peut-être les dernières de notre vie.) Vous pouvez voir ces photos dans la galerie associée à ce texte.  Je suis semi-stressé. Je veux m’amuser et je sais que ça va être amusant, mais je veux aussi être bon. Je suis le premier à m’élancer. Je prends la pose de ces initiés polynésiens avant la chute et je me garroche à tout vent.

LE VENT EST FORT. JE FLOTTE.

En moins de deux secondes, je trouve ça vraiment le fun, mais soda que c’est pas facile de rester en équilibre! Jordan, qui est avec moi dans le simulateur, m’aide à avoir une bonne position de vol en faisant des signes avec ses doigts :  déplie les jambes, plie les jambes, écarte les bras, plie ton dos, sourit, regarde-moi, tout va bien, déplie les jambes, tout va bien, écarte les bras, etc… Bref, c’est rushant! Mais Justin est un pro et je fais du mieux pour suivre ses instructions. Ce que je remarque le plus, c’est que le moindre petit mouvement des mains ou des pieds a une incidence directe sur ma direction et mon altitude. Bon, je parle d’altitude, mais ici, on parle d’un gros mètre, peut-être deux… Après une minute, je m’expulse de la chambre à vent et c’est le tour de Philippe.

Il est pas mal bon le sacripant! Ça lui vient tout naturellement et son contrôle est meilleur que le mien. Pendant que je commence à être jaloux, je me découvre des muscles que je ne me connaissais pas, particulièrement sous les bras. La minute de Philippe écoulée, je me relance dans l’arène éolienne avec la ferme intention de faire mieux que mon boss.

Deuxième vol

Ma détermination ne change rien. J’ai beau vouloir être un adroit pilote de moi-même, contrôler ma simple stabilité est un exploit en soi. Il y a tellement de paramètres à essayer de gérer en même temps que ça en est très mélangeant. Je profite néanmoins de l’expérience, c’est sûr.  La preuve, c’est que je ris tellement que j’ai de la bave qui me remonte dans les yeux à cause du vent. Mais calvaire que c’est exigeant. Désorienté et entremêlé dans mes propres membres, je rentre au vestiaire.

Philippe est encore très bon à son deuxième vol, mais comme moi, il semble expérimenter le surplus d’informations voyageant entre le cerveau et les membres, ce qui cause une drôle de non-coordination vraiment pas adéquate quand on essaie d’être Néo dans La Matrice.

Troisième vol

Alors que les deux premières envolées étaient d’une minute, la dernière est de deux minutes pour qu’on profite pleinement de l’expérience. J’éprouve encore des problèmes de coordination qui ne me rendent pas du tout élégant : je fonce dans la vitre, je m’aplatis sur le ventre, je m’élève involontairement de quelques mètres…avant de refoncer dans la vitre. Par contre, la deuxième minute, c’est le nec plus ultra, le summum, l’apothéose, le firmament! En instructeur super expérimenté et professionnel qu’il est, Jordan (qui a été à bord du simulateur avec nous pour toutes nos envolées) me prend par les poignées que j’ai dans le dos (c’est pas une joke) et m’amène au sommet du tuyau-ventilateur à une vitesse folle et en faisant des pirouettes acrobatiques indescriptibles. Je vole à 10 mètres de haut. Je danse sur le vent. J’espionne les pauvres mortels retenus au sol par la gravité de leur vie. Je suis le maître du monde. Je suis Pierre Lambert. (Mais Jordan n’est pas malheureusement pas Marilou.)

On redescend. Je sors de la chambre à air les jambes molles et sous le choc d’avoir réalisé mon rêve. Je regarde Philippe subir le même traitement-choc après avoir pris une petite pause d’Éole pour réinitialiser ses circuits de communication tête-bras-jambes. Il est très haut. J’étais très haut. C’est fou. Je suis heureux.

Retour à la réalité
Philippe redescend et, tout de suite, on partage nos émotions fortes : le drôle de mélange de joie d’avoir volé et la prise de conscience de la difficulté de le faire correctement quand on est inexpérimentés.  Pendant ce temps, Jordan offre une petite démonstration de ses habiletés. Il est incroyablement bon. Il fait des moves de jeux vidéo et de films d’action. Constat : on ne sera pas des Air Jordan tout de suite. Nos muscles des quatre membres manifestent leur mal de vivre de manière assez soutenue pendant qu’on enlève nos déguisements. On continue notre post-mortem en attendant notre petit cadeau : un DVD souvenir de notre performance époustouflante. (Voyez le tout dans la vidéo ci-bas!) On remercie tout le monde et on décolle.

Conclusion
Je sors de là enchanté, fier d’avoir réalisé mon rêve. Je vais être racké demain, mais je m’en fous.  Je reviendrais ici en coup de vent, avec un vent d’enthousiasme, contre vents et marées.

Et j’ai hâte de montrer à ma blonde mon DVD! D’ici là, j’amène Philippe manger dans un fleuron de la gastronomie rapido-lavalloise, le Ciel Bleu.

Pour voir la galerie-photo, c’est ICI.

  • Le p’tit Quartier

    Le ciel bleu!