Bien que tu sois l’être le plus abject, le plus malade, le plus pervers et le plus dégoûtant qu’il m’ait été donné de rencontrer, je te consacre encore une minute à toi, l’homme qui m’a sauvagement agressée il y a un peu plus d’un an.

Je vendais mon corps pour nourrir mes enfants, pour payer des dettes et des comptes, pour conserver mon nom au crédit malgré de nombreux imprévus financiers, pour mettre de l’argent de côté et pour m’amuser aussi, de temps en temps, quand j’en avais le temps.  Je voulais faire assez d’argent pour me permettre d’atteindre des objectifs nobles et réalistes, et par-dessus tout, je rêvais de pouvoir offrir à mes enfants un début de vie plus doux que le mien.  Tu le savais ce que je voulais, ce dont je rêvais, et tu savais que tu allais me réveiller brutalement pendant les heures suivantes…

Ça devait te griser de savoir que tu allais démolir une femme minuscule, toi qui dois faire 200 livres de muscle grâce à la merde que tu bouffes et que tu t’injectes peut-être pour être musclé.  En passant, tu es laid, ton corps est laid, tu bouffes tout ça pour rien, mais je m’en fous.  Sois laid tant que tu veux : même si t’étais physiquement beau, tu demeurerais un ignoble monstre.

Pendant que tu te déshabillais pour que je te masse, tu m’as posé des questions sur moi.  Je t’avais dit que je n’offrais pas de relation complète bien avant, et tu as fait comme si ça te plaisait.  Je t’ai cru, parce que certains aimaient ça.  Ils trouvaient ça plus propre… N’importe quoi.

Quand j’ai commencé à te masser, tu savais que j’avais des enfants, tu savais que j’avais des buts, tu savais pourquoi je fixais des limites et tu savais que j’avais encore des sentiments. Tu savais qu’en me violant, tu démolirais une femme qui essayait de se reconstruire, et pour être certain de bien me démolir, tu as semé en moi une peur transperçante et omniprésente avec tes menaces et ta violence.

Quand tu as mis ta main dans mon cou en changeant d’attitude d’un coup, tu savais que je t’obéirais.  Tu savais que tu me dominais entièrement.  Tu savais que tu pourrais faire ce que tu voulais avec moi. Ça t’a excité sans doute, parce que t’es un déchet et que les déchets, ça aime écraser les fleurs.

Quand tu m’as fait exactement ce que je ne voulais pas faire, avec une violence insoutenable et un plaisir dégueulasse, tu savais que je souffrais, de tout mon corps, de tout mon être, de toute mon âme.  Ça t’excitait, alors j’ai essayé de te le cacher.  Parce que même pendant que tu me faisais ça, j’étais encore capable de faire semblant d’être forte.

Quand tu m’as traité de tous les noms les plus humiliants en me défonçant impitoyablement et en jouissant comme un porc (c’est insultant pour les porcs mais ça sonne bien), tu savais que la fille qui pleurait silencieusement sur le lit n’avait plus rien à voir avec celle qui était entrée dans la chambre.  Je ne savais plus faire la forte.  Tu avais réussi.

Et quand tu as continué à me dégrader après, en m’envoyant sous la douche pour ensuite me pisser dessus et me jeter de la chambre comme si je l’avais souillée, tu te sentais bien, je le sais.  Je l’ai vu dans tes yeux.  Tu te sentais puissant, viril, dominant.  Mais tu n’es rien de tout ça.  Tu es une sous-merde qui mérite de souffrir.  C’est pas mon genre de souhaiter la souffrance d’un être vivant.  J’ai des valeurs d’amour et de respect si grandes, mais tu m’as fait découvrir la haine.

Ça fait un an et quelques mois que tu m’as violée.
Je ne sais pas ce que toi tu deviens.

Moi je vais bien.

J’ai survécu aux 3 mois qu’il a fallus entre ma demande d’aide psychologique et le moment où j’en ai finalement obtenu.

J’ai survécu aux hommes qui ont voulu me protéger à condition de me posséder.

J’ai survécu à la pauvreté extrême que j’ai connue entre le moment où j’ai été incapable de me vendre et celui où mes finances ont repris un semblant de dessus…

J’ai survécu aux  « complets » que je faisais après, traumatisée, me disant que de toute façon, rien ne pouvait être pire que ce que tu m’as fait endurer.

J’ai survécu aux douleurs physiques, psychosomatiques et morales que le stress a causées à mon corps et à mon esprit.

Je survis aux démarches que je dois faire pour obtenir un tant soit peu d’aide de l’IVAC.

Je survis au dégoût que je ressens chaque jour de vivre dans une société où les hommes ont le droit de payer une femme pour jouir, parce que je sais qu’être payée pour faire jouir un homme, c’est pareil comme se faire violer à répétition à la longue, en plus d’être vraiment dangereux.

Mais je survis.  Je vis même.

Et je n’ai plus besoin de faire semblant d’être forte.  Je le suis à nouveau, plus que jamais.

Mais c’est pas grâce à toi.  Si ça n’avait pas été toi, ça aurait été un autre. Toutes les femmes qui se vendent finissent par se faire violer. Certaines meurent, d’autres survivent, d’autres réapprennent à vivre.  Je suis chanceuse d’être dans cette catégorie-là.  Rien à voir avec toi.  Toi, t’es juste la sous-merde qui manquait à ma vie pour que je réalise sa valeur et que je sache combien je suis forte.

Je frencherais le bol de toilette le plus miteux de Montréal au lieu de te revoir, parce que juste penser à toi me donne envie de vomir, mais sinon, je vais super bien.  Je suis guérie de l’agression que tu m’as fait subir et du temps que j’ai passé à vendre mon cul.  Et je tenais à te le faire savoir, parce que je sais que pour toi, savoir que je vais bien, c’est pire que te faire arrêter et enculer à répétition un coup en dedans.

Mais ça aussi, ça va finir par arriver.  J’y travaille.

Angélique Silence
http://deshistoiresdesurvie.blogspot.com
http://lacles.org
http://abolitionprostitution.ca

 

  • Audrey
  • Aufil Deleau

    J’ai les larmes aux yeux en pensant à l’expérience horrible que tu as vécue. J’aurais envie de te prend dans mes bras, mais je vois qu’il n’a pas atteint ton âme, et cela me rassure. Bravo pour avoir écrit ce texte. J’espère que cela a été libérateur pour toi. Je salue ton courage et ton immense force intérieure.

  • Madame Silence

    Roger Moquin, imagine toi donc que desfois, 700 c’est pas assez, quand on croule sous les dettes genre, ou qu’on a une gardienne et trop de comptes à payer, et imagine toi donc que quand t’as pas d’expérience comme serveuse, à moins d’être prête à te laisser pogner le cul par tout les clients et par ton boss, ça se peut que le simple fait d’être belle ne te garantisse pas une job de serveuse, et imagine toi donc aussi que travailler 40 heures semaines, y’a du monde qui y arrive pas à cause de problèmes de santé ou de gardienne, et imagine toi donc aussi que c’est pas un pré-requis être belle pour vendre ton corps, le seul pré-requis c’est d’être assez dans la merde pour être capable d’offrir ton corps à n’importe qui, et imagine toi donc que  »protection » dans le monde de la prostitution, ça rime souvent avec  »pimp », et qu’un pimp, c’est pas moins charogne que la charogne qui m’a fait ça… Sur tous les prostitueurs que j’ai pogné, j’en ai pogné juste un asti de fou, donc non, je ne me trouve pas nounoune d’avoir fait ça seule, c’était un choix parmi d’autres, dans une situation ou mes choix étaient très très limités… Toi, à part en tant que prostitueurs qui jugent sans savoir le fond de l’histoire, t’a quoi comme expérience pour tout connaître sur le milieu comme ça?

  • nick

    C’est à cause des attardés comme ce Roger Moquin si des choses aussi dégeulasses se produisent encore en 2014.

  • christine gamita

    on peut en guérir et c’est cela qui importe le plus, bien que cela n’excuse rien et que la mise à bas du système patriarcal qui permet tout ça doit continuer ! « Je suis guérie de l’agression que tu m’as fait subir et du temps que j’ai passé à vendre mon cul. Et je tenais à te le faire savoir, parce que je sais que pour toi, savoir que je vais bien…. » – merci au cri du silence
    Juste un bémol, pourquoi accréditer l’expression de travail qui empêche plein de filles de se défendre ? Rupta l’explique fort bien dans son discours cité ici http://susaufeminicides.blogspot.fr/2010/07/abolition-sans-concession-de-la.html

  • john john

    Très beau texte, ca en prend plus de femmes courageuses comme toi. Or, il n’y a pas de sécurité lorsqu’un client fait ce genre de trucs? Dans ce genre d’établissement? Et pourquoi ne pas avertir la police? Il pourrait/IL VA récidiver…

  • Jean-Guy

    Votre texte est courageux. Il fesse en cette journée des femmes. Lâchez pas. RESPECT.

  • Pingback: Prostitution - lilith69 | Pearltrees()

  • marie c

    j’ai été extremement touchée par ton texte!! des types comme ça ne devraient pas s’en sortir!!! ils devraient payer tres cher!!! petite princesse, je te transmets tout mon amour et ma tendresse et j’espère que ta vie à l’avenir sera pleine de lumière pour toi et tes enfants
    Marie-christine